Pression sur l'ICAC

Tous les signaux envoyés par le volcan qu'est l'affaire MedPoint, en ébullition depuis le début de l'année, tendent à indiquer qu'une éruption est proche. La vérité devrait éclater d'un moment à l'autre...

Il fallait être vraiment naïf de croire que la première PNQ du leader de l'Opposition consacrée à l'affaire MedPoint allait ébranler derechef la citadelle de l'alliance gouvernementale. Avec le recul, il apparaît clairement que ce premier face-à-face officiel entre le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et le leader de l'Opposition, Paul Bérenger n'a été qu'un round d'observation. Ce fut l'occasion pour le chef du gouvernement de mettre on record ce qu'il avait déjà affirmé jusque là en dehors du Parlement, à savoir qu'en sa qualité de Premier ministre respectueux des institutions, il n'avait d'autre choix que d'attendre les résultats de l'enquête menée par l'ICAC, et qu'il a donné la preuve par le passé qu'en cas de prima facie case contre n'importe qui, fut-il un membre de son propre gouvernement, il n'hésiterait pas à prendre les mesures qui s'imposent. En ce faisant, il a transféré directement la pression sur l'ICAC, qui se retrouve au pied du mur avec un devoir de performance, car sa crédibilité dépend désormais des conclusions de son enquête. En un mot c'est une question de " make it or break it ".

Que le Premier ministre soit, à tort ou à raison, en faveur de la création d'une clinique gériatrique, comme il l'a expliqué au Parlement lundi, ne change rien en réalité au cœur même du problème. Ce projet figure dans son programme électoral et a déjà fait l'objet d'une décision du Cabinet. Il est un fait également que ce projet ne fait pas l'unanimité. Beaucoup de médecins et de sociologues se penchent plutôt en faveur de la création de centres spécialisés dans les hôpitaux de districts. Ce qui éviterait à ces personnes âgées de faire de trop longs déplacements et de se retrouver dans un endroit réservé qu'aux personnes âgées.

Les vraies questions aujourd'hui consistent à savoir si le gouvernement avait déjà eu vent, avant les élections générales, de l'intention des propriétaires de MedPoint de mettre en vente leur clinique ; s'il y a eu une manifestation d'intérêt en faveur de l'acquisition de ce bâtiment afin d'abriter une clinique gériatrique ; si l'appel d'offres lancé avant les élections était bien tailor-made. En admettant que toutes les procédures aient été suivies et que le choix du CPB se soit arrêté sur MedPoint, où y aurait-il eu vice de forme ? Pourquoi l'évaluation initiale de la valeur de ce bien immobilier, à Rs 75 M, a-t-elle nécessité une seconde évaluation ? À quel moment l'achat de nouveaux équipements a-t-il été décidé ? Ce ne sont là que quelques questions. Des informations parues dans la presse cette semaine suscitent d'autres interrogations.

À l'évidence, le Premier ministre a laissé toutes ces questions techniques à l'ICAC, préférant se concentrer sur la dimension politique de l'affaire. Au Parlement mardi, il n'a pas manqué de lancer quelques piques en direction de l'Opposition. Cependant, personne n'est dupe. Le Premier ministre sait que toute décision hâtive peut mettre en péril l'Alliance de l'Avenir. La situation se complique davantage pour lui puisque, à ce stade, les victimes pourraient se trouver chez son partenaire. On peut parier que si cette affaire avait impliqué un de ses ministres, il aurait déjà pris la décision de mettre les personnalités concernées sur la touche.

En attendant les conclusions de l'enquête de l'ICAC, les deux partenaires du Ptr, le MSM et le PMSD, se sont engagés dans une campagne de mobilisation sur le terrain. Le leader du MSM et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, a terminé à St-Pierre hier soir une tournée dans les circonscriptions du pays.

Le PMSD ne veut pas être en reste et montre déjà ses muscles aux principaux concernés sur la scène politique. C'est ainsi que son leader Xavier-Luc Duval a rappelé samedi dernier, devant les membres de l'aile féminine réunis en force à l'école hôtelière sir Gaëtan Duval à Ébène, que son parti a sa part dans la réussite économique post-indépendante du pays. Contrairement à certains dirigeants politiques de l'opposition en Afrique, le PMSD a reconnu l'Indépendance du pays, même s'il avait exprimé des craintes avant les élections générales de 1967, a-t-il fait comprendre. " En acceptant de conclure une coalition avec le Parti travailliste, le PMSD a assuré l'indépendance économique de Maurice ", a insisté M. Duval. Ce qui veut dire que toutes les sections de la population, sans exception aucune, ont leur part dans la réussite économique du pays.

À bon entendeur, salut. Après les déclarations faites de part et d'autre cette semaine, il est clair maintenant que nous nous approchons du cœur du volcan. Plusieurs foyers sont en vue, y compris celui d'Infinity. Pourvu que la montagne n'accouche pas d'une souris…