Plus ça change…

Dans quelques mois Maurice célébrera le cinquantième anniversaire de son indépendance. Depuis cinquante ans tous les partis politiques se disent en faveur  d’une révision du système électoral et surtout de la clause des best losers qui est une manière d’institutionnaliser  le communalisme. Depuis des années les partis disent vouloir  réformer le système mais à chaque fois qu’ils en ont l’occasion, ils trouvent toutes sortes de prétextes pour maintenir le statu quo  Depuis des années tous les politiciens disent en public, que le communalisme est un des cancers de la société mauricienne, tout  en l’utilisant de façon scientifique pour allouer  les tickets  aux élections. Pas mal de Mauriciens avaient cru que - malgré son arrogance  au gouvernement, sa capacité à chanter «  pas moi ça, bann la  sa »  et son  baise main -  Roshi Badhain et son Reform Party faisaient un effort pour apporter du sang neuf nécessaire dans la politique. Samedi de la semaine dernière on a été obligé de se rendre à l’évidence : Roshi Badhain est un politicien comme tous ceux qu’il qualifie de dépassés. Lors de sa conférence de presse annonçant sa démission du Parlement et sa candidature pour y retourner, il a eu la phrase de trop. Celle qui mieux que n’importe quelle analyse savante a révélé sa vraie conviction politique. Le député démissionnaire a expliqué qu’il était convaincu d’être reélu grâce à l’intelligence de l’électorat de Sodnac. Il est important de souligner pour le lecteur qui n’est pas au fait de ce que Pravind Jugnauth avait naguère qualifié de «  spécificités électorales », ce qui suit. La majeure partie des habitants de Sodnac sont censés appartenir à la caste des supérieur hindoue,  qui est censée être supérieure aux autres et dont fait partie Roshi Badhain. En louant l’intelligence des électeurs de Sodnac le leader du Reform part affiche ses couleurs castéistes et donne une claque magistrale et méprisante aux autres composantes de l’électorat  de la circonscription 18. En une phrase le candidat a sa propre réelection a montré son vrai visage et l’arrogance dissimulée est remontée à la surface.
On aurait pensé que les adversaires politiques de Roshi Badhain allaient utiliser cette phrase pour dénoncer la nature castéiste de ses propos. Aucun des grands partis politique n’a relevé cette phrase, comme s’ils ne l’avaient pas entendue. Mieux – ou pire, c’est selon – deux jours plus tard et avec une rapidité étonnante de sa part, le Parti travailliste a annoncé le nom de son candidat à la partielle de Belle Rose /Quatre Bornes. J’écris rapidité étonnante parce que le PTr est habitué à rendre publics les noms de ses candidats le jour même du nomination day.  Et parfois juste avant la fermeture des bureaux. Est-ce que cette rapidité serait le signe que, depuis la défaite cuisante  de décembre 2014, le PTr a , effectivement, changé ? Pas du tout. Le PTr a été rapide dans sa désignation parce que ses stratèges ont trouvé qu’il n’y avait dans les rangs du parti qu’un seul candidat répondant aux critères des «  spécificités électorales »  de la circonscription numéro 18. En fait le PTr s’est aligné sur le raisonnement de Roshi Badhain selon lequel c’est Sodnac qui fait l’élection à Quatre-Bornes. Donc, pour battre le leader du Reform party il faut lui opposer un candidat grand nation. Et c’est ainsi qu’Arvind Bollell, qui a toujours été candidat  à Rose-Belle se retrouve aujourd’hui à Belle-Rose. Selon une des nombreuses  lois électorales non écrites mais toujours pratiquées, seul un grand nation peut battre un autre grand nation ou autrement dit «  diamond cuts diamond. »
 On aurait pu croire que le MMM, parti des «  fous de la démocratie » défenseur acharné – et surtout auto proclamé – de la méritocratie contre le communalisme n’allait pas entrer dans ce combat castéiste. On s’est, une fois encore, trompé. Non seulement le MMM adhère au propos de Roshi Badhain mais en plus il se permet d’aligner trois propositions, dont une féminine,  parmi lesquelles sera choisi son candidat. Vous allez me dire qu’au moins chez les mauves il y a un semblant de démocratie et, qui plus est un souci de promouvoir la femme. Pas du tout! Même si le leader du MMM dit que sa candidate à l’investiture «  jeune, fraîche et petillante » - comme une boisson gazeuse ? – sa principale qualité électorale c’est qu’elle appartient à la caste supérieure. Comme Roshi Badhain et Arvind Bollell, ses adversaires politiques et comme Vijay Makhan et Satish Boolell, ses concurrents à la candidature.
Cela fera bientôt cinquante ans que les candidats aux élections sont choisis d’abord et avant tout  sur leur appartenance communale et castéiste. Ce qui se passe ces jours-ci  au numéro 18 démontre, malheureusement, que plus ça change, plus c’est la même chose.