De quoi sera fait 2017 ?

« En sport, dès qu'on s'arrête, on régresse », disait le skipper français Marc Pajot. Le sport est effectivement un monde en perpétuel mouvement, où on constate son évolution de façon quasi quotidienne. 2016 tire à sa fin et nous sommes dès aujourd'hui dans une nouvelle année sportive. À bien des égards, le monde sportif mauricien est entré dans une nouvelle année quadriennale avec la fin des Jeux olympiques de Rio et les perspectives en vue pour 2020 à Tokyo, qui sera la prochaine mégapole à accueillir les JO. D'où notre question en ouverture de cette nouvelle année sportive : de quoi sera fait 2017 ?
Cette question est primordiale et prend en cette année un tout autre sens. Puisque dans deux ans et demi, soit en 2019, Maurice accueillera les Jeux des îles de l'océan Indien, que nous organisons pour la troisième fois. Dans ce contexte, il est difficile de déterminer de quoi sera fait 2017 de la façon la plus limpide qui soit. Le sport mauricien étant ce qu'il est, il dépend énormément de l'argent et des infrastructures que met à sa disposition l'État à travers le ministère de la Jeunesse et des Sports.
Depuis deux ans, le poste de ministre de la Jeunesse et des Sports est occupé par un « jeune » politicien de moins de 45 ans. Cependant, Yogida Sawmynaden n'avait en amont de cette responsabilité aucun parcours de sportif à son CV. Avantage ou réel désavantage ? La réponse à cette question dépend d'abord et avant tout de la manière dont le principal concerné réfléchit. Puis, à qu'il décide de remettre sa confiance. À son arrivée au ministère des Sports en décembre 2014, il faut reconnaître que Yogida Sawmynaden avait promis quelques idées novatrices à l'horizon, insufflant une sorte d'espoir dans une nouvelle politique sportive. Mais comme le dit le dicton, l'espoir fait vivre les imbéciles.
Pour savoir ce dont sera fait 2017 et les années à venir, arrêtons-nous sur ce bilan de deux ans de Yogida Sawmynaden pour constater si oui ou non le mouvement sportif et la jeunesse de ce pays sont sur la bonne voie. Bilan que le ministre a d'ailleurs eu le courage de vendre à un hebdomadaire comme une réalisation. Comme les anciens ont l'habitude de dire, les paroles s'envolent, mais les écrits restent. Mais nous pouvons d'ores et déjà résumer la situation en un mot : PLAGIAT.
Yogida Sawmynaden n'a pas uniquement plagié le discours de Devanand Ritoo, prononcé en 2014 lors des Handisports Games. Il y a aussi la démarche des spéciales vacances. En effet, le concept dans lequel continue à évoluer le ministre de la Jeunesse et des Sports date des années 86-87', lorsque le ministre des Sports était… Michael Glover.
Rien n'empêche Yogida Sawmynaden de recopier les mêmes concepts que ses aïeux. Cependant, en décidant d'aller dans cette voie, il est primordial que le ministre améliore la formule et s'assure que la participation des jeunes soit beaucoup plus importante que lors des précédentes éditions. Or, au vu des statistiques, il semble que le programme de spéciales vacances du MJS n'attire désormais plus grand monde. D'autant que son contenu est en complet déphasage avec les besoins que requiert la jeunesse mauricienne 2.0.
On peut en dire autant des Jeux sportifs que le ministère de la Jeunesse et des Sports persiste à organiser. Malgré les quelques amendements notés, on appelle cela dans le jargon des « changements cosmétiques ». Du fait que les Nationals Youth Games et les Jeux des Jeunes s'apparentent grandement à du copier-coller des Jeux de l'Espoir et des Jeux de l'Avenir, lancés, une fois de plus, dans les années 80. On peut donc légitimement se demander où sont les nouvelles idées de ce ministère. À force de copier, le ministre devrait faire attention, car à la fin de 2017 son bilan risque fort bien de ressembler à celui du ministre des années 80-90…
Point positif à relever : 2016 n'étant pas l'année des Jeux des îles, le ministre nous a, cette fois, épargnés de son sempiternel « 66 médailles d'or gagnées à La Réunion en 2015 ». Et nous n'allons pas revenir sur le fait qu'il a parlé de déclic survenu dans le mouvement sportif grâce à son accession au fauteuil de ministre, qu'il avait occupé pendant seulement six mois — faisant de lui la risée du monde sportif. Quid des trois, voire quatre années de préparation nécessaires aux sportifs et aux entraîneurs pour espérer remporter une médaille au JIOI ? Les miracles n'existent pas dans le sport de haut niveau, tout étant une question de sacrifices et d'efforts constants.
Cette année, le bilan du ministre est centré autour des actions de Sports for All et des Jeux de Quartier, mais rien de concret qui permet aux sportifs, qu'ils soient amateurs, professionnels ou de haut niveau, de progresser en vue d'atteindre un niveau international. La présentation du bilan du MJS n'influence en rien le niveau du sport, ni l'augmentation du Cash Prize Scheme, puisque c'est un exercice qui se fait toutes les années sans grands résultats.
Face à ces manquements au monde sportif, nous pensons qu'il y a des raisons de s'inquiéter de ce que sera fait 2017. Le Budget présenté par le Grand Argentier, Pravind Jugnauth, n'indique en rien ce à quoi une fédération doit s'attendre en termes de financement destiné aux sportifs. Rappelons que les athlètes seront testés une première fois en juillet prochain dans le cadre des Jeux de la Francophonie, à Dakar.
Au cours de sa conférence de presse de jeudi, Yogida Sawmynaden a certes parlé du passé, mais l'avenir a occupé très peu de place dans son intervention. C'est sans doute un signe qui ne trompe pas, car, à vrai dire, ce ministre ne semble pas avoir de projet le sport mauricien. Et c'est plus que dommage pour un peuple qui sait se montrer patriotique envers ses sportifs.
Ce qu'on avance se confirmera très vite. Soit en février, lorsque se tiendra la deuxième réunion du CIJ en vue des Jeux des îles de 2019. On verra alors jusqu'où la médiocrité peut aller…