Quels sont, dans une République comme celle de Maurice, le rôle et la position d’un Président de la République face aux questions de société ? Interrogation que posent deux prises de parole récentes du tout nouveau Président Kailash Purryag.
Entendu la semaine dernière sur une radio, par rapport aux problèmes grandissants dont sont victimes des enfants (confrontés à des abus de plus en plus divers et variés), le Président de la République en appelle fortement à… un regain de spiritualité. Panacée, selon lui, à tous nos problèmes dans ce domaine.
Entendu à nouveau cette semaine sur une radio, relativement cette fois aux problèmes que rencontrent les femmes (victimes d’abus, de maltraitances et de violences de plus en plus exacerbées), le Président de la République en appelle de nouveau à un regain de spiritualité, en insistant de plus, cette fois, sur l’importance de « la religion ».
Why is a woman still not safe when she’s in her home ? chantait Tracy Chapman. De fait, les actes de maltraitance contre les femmes ont ceci de particulier qu’ils se concentrent, en grande partie, au sein même de leur foyer, cette fameuse violence dite domestique. La religion, dans ce cas, les protège-t-elle vraiment ?
Dans leur interprétation à travers les âges, et aujourd’hui encore, beaucoup de religions ne se révèlent pas particulièrement favorables aux femmes. Bien au contraire. Généralement administrée par des hommes, la parole de Dieu est souvent mise en avant dans ce qu’elle peut avoir de plus coercitif à l’égard des femmes. Qui peinent, comme on peut le voir aujourd’hui encore dans les pays ayant connu l’espoir du printemps arabe, à faire entendre leur point de vue, à faire valoir leurs droits et aspirations légitimes.
Maurice est un pays qui peut être considéré comme très religieux. Il n’y a qu’à voir l’affluence au sortir des temples, églises, kovils, mosquées et autres pagodes, l’observance stricte des divers rites religieux (jeûnes, sacrifices, périodes de prières, fêtes), il n’y a qu’à voir le nombre de personnes qui déclarent appartenir à telle ou telle religion (et le peu de cas accordé à ceux pouvant se déclarer athées), pour se convaincre de la grande religiosité de ce pays. Et pourtant. Cela nous protège-t-il pour autant d’une montée de la petite et grande délinquance ? Rien n’est moins sûr.
Si les chiffres officiels affirment qu’il n’y a pas, dans les faits, d’augmentation marquante du nombre de délits criminels ces dernières années, cette impression n’étant créée que par l’inflation et l’emphase médiatique sur ces faits, il n’en demeure pas moins que la nature des crimes dont nous prenons connaissance semaine après semaine interpelle par sa violence, son absurdité, souvent sa gratuité. Entre inconnus, mais aussi au sein de familles, le déferlement de violence meurtrière semble ne plus connaître ni limites ni lien. Amenant à s’interroger sur la « moralité » de notre société. Cette société pourtant si « religieuse ».
De même, l’actualité et ses faits divers ne sont hélas pas avares, chaque semaine, de cas d’hommes religieux se livrant à divers abus de confiance et malversations, complices de trafic de drogue, auteurs d’actes d’abus sexuel.
C’est en revenant d’une cérémonie dans un lieu religieux qu’un homme a, il y a quelque temps, sauvagement assassiné sa femme et son enfant. C’est en revenant d’un service dans un lieu éminemment sacré pour marquer la naissance de son dernier enfant qu’un homme, il y a quelques années, a perpétré, avec trois autres amis, l’un des viols collectifs les plus abjects et médiatisés de notre histoire.
Alors que dire ? La spiritualité est une affaire personnelle. Elle est importante pour toute personne ou société qui aspire à une certaine transcendance. Et il existe, heureusement, autour de nous, des exemples de personnes dont la spiritualité et les pratiques religieuses illuminent la vie et l’entourage.
Mais un Etat ne saurait se contenter d’abjurer à un tel recours. Un Etat doit, d’abord et avant tout, assurer que soient mis en place les règlements et structures nécessaires à une protection optimale des enfants, des femmes et de tout citoyen de la République de Maurice. C’est aussi par les lois, et par leur respect, que passe la moralisation d’une société. Dans son ensemble.
Aussi, on ne peut s’empêcher de lever le sourcil en voyant Shakeel Mohamed, qui est ministre du Travail, s’interposer pour que des examens n’aient pas lieu à l’Université le jour de la fête Eid. S’il peut, en tant que musulman connaissant le sujet, faire une représentation à ce sujet, c’est à son collègue ministre de l’Education que revient de prendre sur la question une position et une décision qui s’appliqueront à l’ensemble de la population, et définiront l’attitude à adopter en cas d’examens les jours de fêtes religieuses. Le Président de la République devrait lui rappeler cela, pour peu qu’il consente à tenir son rôle dans une République où la religion n’est pas d’Etat. Et où les politiques, trop souvent, n’ont fait que corrompre l’image de la religion en l’utilisant à des fins n’ayant rien à voir avec la pratique d’une saine spiritualité…
Commentaires
Religion n'est pas forcement synonyme de spiritualite. Il me semble que beaucoup de mauriciens sont tres religieux.
Personnellement, j'aurais prefere voir plus de respect de l'autre et de... Tout, plus d'integrite (surtout ne pas confondre avec integrisme !) et plus d'elans de compassion et de generosite spontanes, tout "simplement". Comment y parvenir ? Bonne question ! En attendant, l'Etat a un grand role a jouer pour proteger ses citoyens les plus vulnerables et punir et essayer de rehabiliter ceux qui enfreignent ses lois. Le fait-il comme il se doit ? P.S.: a Maurice, le President de la Republique a-t-il vraiment un role, a part de faire partie de la decoration ?
le pouvoir d'un President de la Republique n'est que ceremonial a Maurice. les problemes de notre societe sont multiples- il y a qu'a regarder le nombre de "single parent" et des "broken families". L'enfant qui y grandit n'a pas une bonne orientation d'ou l'echec scolaire et la marginalisation! Le President de la Republique a certes des responsabilites vis a vis l'enfant et la societe en general mais ce sont les instances comme le "child protection unit" ou encore "le ombudsperson for children" qui doivent faire leur travail.