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Réforme électorale: tant qu'il y a de la vie...

Rien de nouveau sous le soleil. De mémoire de journaliste, aucune réforme électorale, ou constitutionnelle, ou concernant la délimitation des circonscriptions, n'a été effectuée sans difficulté. En témoignent les débats parlementaires sur le rapport de l'Electoral Boundaries Commission à l'Assemblée législative en mars 1958 et les débats parlementaires sur le rapport de la commission Banwell en juin 1966. L'adoption de la Constitution, en vue de faire de Maurice une République, ne s'est pas faite d'un seul coup. Il a fallu s'y prendre à deux reprises pour voir le Parlement adopter, en 1992, un amendement constitutionnel permettant au pays d’accéder au Statut de République au sein du Commonwealth. Les débats actuels sur le projet de réforme électorale ne sont donc, de ce point de vue, pas surprenants. Toute proportion gardée, on y retrouve les mêmes appréhensions et les mêmes peurs, parmi les minorités, concernant le risque de ne pas être représenté au Parlement.
L'importance d'une réforme électorale à Maurice est évoquée depuis les élections générales de 1982, après le premier 60-0, et le fait qu’aucun député travailliste n’ait été élu malgré l’obtention de plus de 30% des suffrages exprimés par ce parti. Le projet de réforme a pris de l'ampleur dans les années 2000 à 2005, avec l'institution de la commission Sachs. La décision du Parti travailliste, à travers son leader Navin Ramgoolam, de se prononcer en faveur de l'introduction d'une forme de représentation proportionnelle était considérée comme un premier pas par le Deputy Prime Ministre d’alors, Paul Bérenger. Malgré le fait que les recommandations du rapport de la commission Sachs furent analysées et décortiquées par deux select committees parlementaires, le MMM n'avait pu faire adopter le texte de loi en raison de l'opposition du MSM.
Depuis le début de la présente session parlementaire, le projet de réforme électorale est attendu avec impatience. Tout le monde s'accorde à dire qu'on n’a jamais été aussi proche du but. Pourquoi la réforme ? La réponse à cette question est aujourd'hui connue. Il s'agit d'avoir un système électoral qui soit juste et équitable, que tous les votes exprimés par les électeurs lors des élections générales soient utilisés à bon escient, que l'organisation des élections tienne compte de la modernité, que les femmes soient suffisamment représentées parmi les minorités, que la démocratie parlementaire soit consolidée, et enfin que des dispositions soient prises pour que les Mauriciens puissent voter en tant que Mauricien, et non pas comme membre d'un groupe ethnique. C'est tout cela qui, dès le départ, a été la motivation première des partisans de la réforme électorale. Cependant, sur ce débat est venue se greffer la question des « best losers », dont l'élimination est réclamée par une bonne proportion de la population. Il existe également un puissant lobby en faveur du maintien de ce système. Les débats entre ces deux tendances se sont avérés jusqu'ici un véritable obstacle à toutes formes de réforme électorale et a fini par dévier l'attention des véritables raisons qui la justifieraient.
Le poids émotionnel de ce système dans une section de l'électorat, en particulier les minorités – et les implications politiques de son éventuelle élimination – agissent comme un épouvantail à la classe politique. Ce qui explique le zigzag de certains politiciens. Dans le cadre de ce débat, les électeurs et la population générale assistent de manière impuissante aux manœuvres des deux principaux leaders politiques, à savoir Navin Ramgoolam et Paul Bérenger, dont les méthodes sont viscéralement différentes. Le leader du Parti travailliste a jusqu'ici insisté, dans ses déclarations à Maurice et à l'étranger, sur sa volonté de réformer le système électoral actuel. Il s'agit pour lui de trouver un système dans lequel tous les Mauriciens, de toutes les affinités culturelles ou religieuses, pourront se retrouver. Il reconnaît que le système de « best loser » ne peut être éliminé et est favorable à son intégration dans le système de représentation proportionnelle. Il reconnaît que pour le moment, son approche ne fait pas l'unanimité au sein de son parti mais est déterminé à aller de l’avant en prenant le temps nécessaire. L'essentiel étant pour lui de trouver un système qui pourrait durer plusieurs décennies et non pas pour répondre aux préoccupations sur le court terme. Fidèle à son habitude, il prend son temps et se garde de révéler la proposition finale aussi longtemps qu'il n'est pas satisfait de sa viabilité. Dans sa réflexion, il bénéficie de l'aide des experts britanniques ainsi que de l'ancien ministre des Finances, aujourd'hui expert dans le domaine de la réforme électorale, à savoir Rama Sithanen.
La méthode de Paul Bérenger, elle, est connue. Il opère comme un livre ouvert et évoque publiquement ses propositions et ses réflexions sur la réforme électorale. Il manifeste sans arrêt son impatience de voir ses propositions prises en compte par le Premier ministre. Puisqu’elles sont faites publiquement lors de ses conférences de presse les samedis, ces propositions sont donc critiquées ouvertement par le public à travers les médias. Aussi sa suggestion concernant la possibilité pour les leaders politiques de procéder à la nomination de huit parlementaires qui n'ont pas été élus ni parmi les 62 élus selon le système FPTP ni à partir de la liste des représentations proportionnelles a été battue en brèche dans le public. Certains ont considéré que, selon ce système, on se retrouverait dans une situation comparable à « Animal Farm de George Orwell » où « some animals are more equal than others ». Interrogé cette semaine sur Radio One sur la nomination de huit députés par les leaders politiques, telle que proposée par Paul Bérenger, Robert Ahnee – qui a été membre de la commission Sachs et qui est l'auteur du système électoral pratiqué à Rodrigues –, déclarait : « Pour qui se prennent-ils ? Pour la Reine d'Angleterre ? ». Il s’est prononcé contre la nomination des députés non élus. « Seuls les électeurs ont le droit de choisir leurs représentants », a insisté l’ancien juge Ahnee.
Les débats sur la réforme électorale continuent. Nous pensons qu'ils se poursuivront aussi longtemps que le Premier ministre n'aura pas affirmé que toute idée de réforme a été définitivement abandonnée faute de majorité. A la lumière des débats précédents sur les réformes électorales, on garde bon espoir que les partis politiques pourraient arriver à un accord, et ce dans l'intérêt de la démocratie.
Le « pronouncement » du Comité des Nations unies sur les droits de l'homme dans le cadre de l'affaire logée par Rezistans ek Alternativ fixe à 180 jours le délai pour trouver une solution à ce problème. A ce stade, nous pouvons dire sans hésiter que tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.


Commentaires

Brilliant analysis of the actual situation :)