Rebelote : cette fois encore, le tant attendu rapport salarial du Pay Research Bureau est venu soulever une grande vague de mécontentement. Pourtant, avec la manne annoncée de Rs 4.6 milliards, on aurait pu s’attendre à voir la fonction publique satisfaite de conditions et de rémunérations plus avantageuses. Mais c’est bien l’écart, conséquent, des augmentations au sein de la hiérarchie qui frappe. Avec des hausses salariales allant de 30% pour les dits hauts fonctionnaires et les miettes accordées à des emplois pourtant difficiles et nécessaires, en mal de revalorisation depuis longtemps déjà. Du coup, ce rapport, déjà avalisé par le gouvernement, pose une question fondamentale : sommes-nous en train de nous engager, volontairement, dans le chemin d’une société de plus en plus inégalitaire ?
Dans un récent dossier intitulé fort à propos « Tous égaux ? », Courrier International rappelle qu’il y a un an, dans les rues de New York, le mouvement Occupy Wall Street, avec son slogan « We are the 99% », mettait en avant les disparités de revenus, et de pouvoir, entre les 1% qui possèdent et jouissent de la richesse du monde et les autres, la grande masse des autres. Le discours général, aujourd’hui, tend insidieusement à nous faire croire que cette situation est inévitable, voire qu’elle fait partie de l’organisation « naturelle » du monde. Et l’absurdité, voire l’injustice de certaines situations en finit par ne même plus nous effleurer. Comme celle qui consiste à accepter comme normal qu’un footballeur touche des millions par mois, alors par exemple qu’un éboueur touche une pitance. Pourtant, en quoi le travail d’un éboueur serait-il moins valable, alors même qu’il accomplit un travail ingrat, et qui nous est essentiel…
Dans son fameux Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, publié en 1755, Jean Jacques Rousseau mettait en avant la thèse d’une société primitive égalitaire, où tous jouissaient des mêmes droits et ressources. Le fameux idéal du «bon sauvage », qui se serait perdu graduellement avec la formation de classes sociales, et la répartition voire la concentration des pouvoirs, génératrice d’inégalités. Si Rousseau fut fortement raillé à l’époque, il sourirait sans doute de voir aujourd’hui sa thèse confortée par de récentes études qui semblent vouloir montrer que le monde, en effet, n’aurait pas toujours été organisé de façon inégalitaire.
Ainsi, dans leur livre The creation of inequality : how our prehistoric ancestors set the stage for monarchy, slavery and empire, l’anthropologue Joyce Marcus et l’archéologue Ken Flannery, se penchant sur les origines des inégalités dans les sociétés humaines, font ressortir que si nos sociétés sont aujourd’hui de plus en plus fortement hiérarchisées, elles ont aussi, pendant des millénaires, travaillé à éviter que les richesses et le pouvoir soient accaparés par quelques uns. Les sociétés préhistoriques auraient ainsi partagé, pendant longtemps, des structures et modes de vie semblables pour les individus les constituant, tant au niveau de l’habitat, des objets utilisés, des rituels, des moyens de subsistance, des échanges divers. Pas de chef, fruits de la cueillette et de la chasse partagés, réseaux d’échanges.
C’est avec l’accroissement de la population mondiale, et le développement subséquent de l’agriculture pour subvenir à ses besoins, que seraient apparues les premières hiérarchisations, avec la mise en place de structures qui mettent à mal l’égalité. Les clans apparaissent. La réussite de certains individus commence à être reconnue. Une deuxième phase, qui aurait commencé il y a 7500 ans au Proche Orient, 4 000 ans en Amérique du Sud, voit des élites privilégiées qui s’organisent pour assurer leur pouvoir et sa transmission à leur descendance.
Et si, sous la première République romaine, des lois, établies en 367 av. J.-C. limitaient la quantité de terres et de bétail que pouvaient posséder les plus riches, les désirs d’égalité des sociétés modernes ont évolué jusqu’à une situation où nous voyons, aujourd’hui, une radicalisation des inégalités d’autant plus féroce qu’elle est institutionnalisée. Avec une répartition des richesses de plus en plus débalancée et la mainmise d’une élite ultra riche et surpuissante (les fameux 1%).
Est-ce une fatalité ? La question mérite d’être posée au vu des conséquences d’une telle organisation. De fait, de plus en plus d’études tendent à montrer les effets délétères et destructeurs des inégalités sur une société.
« Nous, primates humains, ne sommes pas prisonniers d’une structure sociale déterminée par l’évolution et par le principe de survie du plus apte. Il serait faux d’affirmer que, parce qu’elle existe, l’inégalité est bénéfique d’une façon ou d’une autre. L’égalité – ou l’inégalité – est un choix culturel » écrit Deborah Rogers, chercheuse en sciences sociales à l’université de Stanford et directrice du réseau international Initiative for Inequality.
Saurons-nous, à Maurice, nous garder du choix de l’inégalité ? Question à 4.6 milliards de roupies…
Commentaires
Belle reflexion qui fait la part large au socialisme et a la societe sans classe ou hierarchie. Le PRB ne sera pas demantele ni sa formule. L'Ile Maurice reste une petite economie a visage capitaliste. Chose assez rare pour un pays en Afrique sub-saharienne.