Who’s afraid of post-Blackness ? What it means to be Black now: le titre de cet ouvrage publié l’an dernier aux Etats Unis par le journaliste et essayiste Touré pourrait nous inspirer dans l’actuel débat qui nous agite suite au prononcé des Nations unies. Qui interpelle l’Etat mauricien sur la validité de la demande de déclaration ethnique pour être candidat à une élection législative.
L’auteur du livre y fait ressortir qu’il existe aujourd’hui autant de façons d’être noir que d’Africains-Américains aux Etats Unis, ce dans la volonté avouée de «dynamiter l’idée qu’il y ait une manière légitime de vivre la négritude ».
On pourrait sans doute en dire autant du fait d’être Mauricien.
Il n’existe pas une façon d’être Mauricien. Il existe autant de façons qu’il y a d’habitants dans cette île. La richesse pourrait être de savoir construire à partir de là.
Amin Maalouf parlait des identités meurtrières. On peut parler du danger des identités exclusives. Exclusive dans le double sens de quelque chose d’unique, et qui exclut. Dans son livre Identity and Violence, le Prix Nobel Amartya Sen met ainsi en avant le danger de considérer que notre identité est rattachée à un seul élément, que nous devons défendre à tout prix, même si cela implique le recours à la violence. Le démontre encore une fois la présente flambée dans le monde arabe, autour d’un film jugé anti-islam. Et Hilary Clinton aura beau rappeler que les grandes religions sont suffisamment fortes pour ne pas être diminuées par un simple film, l’instrumentalisation des esprits conduira inévitablement des foules fanatisées à être prêtes à verser le sang pour défendre leur « identité ».
Or, nous nous trouvons aujourd’hui dans une position unique, qui nous permettrait, de façon beaucoup plus riche et constructive, d’affirmer et d’asseoir le fait qu’être Mauricien n’est pas une identité exclusive.
Etre Mauricien n’empêche pas d’être d’origine indienne ou africaine, de confession musulmane ou athée, de sensibilité politique de gauche ou néo-libérale, d’orientation homosexuelle ou hétérosexuelle. Etre Mauricien n’exclut rien. Mais pourrait au contraire vouloir dire être pluriel et ouvert, se sentant libre de puiser dans nos divers héritages ancestraux et dans l’expérience de plus d’un siècle et demi de vivre ensemble, pour construire une modernité dynamique et riche.
En quoi cela devrait-il nous faire peur ?
Soudain bousculée par les Nations unies, notre classe politique agite de plus belle le spectre des conséquences funestes que pourrait avoir l’abolition du Best Loser System, ces députés meilleurs perdants aux élections législatives, désignés sur la base d’un rétablissement de la balance ethnique au sein de l’Assemblée nationale. Et la fameuse formule du « pays à feu et à sang », revient sans cesse comme un épouvantail destiné à effrayer et convaincre que nous ne devons pas mettre un terme à cette pratique « sécurisante ».
Petite question toutefois : la dernière fois que Maurice a effectivement été à feu et à sang, à savoir en février 1999, le Best Loser System n’était-il pas en place ? A-t-il empêché quelque chose ?
La réponse est clairement non. Le rôle éminemment pacificateur mené en ces jours sombres par Cassam Uteem pour mettre un terme aux conflits entre créoles et hindous devrait d’ailleurs ne pas être oublié. Cassam Uteem présent en tant que Mauricien transcendant les barrières et jouissant d’un respect et d’une autorité morale suffisante pour être entendu et écouté par tous.
Il faut y revenir : les émeutes de 99 ont eu lieu parce qu’une frange de la population se sentait victime de profondes injustices, tant sur le plan économique que social et judiciaire. Et le fait d’avoir non seulement des députés correctifs mais aussi des ministres et un vice-Premier ministre de cette « communauté ethnique » n’a rien changé à cela. Aujourd’hui encore, avoir Xavier Duval comme ministre des Finances améliore-t-il la condition des créoles démunis de ce pays ? Avoir Rashid Beebeejaun comme vice-Premier ministre change-t-il quelque chose au fait que seuls 1300 visas soient disponibles pour les 1800 Mauriciens désirant effectuer le pèlerinage à la Mecque ?
Face au rouleau compresseur de la mondialisation, de ses dangers et dégâts implacables, mais aussi devant les possibilités et avantages qu’elle peut offrir, nos solutions ne peuvent être dans le repli sur le plus petit dénominateur de notre identité. Nos solutions ne peuvent être que globales. Imaginées et négociées en tant qu’Etat, composé de Mauriciens riches de nos pluralités, et volontairement unis par le désir d’une communauté de destin. Et à l’intérieur, c’est sur le plan de la justice que nous devons œuvrer, justice économique, justice sociale, justice professionnelle.
Le jour où nous nous serons rendu compte de ce que cela peut nous apporter, sans doute nos politiques et leurs vassaux auront-ils des raisons de trembler. Car si c’est sur la base des compétences et de la méritocratie que sont alloués les sièges et qu’est administré le pays, il y a fort à parier que très peu de ceux qui sont en place ne seront pas renvoyés à rejoindre le regretté Aneerood Gujadhur dans son fameux « karo kann »…
Commentaires
Aux 4 Coins de cette Ile Morice on craint pas fort car la verite c nous sommes tous Moriciens.. Comme nous L'admettons tous,le type Moricien vient de l'Inde De L'Afrique et de LEurope particulierement de la France..Moriciens formant de ces ethnicites de ces Continents sont metisses reels (Marriage-Mixte) et n'ont jamais songer de Former Un Parti politique pour effacer le Communal...Ainsi faire la paix dans chaque Communaute du Pays
mes confidences!
Extra.la base pour l'introduction et la Conclusion d'un programme d'education civique et pas seulement pour les ecoles.
La réplique cinglante de Yvan Martial dans le Défi:. La République de 1992 n’a rien apporté de nouveau par rapport aux progrès acquis depuis l’Indépendance. L'évocation d’une 2e République mauricienne est un slogan insignifiant .... Merci Shennaz de démontrer que certains Mauriciens savent refléchir et d'etre suffisamment éclairés pour discerner par exemple que MLK ou Mandela défendaient une cause à travers leur propre communauté. Et cela en fait pas sectaires. Au contraire il ont changé lhistoire au lieu du décor de leur salon!
Excellent article Shenaz. Mauritianism is not about getting rid of one's culture, traditions or religious beliefs. It's more about understanding each other, forgiving, living with each other in peace and harmony and sharing the beauty of each other's culture. All we have to do is to get rid of our politicians and all the conditions will be there to create this mauritian nation.
Who was the member who said...."Am catholic before being a deputy..."...Likewise who Said ..."Noubanne, pas les puwar. sap da Nu la main...".....but there is hope.....
Bravo! À propos, mon frère Chafeekh soulignait récemment à un ami, avec sa justesse coutumière, qu'un député est censé représenter "tous ses mandants", pas seulement ceux et celles de sa "communauté". Vérité simple que nos élites dépassées s'emploient à noyer sous leurs fantasmes et contradictions. Quand on s'accroche à la déclaration de l'appartenance "communale" et au BLS, on ne se déchaîne pas contre un ministre qui suggère que son chef défend aussi des intérêts sectaires. Soyons cohérents. Depuis ma prime jeunesse, je me considère Mauricien de plein droit sans que cela enlève quoi que ce soit à mes identités multiples ni à mes nombreuses affinités culturelles et linguistiques, y compris pour le Kreol, ma belle langue nationale, ou à celles des amis de toutes les "communautés" avec qui j'ai grandi (et vieilli) à Saint-Pierre, à Vacoas et au Collège royal de Curepipe. C'est la libération et la sérénité que souhaite à toutes et à tous. Encore bravo, Shehnaz.
Bravo Shenaz pour votre opinion sage. Jooneed n'a certainement dit la meme chose que Shenaz au prealable. Et puis en quoi la confession de Chafeekh est si juste? Je la trouve surtout denuee de tout realisme!
Tres bel article, plein de bon sens. Bravo, Shenaz. J'aime bien l'accent sur la phenomene de la globalisation qui est l'antithese meme du repli identitaire. Je pense que ce billet devrait etre lu et debattu dans les ecoles.
Excellente analyse. Au-dela d'une bonne reforme electorale, d'un serieux assainissement de la situation au niveau du l'application des lois, de la gerance des corps pare-etatitiques et des terres de l'etat, c'est essentiel de trouver des solutions durables pour qu'il n'y ait pas des pans de la population qui soient negliges. C'est ca qui va faire la nation evoluer dans le bon sens. Sur le terrain, cela demande un travail d'equipe, avec une communication vraie et un engagement sincere, assidu et en profondeur. Pas seulement des camions entiers de fausses promesses a la veille d'une election ! L'immobilisme et les discours creux, annee apres annee, ne peuvent que nous faire ressembler de plus en plus a nos batiments et espaces historiques : potentiellement "un plaisir" mais, en realite, qui ne profitent qu'aux diverses varietes de termites. Ca me fait penser a un sega : "mwa osi mo akiz zom pou so ban defo.
Olye zot konstrir, zot ape detrir".