Plus d’ambition

Le pays a été abondamment arrosé la semaine dernière, au point de remplir la plupart de nos réservoirs à leur maximum. Personne ne s’en plaindra car les robinets devraient rapidement retrouver une plus grande alimentation, ce qui devrait calmer les humeurs de ceux qui sont parfois privés d’eau pendant de trop longues heures à certaines périodes. À quelque chose malheur est bon, dit le proverbe. Ainsi, si les problèmes d’eau sont résolus dans le court terme, par contre, les intempéries pèsent de plus en plus fort sur la piste à bout de souffle du Champ de Mars. Voilà ce que nous écrivions la saison dernière :
« Il est vrai que depuis quelque temps, à chaque averse au Champ de Mars, on croise les doigts pour que le soleil revienne au plus vite et assèche la piste. Dès qu’on atteint l’indice 3 au pénétromètre, c’est la panique, et si de fortes pluies se poursuivent, la journée peut être stoppée à tout moment. Une situation de crise permanente tout à fait anormale. Un peu de météo pour s’en convaincre. Le 29 juin 2007, la piste a été mise à mal par une pluviométrie de 56,8mm. Tout le monde se souvient du flash-flood du 30 mars 2013, où le Champ de Mars était noyé sous les eaux et des voitures qui y flottaient après des pluies de plus de 184mm. En revanche, il a suffi de 32mm de pluie (13 mm le matin et 17,4 mm l’après-midi) pour que la journée du 23 août 2014 soit reportée. Pire, samedi dernier 8 octobre, 14,4mm de pluie (9,2mm entre 12h30/1re course et 13h/2e course) ont suffi pour que le MTC jette l’éponge. À ce rythme-là, à chaque crachin il va falloir annuler les courses et cela est très dommageable pour l’image des courses, les turfistes, les sponsors et le fameux savoir-faire du MTC. »
Il a suffi cette fois de 25mm de pluie entre vendredi et samedi pour abandonner la partie ! Pourtant, contrairement à la saison dernière quand la journée fut annulée après quelques épreuves lors de la 28e journée, on n'en est qu’au tout début de la saison avec la 7e journée. Personne ne conteste sur le fond cette annulation justifiée pour des raisons de sécurité, d’inconfort et ménager la piste pour les journées où le temps sera plus clément vu le nombre de courses prévues jusqu’à la fin de saison… Mais des courses sur pistes lourdes avec des temps moins cléments, comme la neige, se déroulent sans contrainte ailleurs, ajoutent à la glorieuse incertitude du turf et donnent l’occasion aux adeptes du terrain lourd de s’illustrer.
Mais le vrai problème n’est pas là. Chaque journée annulée représente un manque à gagner pour l’industrie des courses qu’il faut pourtant doper pour lui redonner sa gloire d’antan. Mais le réflexe de repli du Mauritiius Turf Club, qui a renoncé sur le court terme à voir grand, empêtré qu’il est par des querelles intestines qui perdurent avec la permutation incessante de sa classe dirigeante chaque année, ne permet pas à cette institution d’avoir une vision et une politique à moyen et long termes. Il suffit qu’une faction décide de s’engager dans une direction, voilà qu’au prochain changement on a souvent un virage à 90°. Quand en plus on a un État et son bras réprobateur qui agissent dans le même état d’esprit et qui s’opposent, souvent sans comprendre les initiatives du MTC, on se retrouve à faire du surplace et, pire, on n’a plus d’ambition.
Et pourtant, ce nouvel hippodrome, on en a tant besoin. Cela fait plus de vingt ans que nous appelons de nos vœux aux décideurs de pourvoir les turfistes d’aujourd’hui et de demain d'un héritage digne de l’hippisme moderne. Récemment, nous avons eu l’occasion de découvrir le nouvel hippodrome de Pakenham dans la banlieue de Melbourne. Un petit bijou à la hauteur de nos besoins, où se déroulent des épreuves, le jour et la nuit, sur piste sablée ou en herbe avec des installations simples mais adéquates pour la famille hippique, propriétaires, entraîneurs, palefreniers, jockeys, chevaux et… le public !
Des projets, il y en a eu. Et nul ne peut dire aujourd’hui s’il y en a toujours, car les vraies ambitions ne sont malheureusement pas qu’hippiques, elles le sont aussi dans la spéculation foncière. Ce qui est malheureusement le nerf de la guerre des oppositions qui se succèdent à la tête des institutions hippiques. Des oppositions, il y en aussi sur les décisions de la stipe room pour des raisons diverses parfois justifiées. En tout cas, le débat engagé sur l’application des Rules of Racing pour les deux derniers cas des chevaux trouvés positifs, Rebel’s Game et Prince of Thieves, est intéressant à plus d’un titre et montre combien ces Rules of Racing ne sont pas suffisamment claires pour certains et ouvrent la porte à toutes les interprétations.

Nous maintenons que les Stipes ont l’obligation d’appliquer la règle 202 (1) c, en sus des alinéas a, b, qui se lit comme suit : « (c) The Racing Stewards after conducting such inquiry they consider appropriate shall decide the period during which the horse shall not be permitted to race », pour suspendre tout cheval trouvé positif, que le produit soit prohibé ou interdit, pour une période déterminée. À toutes fins utiles, l’utilisation du mot "shall" est mandatory.  Le Legal English Dictionnary ne laisse aucun doute : Shall (MODAL VERB) : when drafting a legal document, the term shall is used to indicate that something must be done, as opposed to the term may which simply means that something is allowed (ie that it can be done, but does not have to be done).
En n’ayant pas suspendu Rebel’s Game et Prince of Thieves, comme l’exige le Rule 202 (1), les Stipes ont de fait donné le droit aux deux chevaux de s’inscrire au prochain programme officiel sans aucune demande expresse de permission, ni obligation d’elective test. Le recours de la règle 208 n’est valable uniquement que si le cheval avait au préalable été suspendu, ce qui est aurait dû être automatique dès qu’un cheval est trouvé positif.
Au-delà de la guerre légitime des juristes, ces histoires de chevaux trouvés positifs dont les causes peuvent varier d’une intervention externe (Rebel’s Game), et parfaitement transparente puisqu’effectuée et enregistrée par le vétérinaire de l’établissement (Prince of Thieves), crée un malaise qu’il faut dissiper rapidement si le MTC ne veut pas être pointé du doigt de partialité. D’aucuns se demandent comment la responsabilité, et précisions le bien, non la culpabilité, des responsables d’entraînement puisse être à géométrie variable. La même faute de responsabilité doit être sanctionnée à la même échelle, comme c’était le cas dans le passé. Se dégage aussi l’impression d’une plus grande tolérance du MTC — qui joue, et il faut le saluer, la carte de la transparence — vis-à-vis de ces dépassements des limites autorisées de la présence dans l’organisme du cheval de ces produits prohibés dont on ne sait s’ils l’aident à améliorer ou non ses performances. Et pourtant, la fermeté et la sévérité doivent être de mises lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts des turfistes.
Toutes ces histoires de positivité de chevaux, qui relève de traitements autorisés parce que la plupart des chevaux exerçant chez nous ne sont pas totalement sains, sont de nature à jeter le doute dans l’esprit des turfistes. L’impression qui se dégage généralement est que ces soins thérapeutiques nécessaires sont aussi utilisés à des fins moins honorables, tant tout se joue à la limite proche de la prochaine course du cheval traité. De plus, le public demeurera toujours dans l’ignorance du fait quel cheval a été traité ou pas, puisqu’il paraît probable que ces soins, qui coûtent beaucoup d’argent, ne sont pas effectués à chaque sortie du cheval. Cette donnée essentielle n’est malheureusement pas disponible publiquement.
Pour terminer sur ce chapitre, mettons en exergue que la plupart des cas de dopage qui ne font pas partie de la liste des soins et qui seraient de nature externe aux écuries ne sont pratiquement jamais résolus et demeurent impunis. On se demande bien à quoi servent ces millions dépensés en caméras et en personnel de surveillance si c’est pour découvrir dans la mangeoire d’un cheval un produit dopant, sans savoir qui c’est qui l’a mis là !
Là aussi il faut plus d’ambition car dans la lutte contre le dopage, fut-il « légal », doit être dotée d’une volonté inébranlable !