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Réapprendre à penser

Savons-nous encore penser ?
Pour curieuse qu’elle puisse paraître, la question mérite à notre sens d’être posée, tant semble indigent le « débat » ou devrait-on dire l’absence de débat dans lequel nous plonge l’actualité locale. Une actualité pourtant riche, qui pourrait nous amener à nous interroger et à réfl échir sur la société que nous désirons, la société que nous voulons nous donner les moyens de construire, ensemble. Au lieu de cela, nous voilà perdus dans des comptes que renierait même un apothicaire, des « tant des sièges par-ci », « tant de députés par là », des calculs que ne sous-tend aucun projet de société argumenté.
Alors peut-être devrions-nous reconsidérer certaines de nos capacités, dans ce pays où l’école n’apprend trop souvent que le par coeur et la restitution de modèles tout faits, où le développement de la réfl exion et de la pensée critique semblent curieusement sous-estimés.
Ministre de la Jeunesse, de l’Education nationale et de la Recherche en France de 2002 à 2004, Luc Ferry propose ces jours-ci, avec la collection « Sagesses d’hier et d’aujourd’hui », une série en 20 volumes où il raconte, avec une simplicité qui n’exclut pas la complexité, l’histoire de la philosophie, à travers la pensée des plus grands philosophes.
« Je suis convaincu que la philosophie est un trésor irremplaçable pour comprendre notre époque et se comprendre soi-même, pour mieux vivre, tout simplement », déclare à ce sujet Luc Ferry dans une interview au magazine Le Point.
Pour lui, le grand apport de la philosophie, par rapport à la religion et aux mythologies, est d’introduire une « spiritualité laïque ». Ce qu’il explique ainsi :
« Nos existences se situent toujours par rapport à deux types de valeurs, les valeurs morales et les valeurs que j’appelle spirituelles ou existentielles. La morale, en quelque sens qu’on l’entende, c’est le respect de l’autre, disons les Droits de l’homme avec, de surcroît, la bienveillance, la générosité. Se conduire moralement, c’est respecter autrui et lui vouloir activement du bien. Si nous appliquions parfaitement les valeurs morales, il n’y aurait plus sur cette planète ni massacres, ni viols, ni vols, ni meurtres, ni injustices. Ce serait une révolution. Et pourtant cela ne nous empêcherait ni de vieillir, ni de mourir, ni de perdre un être cher, ni même d’être le cas échéant malheureux en amour ou, tout simplement, de nous ennuyer au fi l d’une vie quotidienne engluée dans la banalité. Car ces questions – celles des âges de la vie, du deuil, de l’amour ou de l’ennui – ne sont pas essentiellement morales. Vous pouvez vivre comme un(e) saint(e), respecter et aider autrui à merveille, appliquer les droits de l’homme comme personne, et vieillir, et mourir, et souffrir. Car ces réalités, comme dit Pascal, sont d’un autre ordre, qui relève de la « spiritualité », laquelle ne se limite pas au religieux et va bien au-delà de la morale. Il y a des spiritualités avec dieux, ce sont les religions, et des spiritualités sans dieux, ce sont les grandes philosophies ».
Voilà qui devrait nous intéresser, dans une société où la religiosité est trop souvent utilisée non pour un réel approfondissement des valeurs spirituelles, mais davantage comme l’exercice d’un rapport de force, un levier de réussite non avec mais presque contre, pour ne pas dire au détriment des autres.
Loin de l’image de la philosophie comme une chose déconnectée du réel et de ses impératifs, Luc Ferry rappelle le propos de Hegel selon lequel la philosophie est d’abord et avant tout « intelligence de ce qui est », ou encore « son époque saisie dans la pensée ».
Saisir notre époque dans la pensée. Voilà qui devrait nous interpeller. Car nous nous retrouvons aujourd’hui, à plus d’un titre, à un carrefour.
Le monde n’est défi nitivement plus ce qu’il était il y a quarante, voire même vingt ans. Les choses vont vite, très vite, les mutations engendrées notamment par l’essor fulgurant des nouvelles technologies nous offrent un paysage qui se modifi e à grande vitesse. Face à cela, nous ne pourrons pas continuer à utiliser les anciennes grilles de réfl exion et d’action qui ont plus ou moins fait recette jusqu’ici.
Ce serait se condamner à une mort certaine.
Nous sommes confrontés à un double défi , immense : d’une part ,celui de nous imaginer, nous, Mauriciens, au sein d’un pays qui est en train de connaître des mutations profondes. Et, d’autre part, de nous imaginer, en tant que pays, au sein d’un monde bouleversé, en proie à des changements rapides et inattendus.
Ce n’est certes pas en nous lamentant, en nous exclamant que tout change et que tout fi che le camp, en cultivant la sinistrose qui accompagne ce genre de propos, que nous avons une chance d’évoluer.
C’est peut-être en allant vers un regain de pensée que nous pourrons nous donner une chance d’appréhender le monde qui nous entoure, et de réfl échir à ce que nous pouvons bâtir à partir de là. Pas en essayant d’infantiliser une population en la privant de chances de grandir sous prétexte que nous sommes une « société fragile » qui devrait confi er à quelques caciques d’appliquer des recettes surannées. Le monde ne nous attendra pas…


Commentaires

Agree with Toto. Some Mauritians, especially journalists of all hues , are uprooted. They ignore the values of their own philosophical heritage which has nothing to learn from abstract hair-splitting theoritical Western approach of intellectual speculation called 'philosophy' . These uprooted people are a bit lost and they keep dishing out so-called European great 'learnings'. They are hopelessly mired in French intellectualism, as someone observed. Gallic philosophy, no thanks.

Gallic "wisdom"? Thanks. But no thanks.

I find Ms. Patel's diagnosis spot on. But I would tend to agree with Angel of Creve Coeur for the cure. I commend the latter's reading suggestion which should preferably be read in its original English version. Contrary to what the article may suggest it is not a Mauritian problem only. It is worldwide. Apart from few countries such as Finland, Japan and Singapore possibly. In the presentation of the link, the warning "Ce n'est pas à coup de débats d'idées abstraites que s'imposeront l'égalité et la liberté..." sums up why we should indeed shun the French approach at all cost. Martha Nussbaum, a close friend of Amartiya Sen, indeed and always makes a worthwhile read. That said, the thinking process is a cognitive issue and it cannot be sharpened through "philosophy" classes, that is more about history of (Western) philosophy and rhetoric. Instead the whole school curriculum must be thoroughly reviewed so that children develop the appropriate skills right from their tender age. This video is a summary of what went wrong: http://www.youtube.com/watch?v=iG9CE55wbtY

Merci beaucoup Spin Oza pour ce lien lumineux. J'invite tous les lecteurs à visiter ted.com pour ses innombrables éclairages en toute simplicité. Sans les ronflements "philosophiques" je veux bien l'admettre. Voici le texte en francais:

Bonjour. Comment allez-vous? C'était bien, n'est ce pas? J'ai été époustouflé par tout ce qu'on a vu. D'ailleurs, je m'en vais. (Rires) Trois des thèmes dominants au cours de cette conférence sont liés à ce dont je veux parler. Le premier est l'extraordinaire preuve de la créativité humaine dans toutes les présentations que nous avons eues et avec toutes les personnes présentes. Rien que par cette variété et cette palette de sujets. Le second point est que cela nous emmène dans des endroits où nous n'avons aucune idée ce que nous réserve le futur. Aucune idée de comment les choses vont évoluer.

J'ai de l'intérêt pour l'éducation en fait, je pense que tout le monde est intéressé par l'éducation. Vous ne pensez-pas? Je trouve cela très intéressant. Si vous êtes à un dîner et que vous dites que vous travaillez dans l'éducation en fait, vous n'êtes pas souvent invités à des dîners, si vous êtes dans l'Éducation. (Rires) On ne vous invite pas. Et on ne vous ré-invite jamais, bizarrement. Je trouve ça étrange. Mais si vous l'êtes, et que des personnes vous demandent "Que faites vous dans la vie?" et que vous répondez que vous travaillez dans l'éducation, là, vous les voyez blêmir. Il seront du style : "Oh mon dieu", "Pourquoi-moi? C'est ma seule sortie de la semaine!" (Rires) Mais si vous les questionnez sur leur éducation, ils ne vous lâcheront plus. Car c'est une des choses qui intéresse profondément les gens, n'est-ce pas? Comme la religion, l'argent et d'autres choses. Je m'intéresse beaucoup à l'éducation, et je pense que c'est le cas de tous. Nous avons un intérêt tout particulier pour cela, en partie car c'est l'éducation qui était censée nous emmener dans ce futur insaisissable. Quand on y pense, des enfants qui commencent l'école cette année seront à la retraite en 2065. Personne ne sait -- en dépit de tous les experts que nous avons vus ces 4 derniers jours -- comment sera le monde dans l'espace de 5 ans. Et pourtant, nous sommes supposés les éduquer à cela. Ce caractère imprévisible, je pense, est extraordinaire.

Et le troisième point de tout cela sur lequel nous sommes néanmoins tous d'accord, ce sont les capacités vraiment extraordinaires qu'ont les enfants -- ces capacités pour l'innovation. Regardez, Sirena hier était épatante, vous ne trouvez pas? Rien que de voir de quoi elle est capable. Et elle est exceptionnelle, mais je pense qu'elle n'est pas, façon de parler, exceptionnelle dans l'enfance au sens global. Ce que vous avez ici, c'est une personne vraiment consacrée, qui a trouvé son talent. Et mon cheval de bataille c'est que, tous les enfants ont un talent fabuleux. Et nous le gaspillons, sans vergogne. J'aimerais donc vous parler d'éducation et aussi de créativité. Mon combat est que la créativité aujourd'hui est aussi importante dans l'éducation que la littérature, et nous devrions les traiter de façon égale. (Applaudissement) Merci. C'était tout, en fait. Merci beaucoup. (Rires) Il reste donc 15 minutes. Bon, Je suis né -- non. (Rires)

J'ai entendu une super histoire récemment -- J'adore la raconter -- d'une petite fille qui était à un cours de dessin. Elle avait six ans et elle était au fond de la classe, en train de dessiner, sa maîtresse disait que cette petite fille d'habitude avait du mal à se concentrer, pourtant, elle l'était à ce cours de dessin. La maîtresse fascinée, est allée la voir et lui a demandée, "Qu'es-tu en train de dessiner?" Et la petite fille lui a répondu, "Je fais un dessin de Dieu." La maîtresse lui dit alors, "Mais personne ne sait à quoi ressemble Dieu." Et la petite fille répond, "Ils le sauront dans une minute." (Rires)

Quand mon fils avait quatre ans en Angleterre -- en fait il avait quatre ans partout, pour être honnête. (Rires) Je suis sûr de ça, partout où nous allions, il avait quatre ans cette année. Il jouait dans la pièce "Nativité". Vous vous souvenez de l'histoire? Non, pourtant c'est connu. Vraiment connu. Mel Gibson a fait la suite. Vous l'avez peut-être vu: "Nativité II." Bon, James a eu le rôle de Joseph, nous étions enchantés. Nous pensions que c'était l'un des rôles principaux. Nous avions remplis la salle de complices avec le T-shirt: "James Robinson EST Joseph! (Rires) Il n'avait pas à parler, mais vous connaissez le passage avec les trois rois qui arrivent? Ils viennent chargés de cadeaux, et ils amènent de l'or, l'encens et la myrrhe. ça c'est vraiment passé. Nous étions assis et je me disais qu'ils avaient oubliés une scène parce que nous avons demandé à James après : "Tu es d'accord avec ça?" Et il répond, "Oui, pourquoi, c'était pas ça?" Ils avaient juste interverti, c'était tout. Donc, les trois garçons sont arrivés, quatre ans avec des torchons sur la tête, puis ils ont posé leurs boîtes et le premier garçon a dit, "Je t'apporte de l'or." puis le second garçon a dit, "Je t'apporte de la myrrhe." et le troisième garçon a dit, "Je t'apporte Vincent"

Ce que ces choses ont en commun est que les enfants vont oser. Même s'ils ne savent pas, ils essaieront quelque chose. Vous ne pensez-pas? Ils n'ont pas peur de se tromper. Maintenant, je ne dis pas que se tromper, c'est pareil qu'être créatif. Ce que je dis ici, c'est que si vous n'êtes pas prêts à vous tromper, vous ne sortirez jamais rien d'original. Si vous n'êtes pas prêts à vous tromper. Et avec le temps en devenant adultes, la plupart de ces enfants perdent cette capacité. Ils sont devenus peureux d'avoir tort. Nous dirigeons nos entreprises comme ça, par ailleurs. Nous stigmatisons les erreurs. Et nous dirigeons notre système éducatif national de telle façon que les erreurs sont les pires choses qu'ont puissent faire. Le résultat, c'est que nous éduquons des gens en dehors de leurs capacités créatives. Picasso a un jour dit ceci : Tous les enfants sont des artistes nés. Le problème est de rester un artiste en grandissant. J'ai l'intime conviction: que nous ne grandissons plus dans cette créativité. nous grandissons en dehors. Ou plutôt, nous sommes éduqués en dehors. Pourquoi cela?

Je vivais à Stratford-on-Avon jusqu'à il y a environ cinq ans. En fait, nous avons déménagé de Stratford à Los Angeles. Vous pouvez imaginer l'aisance de cette transition. (Rires) En fait, nous vivions a un endroit appelé Snitterfield, juste à l'extérieur de Stratford, qui est l'endroit où le père de Shakespeare est né. Êtes-vous frappé par quelque chose? Je l'ai été. Vous ne pensiez pas que Shakespeare avait un père, n'est-ce pas? Parce que vous ne pensiez pas que Shakespeare a été enfant, n'est-ce pas? Shakespeare ayant sept ans? Je n'avais jamais pensé à ça. Je veux dire il a eu sept ans un jour. Il était même dans la classe de Littérature de quelqu'un? Cela devait être plutôt embêtant? (Rires) "Dois faire plus d'effort." Envoyé par son père au lit, qui dit, à Shakespeare, "Au lit, maintenant!" à William Shakespeare, "et pose ton stylo. et arrête de parler comme ça. Tu embrouilles tout le monde." (Rires)

Donc, nous avons déménagé de Stratford pour Los Angeles, et je veux juste dire un mot sur la transition. Mon fils ne voulait pas venir. J'ai deux enfants. Il a 21 ans maintenant, ma fille 16. Il ne voulait pas venir à Los Angeles. Il adorait l'idée, mais il avait une petite amie en Angleterre. C'était l'amour de sa vie, Sarah. Il la connaissait depuis un mois. Imaginez, ils avaient fêté leur quatrième anniversaire, et ça fait un certain temps à 16 ans. Donc, il était bouleversé dans l'avion, et il disait, "Je ne trouverai jamais une autre fille comme Sarah." Et nous étions plutôt content de ça, honnêtement, car elle était la principale raison pour laquelle nous quittions le pays. (Rires)

Quelque chose vous frappe quand vous déménagez pour l'Amérique et que vous voyagez à travers monde: chaque système éducatif sur Terre à la même hiérarchie de sujets. Tous. N'importe où vous allez. Vous pensez que ça serait différent mais non. Tout en haut, vous avez les mathématiques et les langues, puis les sciences humaines, et tout en bas les arts. Partout sur la planète. Et dans à peu près, tous les systèmes aussi, il y a une hiérarchie dans les arts. L'art et la musique sont normalement plus haut à l'école que l'art dramatique et la danse. Il n'y a aucun système d'éducation qui enseigne la danse chaque jour à des enfants comme nous leurs enseignons les maths. Pourquoi? Pourquoi pas? Je pense que cela est important. Je pense que les maths sont importantes, mais la danse aussi. Les enfants danseraient tout le temps si ont leurs donnaient l'autorisation. Nous avons tous un corps n'est-ce pas? Ou alors j'ai manqué une conférence? (Rires) La vérité, ce qui ce passe est, que quand les enfants grandissent, nous commençons à les éduquer progressivement de la taille. Puis nous nous concentrons sur leurs têtes. Et principalement sur une partie.

Si notre système éducatif était visité par un martien, et qu'il demandait "A quoi ça sert, l'enseignement public?" Je pense qu'on devrait conclure, que ceux qui réussissent, qui font tout ce qu'on attend d'eux, qui ont tous les bons points, qui sont les gagnants -- Je pense qu'on devrait conclure que le but final de l'enseignement public à travers le monde est de produire des professeurs d'université. N'est-ce pas? C'est eux qui arrivent premier. J'ai été l'un d'entre eux, donc bon. (Rires) J'aime les professeurs d'université, mais vous savez, nous ne devrions pas les placer au sommet des réalisations humaines. Il sont juste une forme de vie une autre espèce parmi les autres. Mais ils sont plutôt curieux, et je dis ça avec sympathie. Il y a, d'après mon expérience, quelque chose de singulier avec les professeurs -- pas tous, mais typiquement -- ils vivent dans leurs têtes. Ils vivent là-haut, et un peu seulement cette partie. Ils sont désincarnés, on peut dire, d'une manière littérale. Ils perçoivent leurs corps comme un moyen de transport pour leurs têtes, non? (Rires) C'est une façon de déplacer leurs têtes à des réunions. Si vous voulez une preuve réelle d'expérience de hors-corps, allez à une conférence locale, d'universitaires, puis allez avec eux en discothèque la dernière nuit. (Rires) Et là vous verrez, des adultes hommes et femmes se déhanchant de façon incontrôlable, en dehors du rythme, attendant la fin pour pouvoir rentrer chez eux et écrire un article sur ça.

Notre système éducatif est basé sur la notion d'aptitude académique. Et il y a une raison. Le système entier a été inventé -- à travers le monde, il n'y avait pas d'enseignement public, vraiment, avant le 19ème siècle. Ces systèmes sont tous apparus pour satisfaire les besoins d'industrialisation. La hiérarchie est donc fondée sur 2 idées. Premièrement, que les sujets les plus utiles au travail sont au sommet. Vous étiez donc de façon bienveillante écartés de certaines choses à l'école, des choses qu'enfants vous aimiez si elles ne vous permettaient pas d'obtenir un travail. N'est-ce pas? Ne fais pas de musique, tu ne seras pas musicien; Ne fais pas de l'art, tu ne seras pas un artiste. Un conseil bienveillant -- qui est maintenant, profondément faux. Le monde entier s'engouffre dans une révolution. Le second point est que l'habilite académique, domine vraiment notre vision de l'intelligence, car les universitaires ont modelé le système à leur image. Si vous imaginez, l'ensemble des enseignements publiques à travers le monde c'est un long processus d'accès à l'université. Et la conséquence est que beaucoup de gens talentueux, brillants, créatifs pensent qu'ils ne le sont pas, car les matières où ils étaient bons à l'école n'étaient valorisées, ou étaient même stigmatisées. Ça ne peut pas continuer ainsi.

Dans les 30 prochaines années, selon l'UNESCO, il y aura plus de personnes dans le monde diplômée que depuis le début de l'histoire. Plus de monde, et c'est la combinaison de toutes les choses dont nous avons discutées -- les technologies et ses impacts sur le travail, la démographie et l'énorme accroissement de la population. Soudainement, les diplômes ne valent plus rien. Pas vrai? Quand j'étais étudiant, si tu avais un diplôme, tu avais un travail. Si tu n'avais pas de travail, c'est que tu n'en voulais pas un. Et je n'en voulais pas un, honnêtement. (Rires) Mais aujourd'hui nos enfants diplômés préfèrent jouer aux jeux vidéo, car il faut un Master alors qu'avant tu n'avais besoin que d'une Licence et pour certains il faut même un Doctorat. C'est un processus d'inflation académique. Et cela nous montre que le système éducatif en entier est entrain d'évoluer sous nos pieds. Nous devons radicalement repenser notre vision de l'intelligence.

Nous savons 3 choses sur l'intelligence. Une, elle est variée. Nous pensons le monde de toutes les façons que nous l'expérimentons. Nous le pensons de façon visuelle, de façon auditive, de façon kinesthésique, Nous pensons de façon abstraite, nous pensons en mouvement. Deuxièmement, l'intelligence est dynamique. Si vous regardez les interactions du cerveau humain, comme nous l'avons vu hier dans de nombreuses présentations, l'intelligence est merveilleusement interactive. Le cerveau n'est pas divisé en compartiments. En fait, la créativité -- que je définis comme le processus d'avoir des idées originales qui ont de la valeur -- le plus souvent, provient de l'interaction de différentes façon de voir les choses.

Le cerveau est intentionnellement -- d'ailleurs, les deux hémisphères du cerveau sont reliés par un corps appelé le corps calleux. Il est plus épais chez les femmes. D'après Helen hier, je pense que c'est probablement la raison pour laquelle les femmes sont meilleures pour le multi-taches. Car vous l'êtes, non? Il y a beaucoup d'études, mais je le sais de mon expérience personnelle. Quand ma femme cuisine à la maison -- pas trop souvent, heureusement. (Rires) Donc quand elle cuisine -- non, elle fait bien certaines choses -- donc quand elle cuisine, vous savez en même temps, elle gère d'autres personnes au téléphone, elle parle aux enfants, elle repeint le plafond, elle fait une opération chirurgicale à cœur ouvert. Tandis que si je cuisine, la porte est fermée, les enfants sont dehors, le téléphone éteint, et si elle arrive, ça m'irrite. "Terry, s'il te plaît, j'essaie de faire cuire un oeuf. Laisse-moi tranquille." (Rires) En fait, vous savez cette vieille histoire philosophique, si un arbre tombe dans la forêt et personne ne l'entend est-ce que c'est arrivé? Vous vous rappelez cette histoire? J'ai vu un super t-shirt récemment qui disait, "Si un homme dit ce qu'il pense dans une forêt et qu'aucune femme ne l'a entendu, est-ce qu'il a toujours tort?" (Rires)

Et la troisième chose sur l'intelligence est qu'elle est distincte. Je suis en train d'écrire un nouveau livre appelé "Epiphany" (ndt :The Element), qui est basé sur une série d'interviews de personnes sur comment ils ont découvert leurs talents. Je suis fasciné par la façon dont certaines personnes y sont arrivé. J'ai été ainsi fasciné par une conversation que j'ai eue avec une merveilleuse femme que peut-être la plupart des gens ne connaissent pas, qui s'appelle Gillian Lynne, vous la connaissez? Certains oui. Elle est chorégraphe et tout le monde connaît son travail. Elle a fait "Cats" et le "Fantôme de l'opéra" Elle est merveilleuse. J'ai été au conseil d'administration du Royal Ballet, d'Angletere, comme vous pouvez le voir. En tout cas, en déjeunant avec elle, je lui demande, "Gillian, comment es-tu devenue danseuse?" Et elle me répond - c'est intéressant - que quand elle était à l'école, elle était vraiment sans espoir. Et l'école, dans les années 30, avait même écrit à ses parents en disant, "Nous pensons que Gillian a un problème pour apprendre." Elle ne pouvait pas se concentrer, était turbulente. Je pense qu'on dirait maintenant qu'elle a le Trouble du Déficit de l'Attention. N'est-ce pas? Mais c'était dans les années 30, et l'TDA/H n'avait pas encore été défini. Ce n'était pas une option disponible. (Rires) Les gens ne savaient pas qu'ils pouvaient avoir cela.

Bref, elle est allée voir ce spécialiste. Dans cette pièce aux lambris de chêne. Et elle était là avec sa mère, assise sur cette chaise au fond, assise sur ses mains depuis 20 minutes au moins pendant que l'homme discutait avec sa mère des problèmes de Gillian à l'école. Et à la fin -- parce qu'elle gênait les autres, ses devoirs étaient toujours en retard, etc, etc, -- petit fille de 8 ans -- à la fin le docteur s'est assis près de Gillian et lui a dit, "Gillian, J'ai écouté toutes les choses que ta mère m'a dites et j'ai besoin de lui parler en privé" Il lui dit, "Attends là, nous ne serons pas long." Et ils sont sortis et l'ont laissée. Mais quand ils quittèrent la pièce, il alluma la radio posée sur son bureau. Et quand ils quittèrent la chambre, il dit à sa mère, "Restez juste là et observez-là." A la minute où ils quittèrent la pièce, elle m'a raconté, qu'elle était debout, en train de bouger avec la musique. Et ils l'ont regardée pendant quelques minutes puis il s'est retourné vers sa mère et a dit, "Mme. Lynne, Gillian n'est pas malade, c'est une danseuse. Inscrivez là à une école de danse."

J'ai dit, "Qu'est ce qui s'est passé?" Elle m'a répondu, "Elle l'a fait. Et c'était merveilleux. Nous avancions dans cette pièce remplie de gens comme moi. De gens qui ne pouvaient pas s'asseoir sans bouger, De gens qui devaient bouger pour pouvoir penser." Ils ont fait du ballet, de la claquette, du ballet jazz du moderne, du contemporain. Elle a finalement été auditionnée pour la Royal Ballet School, elle est devenue soliste, et eut une merveilleuse carrière au Royal Ballet. Elle fut diplômée du Royal Ballet School et fonda sa propre troupe, la Gillian Lynne Dance Company, elle rencontra Andrew Lloyd Weber. Et elle fut responsable de certaines des plus grandes comédies musicales de tous les temps, elle donna du plaisir à des millions de personnes et est multi-millionnaire. Quelqu'un d'autre l'aurait sans doute mis sous médicament en lui disant de se calmer.

Je pense -- (Applaudissement) Ce que je pense est que: Al Gore a parlé l'autre nuit d'écologie et de la révolution recherchée par Rachel Carson. J'ai la conviction que notre seul espoir pour le futur est d'adopter une nouvelle conception de l'écologie humaine, une où nous commencerions à repenser notre conception de la richesse de la capacité humaine. Notre système éducatif a miné notre esprit de la même manière que nous avons épuisé la Terre : pour une ressource particulière. Mais pour l'avenir, cela ne nous aidera pas. Nous devons repenser les principes fondamentaux de l'éducation de nos enfants. Il y a cette merveilleuse citation de Jonas Salk, qui dit "Si tous les insectes disparaissaient de la planète dans les 50 ans qui suivent, ce serait la fin de la Terre. Si tous les humains disparaissaient de la planète dans les 50 ans suivants, toutes les formes de vies floriraient." Et il a raison.

Ce que TED célèbre est le cadeau de l'imagination humaine. Nous devons maintenant faire attention à utiliser ce cadeau, de façon sage, et éviter certains scénarios dont nous avons parlés. Et la seule façon de le faire est de voir la richesse de notre capacité créative, et voir nos enfants comme l'espoir qu'ils représentent. Notre tâche est de les éduquer de façon complète, afin qu'il puisse vivre dans ce futur. D'ailleurs -- nous ne verrons sans doute pas ce futur, mais eux si. Et notre mission est de les aider a faire quelque chose de leur futur. Merci beaucoup.

Je trouve regrettable aussi Spin Oza que quelqu'un qui semble apprécier Edgar Morin puisse aussi être inspirée par l'approche simpliste de Luc Ferry!

Je vous invite plutot a prendre connaissance d'une oeuvre autrement plus stimulante et moins francocentree que celle-la: http://www.amazon.fr/%C3%A9motions-d%C3%A9mocratiques-Comment-former-cit...