Pravind Jugnauth face à son destin

Pravind Jugnauth se retrouvera face à son destin ce jeudi à l’occasion de la présentation de son premier budget depuis son accession aux fonctions de Premier ministre en janvier dernier. L’année dernière, son discours du budget avait été l’occasion pour lui de marquer son retour au gouvernement après s’être retrouvé sur la touche dans le cadre de l’affaire MedPoint, et par la même occasion jeter les bases menant à son accession au poste de Premier ministre souhaitée déjà par ses principaux thuriféraires. Cette fois, l’enjeu est encore plus grand. À mi-mandat, alors que le gouvernement MSM-ML donne des signes d’essoufflement et semble accablé par les nombreux scandales et abus de pouvoir qui défrayent la chronique, aura la tâche colossale d’insuffler un feel good factor dans la population. Les attentes sont grandes à tous les échelons de la société et dans tous les secteurs politiques, économiques et sociaux. Si les fondamentaux économiques sont bons avec une prévision de croissance de l’ordre de 3,8 % les réalisations sont insuffisantes. Le retard enregistré dans la mise en œuvre des mesures annoncées dans les budgets précédents constitue une source d’inquiétude. Le secteur privé, qui pourtant ne cache pas une certaine sympathie pour l’actuel Premier ministre et ministre des Finances a, cette semaine, tiré la sonnette d’alarme concernant la performance de l’actuel gouvernement. Selon le CEO de Business Mauritius, Raj Makoond, l’économie opère nettement en dessous de sa capacité. Il attribue ce blocage au retard enregistré dans la mise en œuvre des réformes structurelles indispensables pour permettre au pays de passer au niveau de high income country et s’attend à des mesures susceptibles de relancer voire accélérer les investissements. Même si l’opposition considère que le ministre des Finances dispose d’une bonne marge de manœuvre, elle s’est jusqu’ici montrée sceptique quant à la possibilité que le budget soit un de relance et accuse le gouvernement de n’avoir réalisé aucune des promesses faites l’année dernière. Toutes les spéculations sont permises jusqu’à l’annonce des mesures budgétaires dans l’espoir que les trois semaines de vacances parlementaires interrompues par la visite officielle effectuée en Inde le week-end dernier n’auront pas été vaines. Les contribuables attendent avec intérêt l’énoncé des projets prioritaires qui seront financés par la ligne de crédit de Rs 18 milliards mise à la disposition de Maurice par le gouvernement indien. La MEXA a tiré hier la sonnette d’alarme sur la baisse sans précédent de 11 % des exportations. Le textile et l’habillement, les fruits de mer et le secteur de la bijouterie qui représentent 91 % des exportations sont les domaines les plus affectés. On attend, par conséquent, avec intérêt les mesures susceptibles de redresser la situation à travers des incitations aux entreprises manufacturières et aux PME. Pravind Jugnauth devra également dissiper les appréhensions concernant le niveau de la dette, qui est déjà entrée dans la zone rouge, et le déficit budgétaire.
Par ailleurs, la décision du gouvernement d’aller de l’avant avec la résolution sollicitant l’aval des Nations unies pour rechercher l’Opinion de la Cour internationale de Justice sur les conséquences légales de l’excision de l’archipel des Chagos du territoire mauricien en 1965, et qui sera entendue le 22 juin, constitue une des décisions les plus marquantes depuis l’indépendance du pays. Il est heureux que cette décision ait été entérinée par tous les partis parlementaires. C’est la raison pour laquelle le ministre mentor devrait être accompagné d’une délégation interparlementaire à la session plénière afin de bien manifester l’unité mauricienne autour de la souveraineté de Maurice sur les Chagos.
Chat échaudé craint l’eau froide, c’est la raison pour laquelle l’ensemble des Mauriciens suivent avec vigilance la situation à Agaléga. Souhaitons que les appréhensions exprimées à Maurice aient été entendues 5/5 à Delhi. Les Mauriciens se réjouissent des relations filiales qui existent entre Maurice et l’Inde et sont reconnaissants pour l’aide accordée par ce pays ; ils espèrent que la Grande Péninsule n’abusera pas cette amitié pour installer une base militaire sur ce territoire mauricien.