Pour une politique des courses

Après le refus du gouvernement d'octroyer un permis de travail au jockey Damien Oliver récemment pour des raisons qui relèvent de la petitesse d'esprit, voilà que ce fut au tour du Licencing Commitee du Mauritus Turf Club (MTC) de refuser, sans motif explicatif et cohérent, l'autorisation au jockey sud-africain Andrew Fortune d'exercer chez nous.
Avec la même vigueur et dans le même souci d'équité et de transparence exigés au Prime Minister's Office, nous pensons qu'il relève également du devoir de cette instance du MTC de soutenir les raisons de son refus. Dans le contexte des exigences de savoir et de comprendre de la part du public par rapport aux actes des décideurs, il n'est plus permis aujourd'hui que des décisions unilatérales et non motivées soient émises comme une vérité biblique. Elles doivent être soutenues par des arguments normés et relever de la cohérence par rapport aux autres cas semblables.
Chacun a pu constater que les pouvoirs monarchiques absolus sans soutien d'arguments tangibles, tels qu'inhérents au Directeur des poursuites publiques, par exemple, ont fini par affaiblir et décrédibiliser petit à petit la fonction à la longue. Ce ne sont pas forcément les titulaires qui sont responsables de cette levée de boucliers soupçonneuse, mais bien le citoyen qui ne veut plus s'en laisser compter et délivrer de chèque en blanc à aucun pouvoir public ou domaine qui fonctionne par et pour le public.
Les réticences à l'encontre du jockey sud-africain n'ont rien à voir avec sa carrière récente, mais Andrew Fortune a laissé le souvenir impérissable d'une interview dans Turf Magazine où il avait fustigé, sans ménagement, les mœurs et coutumes de certains dirigeants du MTC de l'époque et qu'il s'était refusé à venir s'expliquer sur place par la suite malgré les sollicitations auprès des autorités hippiques sud-africaines. Toujours est-il que ses dénonciations d'alors étaient en ligne avec les conclusions du rapport de la commission d'enquête Parry. Depuis, le MTC a toujours fait barrage au Sud-Africain, qui est capable, il est vrai, du meilleur comme du pire sur la piste ou quand il s'agit de parler à la presse. On peut donc s'étonner de la volte-face du club organisateur des courses qui a préféré surseoir à la décision du Licensing Committee avec la même légèreté que lorsqu’il avait prononcé son refus initial. Nul ne sait ce qui a fait bouger les lignes au MTC, sinon d'imaginer que la lettre de Ricky Maingard a pesé de tout son poids...
Ricky Maingard, qui s'acharne à tout prix à vouloir renouer avec les services de ce bouillant sud-africain, a eu raison de questionner ce refus qui ne se justifiait pas sur ses propres mérites. Mais l'entraîneur a eu tort de soutenir cette décision contestable en jetant l'anathème sur les dérapages d'autrui, déjà lourdement payés, pour donner un certificat de bienséance au PMO pour son refus partial et contraire à l'équité. Un manque de hauteur qui n'est pas dans les habitudes de l'entraîneur, qui a du mal à fidéliser ses jockeys malgré son talent reconnu et sa grande expérience. Sa lettre en forme de réquisitoire de la défense du jockey s'apparente fort à une menace à peine voilée contre le MTC, dans la ligne des méthodes qu'il a décriées et provenant habituellement d'un de ses confrères, dont le trio est passé orfèvre en la matière.

Il est un fait que, tout comme Oliver, Fortune est cependant aussi capable de contribuer au rehaussement de la qualité du jockeyship dans notre pays. Et c'est cela le plus important. Pour le reste, il faut s'assurer qu'ils ne tombent aux mains des manipulateurs qui sont tous connus sur la place. Il est vrai qu'ils ne sont pas à l'abri dans l'île de la tentation qu'est Maurice s'ils ne sont pas rémunérés à la hauteur de leur savoir-faire. Surtout si on les laisse à la merci de généreux financiers intéressés, capables de corrompre les meilleurs comme les pires. Excepté que les plus doués coûtent plus cher et sont moins rapides à céder aux tentateurs que leurs modestes comparses qui font, eux, plus souvent dans le racolage lorsque leurs employeurs qui ne sont même pas capables d'assurer leur gagne-pain leur demande d'aller le chercher ailleurs.
Dans toute cette affaire, les deux cas sont regrettables pour nos courses sur le plan global et jettent encore le discrédit sur le monde hippique mauricien, qui n'a vraiment pas besoin de tout cela. Pire, il met en lumière le manque flagrant de coordination entre les instances étatiques et le MTC qui décrédibilise les deux institutions qui, au lieu de marcher main dans la main, vont souvent dans des directions inverses. Ainsi, un jockey accepté par l'une des instances peut être refusé par l'autre, et inversement.

Ce genre de dysfonctionnement montre bien qu'il n'y a pas de politique des courses à Maurice. Et c'est cela le mal fondamental de l'hippisme local. Le MTC n'a pas une vision claire de son avenir et semble vivre au jour le jour et au rythme de ses changements annuels de sa hiérarchie. Quant au gouvernement, qui ponctionne une manne financière importante de l'industrie hippique sans y contribuer, il continue telle une pieuvre à s'ingérer dangereusement dans les affaires courantes des courses sans aucun savoir-faire et sans rien y comprendre. La dernière missive de la GRA concernant les jockeys mauriciens interdits de monter pour un entraînement s'ils sont sous contrat avec un autre établissement bute sur le flou de son écriture et son application diversifiée, à la tête du client.

Ce qui fait cruellement défaut à l'hippisme mauricien, c'est donc une vraie politique des courses où l'État et le MTC s'engageraient sur le moyen et long termes à redynamiser, sur une vision et mission communes, le seul sport-loisir qui réunit tous les Mauriciens et Mauriciennes dans leur diversité. Il suffit pour s'en convaincre de voir l'engouement continu des courses classiques et en particulier le Maiden malgré les couacs retentissants.. Pour maintenir cela, il faut définir des objectifs communs ambitieux et tenir compte de la valeur patrimoniale de cette industrie à bout de souffle. Au train où vont les choses et où certaines manettes de commande sont confiées à des ignares de la finalité des courses, aussi bien à la GRA qu'au MTC, nous sommes à des années-lumière de l'excellence. Si nous voulons une petite place au soleil, il faut se donner les moyens car l'hippisme est aussi une vitrine de bonnes mœurs que Hong-Kong et Singapour ont su saisir dans la mouvance de l'Asie comme centre du monde, et ce n'est pas un hasard si deux de nos plus fines cravaches, Teetan et Juglall, s'y exercent avec brio et font honneur au quadricolore.
Il faut se faire une raison. Les courses hippiques ne peuvent plus être régies uniquement par les clubs. Elles le sont de plus en plus par des Horse Racing Boards (HRB) qui intègrent tout — tels une one-stop shop, under one umbrella —, les registres, les informations et les rules of racing. Comme préconisé dans le rapport Dunn-Scotney, commandité par le gouvernement Lepep, notre pays aussi devrait se doter d'une Mauritian HRB, à l'instar de ce qui se fait de mieux soit en Grande-Bretagne ou en Australie.
Contrairement à la GRA qui agit plus comme une Gestapo qui surveille et veut diriger le MTC — qui doit être rayée illico presto de la carte hippique —, le Horse Racing Board devra avoir en son sein des représentants de toutes les parties concernées dont principalement du MTC et des représentants étatiques pour combattre la corruption et le blanchiment d'argent qui le gangrène fatalement ces jours-ci.
Tout devra y être décidé selon les besoins hippiques et non selon le bon vouloir ministériel comme, par exemple, le nombre de journées qui, depuis quelques années, fait l'objet d'un odieux chantage entre l'État et le MTC. Devront y figurer en bonne place une politique fiscale qui donne de l'oxygène, une transparence absolue sur la propriété des chevaux, un audit trail de tous les propriétaires, une politique antidoping très rigide et des règles précises pour les enquêtes et les appels, le recrutement des jockeys étrangers et des Stipes mieux soutenus et mieux formés légalement, sans oublier les indispensables chevaux.
Dans cette lignée, nous aurions évité tous ces appels perdus, pas sur le fond, mais sur la forme, comme dans le cas Gameloft. Il n'est pas inutile d'écrire que les appels à Hong-Kong par exemple sont quasi inexistants !!!