Réforme électorale: l’heure de vérité approche

Le MMM a entrepris une démarche stratégique importante la semaine dernière en décidant de retirer sa proposition visant à permettre aux leaders des partis politiques, dont la fonction est reconnue par la Constitution, de procéder à la nomination de huit députés correctifs parmi les candidats malheureux aux élections générales et qui ont  représenté leurs partis dans les circonscriptions où les noms figuraient sur la liste proportionnelle des partis politiques. Cette proposition avait été évoquée lors d'une conférence commune MSM-MMM par Paul Bérenger. Malgré l'enthousiasme du leader mauve, qui avait alors présenté une proposition « réfléchie », son partenaire, sir Anerood Jugnauth, avait eu une réaction plutôt mitigée, estimant que son parti devait se pencher sur la question avant de se prononcer. Par la suite, le MSM avait maintenu sa position en faveur du best loser system, à moins qu'un système alternatif soit trouvé. Pour que cette proposition puisse être traduite dans les faits, il faut qu'elle ait le soutien du PTr. Ce qui n'a pas été le cas, le leader du parti, Navin Ramgoolam, ayant fait comprendre qu'il était contre un nombre trop important de candidats non-élus et qu'il était également opposé au choix de députés correctifs en dehors des élections. Simultanément dans les pays, alors que la proposition de Paul Bérenger était considérée comme un pas en avant du fait qu'elle se démarquait du système de meilleurs perdants, l'idée de confier aux leaders le soin de choisir des députés était fortement critiquée et considérée comme « dictatoriale ». Elle a ainsi été fustigée par plusieurs personnalités, à l’instar de l'ancien juge Robert Ahnee. Le retrait de la proposition de Paul Bérenger enlève une pression du MMM, qui peut ainsi reculer pour « mieux sauter », même si Paul Bérenger attribue sa démarche à « l'inactivité » et au « manque de sérieux » du leader des rouges. À l'heure où nous entamons la dernière phase des travaux parlementaires pour 2012 cette semaine, tout le monde a maintenant le regard rivé sur le Premier ministre et leader du PTr. Le moment  est venu pour Navin Ramgoolam de préciser une fois pour toutes sa position concernant le projet de réforme électorale. Il est temps qu’il dise s'il compte, oui ou non, aller de l'avant avec ce projet, et s'il se décidera ainsi à prendre les mesures qui s’imposent pour satisfaire les observations du comité des Nations unies pour les droits de l'homme. Il a déjà dit qu'il ne comptait pas organiser des recensements qui prendraient en compte les communautés, comme en 1972, et qu'il était en faveur d'un système où les Mauriciens pourraient se présenter comme « citoyens mauriciens ».
Les tergiversations autour de la réforme électorale, les propositions et les contre-propositions, le mystère entourant les discussions entre les dirigeants des principaux partis.. Tout cela risque, si on n’y prend pas garde, de créer un sentiment de rejet par rapport à la réforme électorale. Et si un sondage indépendant devait être effectué, il ne serait pas étonnant qu’il révèle que la population se prononce pour un statu quo et le maintien du système actuel. Le Premier ministre, qui est attendu au pays aujourd'hui, aura-t-il le courage de s'exprimer à cœur ouvert sur la question ou de venir avec un texte à l'Assemblée nationale contenant une proposition ferme ? Il faut reconnaître que les autres propositions, entendues de part et d'autre – concernant notamment l'introduction de « Four member-constituencies », des circonscriptions à siège unique, le redécoupage des circonscriptions... n'ont, jusqu'ici, pas convaincu et n’ont pas reçu un accueil favorable.  
La vraie raison se cachant derrière la volonté d'apporter des réformes électorales avec l’introduction d’un système mixte est d'éviter à tout prix les « 60-0 » ou l'élection de tous les candidats faisant partie d'une même mouvance politique sans qu’aucun député de l’opposition ne soit élu. Ce que ni les “Four member-constituencies” ou les circonscriptions à siège unique ne peuvent éviter. Mais aussi la nécessité d'avoir une assemblée nationale représentative, avec la présence des parlementaires reflétant le vote de l'électorat et où toutes les sensibilités de la population seraient représentées. La solution à ce problème dépasse tous les experts en matière électorale – qu'ils soient britanniques, européens ou mauriciens, ou qu'il s'appelle Rama Sithanen ou autre. Elle est avant tout politique. Tout projet de réforme doit avoir le soutien des 3/4 des parlementaires au Parlement. Est-ce la crainte de ne pas bénéficier de la majorité nécessaire qui fait tiquer Navin Ramgoolam ? Est-ce les différents lobbies castéistes, très actifs, qui le font réfléchir à deux fois ? Est-ce pour cela que, dans certains milieux du PTr, on caresse toujours l'idée d'une alliance électorale avec le MMM sur la base d'une équipe de candidats comprenant 32 rouges et bleus ainsi que 28 mauves ? Le MMM aurait jusqu'ici insisté pour une répartition 30/30. Une alliance aurait, selon certains, permis l'organisation des élections anticipées avec, en bonne place du programme, la réforme électorale. Puisque le MMM a déjà indiqué qu'il ne comptait pas faire d'alliance avec les rouges, tout laisse croire que les élections auront lieu après le sommet du Commonwealth, prévu en 2014. Ce projet n'a toutefois pas été confirmé. Pour le moment, il existe une intense agitation, aussi bien du côté de la majorité que de celui de l'opposition. Les uns et les autres se préparent pour les municipales, annoncées pour décembre. On prévoit une joute serrée, même si, dans l’opposition, on affiche l’optimisme. L’enjeu sera plus national que régional, comme toujours, et va certainement se refléter dans les travaux parlementaires qui reprennent cette semaine.


Commentaires

Monsieur Poché, vous employiez le mot réforme, il s’agit plutôt une réformette que notre classe politique poltronne et usée voudrait faire. Et puis c’est excessif de parlé une majorité de 3/4 a l’Assemblée il ne concerne en réalité que la décision de deux personnes que la Constitution confère un grand pouvoir, et que tous deux assument avec désinvolture.
Dans un interview à Week-end, le juge Balancy disait que le “BLS n’a plus sa raison d’être dans notre système de droit », il a raison, mais le BLS n’est pas le seul hic. Force est de constater que notre mode électoral dans son ensemble a besoin d’être dépoussiéré. Il est choquant de voir que la quasi totalité de nos politiciens tiennent mordicus à ce mode électoral qui favorise le népotisme, voire la corruption la plus abjecte. N’est-il pas temps de faire briller notre démocratie en lui apportant une bonne bouffée d’air frais en introduisant un système de financement des partis politiques par l’Etat, de mettre fin au transfugisme, d’accorder le droit de vote à nos compatriotes qui vivent outremer, et de limiter le mandat du député ?

Il est temps d’achever le transfugisme.
Si l’existence des groupes parlementaires est d’un apport incontesté à la démocratie, un député
élu sous la bannière du parti soleil peut-il adhérer au groupe parlementaire du parti la clé ou même devenir un(e) député(e) indépendant(e) ? C’est la question très controversée qu’aucun parti politique chez nous ne veut aborder lucidement pour mettre fin à cette absurdité qu’on nomme « le transfugisme ». Pour cause, quand ils sont au pouvoir ils ont recours à cette pratique amorale pour maintenir une majorité au parlement. Le député félon est récurent dans le paysage politique local. Les défections des députés du MSM sous la présente législature n’ont entraînées aucune sanction, le code électoral étant muet sur la question. N’est-il pas temps d’arrêter cette simagrée qui bafoue allègrement les règles de base de la démocratie ? Ne peut-on pas introduire un petit article tel que : «l’élu qui change d’appartenance politique en cours de mandat, est automatiquement déchu de son mandat », s’il veut redevenir député il n’a qu’a solliciter de nouveau les suffrages des électeurs. De plus, il va falloir introduire dans la reforme un véritable statut de l’élu.

Limitation à deux mandats pour un député
La limitation des mandats dans le temps aura ainsi pour mérite de susciter un «turn over» plus important des élus, favorisant la parité et la jeunesse. Il pourrait ainsi marquer la fin des politiciens de carrière professionnel puisqu’il les obligera à songer à leur reconversion. Et cette répétition du mandat favorisant le clientélisme électoral. Et ce député qui succède sans cesse à lui-même finit toujours par pratiquer un paternalisme politique qui infantilise certains de ses mandants.

Mettre fin aux financements occultes
Le BLS ne devrait pas être l’alpha et l’oméga de la reforme de notre système électorale. Pour briser définitivement les reins de la corruption et mettre fin au prélèvement intempestif du « pizzo local ». En effet, il n’est un secret pour personne que durant les campagnes électorales à Maurice tout parti à un polichinelle qui cherche à soutirer les plus de valises d’argent possible auprès des dirigeants d’entreprises. Et c’est cette pratique diabolique qui maintienne notre système économique dans une situation de monopole. Le sujet des financements de la démocratie doit être abordé sans tabou. Le système actuel est gangrené. Il est du devoir et de la responsabilité de l’Etat de financer la démocratie. Oui la démocratie à un coût, or en finançant des formations politiques cela va ouvrir la porte à un mouvement dynamique d’assainissement des mœurs politiques et de renforcement de la bonne gouvernance. Cela permettrait d’assainir la vie publique et d’ancrer l’équité dans la compétition électorale.

Redéfinir les circonscriptions et accorder le droit de vote a la diaspora mauricienne
Force est de constater que nos 21 circonscriptions sont en totales désuétudes. Il y un nombre disproportionné d’élu par rapport aux électeurs d’une circonscription à une autre. Une reforme électorale s’impose évidemment. Redéfinissons ces 21 circonscriptions par un découpage électoral basé uniquement sur des critères objectifs notamment des critères constitutionnels d’universalité et d’égalité et le critère essentiellement démographique. La reforme aura pour but d’éliminer les aberrations actuelles et d’atténuer ces déséquilibres, afin d’établir une certaine équité d’ensemble dans la représentation de la population mauricienne au Parlement.
En redéfinissant les circonscriptions sans augmenter le nombre actuel des députés. Ne serait-il pas temps d’accorder deux députés à la diaspora mauricienne de l’étranger. Par ce biais l’Etat récompensera l’effort de nos compatriotes qui ont beaucoup oeuvrés pour l’avancement de notre mère patrie. Et l’Etat devrait solliciter davantage dans tous les domaines, les compétences de nos compatriotes de l’étranger. Et oui accordons leur le droit de vote. Et pour la votation l’Etat pourrait introduire le vote électronique du moins pour les expatriés dans un premier avant de généraliser ce e-voting dans toutes nos circonscriptions. C’est cela qui va mettre définitivement notre pays sur la carte du monde démocratique et moderne.

Le dépouillement le jour même de l’élection
Et lors de la prochaine élection générale, il serait impératif de rendre le verdict des urnes le jour même de l’élection. Eh oui ! Mesdames et Messieurs, notre île n’est plus dans le temps où en avait besoin une lampe bobesse pour s’éclairer.

L’identification de l’électeur
Et que dire de l’introduction d’une carte électorale et aussi l’obligation pour l’électeur de présenter une pièce d’identité avant de pénétrer dans l’isoloir. Pour qu’il n’ait aucun soupçon et ce sera la aussi un gage de modernité.

La comptabilisation des votes blancs.
Une première mesure pour réconcilier mandants et élus serait d’effectuer une comptabilité séparée des votes blancs et des votes nuls. Voter blanc, c’est exprimer l’opinion que l’offre électorale ne convient pas au votant.

Pour reformer les institutions de notre pays le politicien n’a besoin plus de pouvoir, mais seulement plus d’audace.