Il y a deux semaines (le lundi 17 janvier), mis en présence en Cour intermédiaire d'un rapport d'un panel de médecins de l'Etat, le Directeur des Poursuites Publiques (DPP), Me. Satyajeet Boolell, s'est senti contraint d'abandonner — pour la deuxième fois — le procès de conspiration pour détournement de fonds de Rs 85 millions intenté à Sir Harry Tirvengadum, l'ancien Pdg de la compagnie d'aviation nationale Air Mauritius.
Malgré des apparences qui permettraient de penser que cette décision a laissé indifférente ou bien que tous auront compris que son bureau n'avait d'autre choix que d'arrêter les procédures de l'affaire, perdure encore dans le public l'opinion que le DPP a jeté l'éponge un peu trop vite. Cette opinion n'a d'égale que l'indignation suscitée par l'ampleur du délit imputé à l'ancien homme fort et fondateur d'Air Mauritius et la perception que plus elles sont confrontées aux puissants, plus les autorités, dites compétentes, semblent devenir impotentes ! L'ennui dans toute cette affaire, c'est qu'on aura beau faire tout l'effort pédagogique nécessaire pour faire comprendre à la population qu'il y a une distinction à faire entre la Police (qui mène une enquête criminelle), le Bureau du Directeur des Poursuites Publiques (qui instruit un procès au criminelle) et la Justice (qui est là pour juger, innocenter ou condamner) dans la croyance tenace du citoyen lambda, ses trois instances sont toujours confondues. Pour le citoyen "tousala ensam sa", et c'est la crédibilité du judiciaire mauricien qui, injustement, en prend alors un sale coup. A moins qu'on veuille être sourd et aveugle, on n'entendra jamais l'homme de la rue dire que le DPP a retiré l'affaire Tirvengadum, mais plutôt, "la Cour fine laisse li aller".
Sir Harry Tirvengadum serait très malade. Et, selon son homme de loi, Me. Yousouf Mohamed et le panel de médecins qui l'a examiné, l'ancien Pdg d'Air Mauritius est devenu "un légume" sur lequel ce serait inhumain de s'acharner. Soit ! Mais pour encore un bon nombre de citoyens de ce pays — et les courriels que nous recevons en témoignent —, le doute subsiste encore. Certains qui ont pu admirer ses talents d'acteur d'art dramatique dans les années 50-60 disent trop connaître les qualités de comédien de Sir Harry pour croire qu'il ait pu tomber aussi gravement malade au point de ne pouvoir faire face à son procès. Et le fait qu'après avoir été déclaré inapte à répondre à la justice lors d'un premier procès, Sir Harry avait fait montre de beaucoup de lucidité pour discuter de la dégradation de la situation chez Air Maurituis avec son successeur Soobiraj Bungsraz déclenchant par là même une réouverture de son procès, ne fait que renforcer les soupçons de "malingering" de sa part afin d'échapper à la prison.
Loin de mettre en doute l'intégrité du panel de médecins concerné, c'est le procédé adopté par la poursuite et la Cour pour vérifier l'Etat de santé de l'accusé Tirvengadum qui fait sourire les sceptiques. Cela fait-il vraiment sérieux d'informer un accusé qui risque gros qu'il sera soumis à un examen médical en lui donnant la date et l'heure précises ?
Dans le milieu du Barreau, l'affaire Police v/s Sir Harry Teevengadum a rappelé à certains le cas du juge britannique Richard Gee. L 'Attorney General anglais John Morris Q. C, avait causé la consternation à Londres le mercredi 7 octobre 1998, lorsqu'il a logé un non-lieu au procès intenté par lui-même depuis 1996 contre le juge Richard Gee. Il avait pris cette décision pour, dit-on, des raisons de santé mentale, suite à un rapport d'un psychiatre de renom, le professeur John Gunn, qui venait de certifier que le juge présentait "a picture of a broken man troubled by suicidal thoughts".
Cette décision de l'Attorney General anglais avait provoqué la colère dans les milieux judiciaire et policière et aussi au barreau britannique, qui ne s'attendaient pas à l'usage de la procédure du non-lieu dans un cas pareil.
Effectivement, ce n'était pas un procès, mais un retrial (une réouverture de procès) que M. Morris avait annulé. Arrêté en novembre 1995, le juge fut relâché sous caution. Lorsqu'il se présenta au Old Bailey en décembre 1997 sous diverses accusations de "conspiracy to obtain services by deception between 1980 and 1989", l'affaire fut renvoyée, le juge étant décrit dans un rapport psychiatrique comme "suffering from a moderately severe depressive illness". Le procès eut lieu finalement en mars 1998, mais après plusieurs jours d'audience, le jury ne put s'entendre sur un verdict.
Alors qu'on s'attendait à un retrial devant un nouveau jury, le représentant de l'Attorney General en Cour, Ms Joanne Corner QC, fit savoir au juge président Richard Hyam, l'intention de Me Morris de tout abandonner. Ms Corner déposa un rapport du professeur Gunn dans lequel celui-ci affirma que, "his (Richard Gee) mental defences have collapsed. He is becoming more depressed and is troubled by suicidal ideas. He is in a state of total despair and talks as though his life has come to an end. To preserve his life, I urge that the retrial be abandoned".
Avec zèle, Ms Corner, a la décision de son chef hiérarchique affirma :"After careful consideration it would be unfair and against the interests of justice to proceed with the retrial."
Les reactions de la presse britannique furent très hostiles à la décision inexplicable de l'Attorney General Morris. L'Evening Standard, centre droit, dans un éditorial le jour même de l'annonce de la décision au Old Bailey, fustiga les médecins qui écrivent le genre de certificats qui a été présenté pour sauver Richard Gee : "This case, like that of Earnest Saunders, raised serious issues about medical evidence in criminal cases. The public has the right to ask questions about the weight given to the opinions of doctors and whether all defendants are treated equally in the eyes of the law. "
Dans un éditorial, le lendemain, le Daily Mail, conservateur, commenta : "This morning there must be hundreds of defendants from all walks of life sick with worry at the ordeal they may have to undergo in court. No bigwig will skip forward like a fairy godmother to stop the legal clock indefinitely for them. That is what people will say. And who can blame them ? The whole business is deplorable. To spare a judge from criminal prosecution puts justice itself in the dock. "A Maurice, respectueuse de la fonction du DPP et du judiciaire, la presse n'a pas été aussi loin dans la critique de la manière dont le procès Tirvengadum a été mené. Mais, au moins, qu'il soit permis de faire remarquer que, dans le public, on émet l'opinion que, pour en avoir le cœur nette sur l'état de santé de l'accusé et pour que " justice be seen to be done", absolument rien n'empêchait aux autorités de le placer sous une garde à vue médicale rapprochée pendant une assez longue période...
Comments
Trafic d'influence?
Il serait souhaitable de publier publiquement la liste de tous les médecins ayant fait l'évaluation médicale de Sir Harry Tirvengadum et de rechercher tout lien de parenté, de proximité, d'amitié, d'appartenance politique ou tout autre type d'influence possible.
La valeur de la fraude nécessite d'être vigilants sur ces points.
appartenance maconnique ?
SHT should become an actor in a mini-series produced by the MBC under master Dhanjay Callikan. Most of the supporting cast are originals and alive today. The script of 'carnet la boutique de Tyack', will unlock the incestuous relationship between money and politics in Mauritius.
Je crois qu'un legume qui pourrit sentira mauvais pour les gens autour de lui. A moins que ces gens la sont presents pour soutenir dans l'etat vegetale, saisie. SHT est devenu finalement un joker dans les mains des politiciens de tout bord, qui le protegent. Pourquoi le gouvernement ne saisis pas ses biens puisqu'il a empoche des millions de l'Air Mauritius. Est-ce le gouvernement considere cet detournement de legitime. Merci. Maurice, c'est un plaisir.