Le débat sur un assainissement de nos mœurs politiques et sur une révision de la Constitution ne devrait pas s’arrêter à l’abolition du Best Loser System. Même s’il est vrai que ce volet touche au cœur même de la démocratie, et qu’il porte sur quelque chose d’essentiel et de fondamental : le mode de désignation de ceux qui siègent à l’Assemblée nationale, qui sont appelés à édicter les lois. Il faut, en fait, profiter du débat en cours, l’élargir pour qu’il s’étende au contenu d’une deuxième République, et pour qu’il débouche sur une vraie rénovation républicaine. Après 44 ans d’indépendance et 20 ans de république, il est urgent de passer à un autre palier.
Il n’y a pas que le Best Loser System qui est nocif et qui retarde la construction d’une identité nationale. Il y a des pratiques qui n’ont plus leur place dans une Île Maurice moderne, et qui ne sont pas compatibles avec l’idée ou l’idéal que l’on doit se faire de la république. On peut ainsi prévoir l’inscription de l’abolition de la peine de mort dans la Constitution et réfléchir sur la place du socioculturel et celle des religions dans une république laïque. Mais aussi du comportement des hommes publics.
On a beaucoup entendu et lu certains sur la prétendue audace des uns et le conservatisme apparent des autres, même lorsque les premiers réclamaient un nouveau recensement communal tout en se déclarant contre le BLS, et les seconds, plaider pour une mort naturelle du BLS dans le temps tout en s’opposant à un retour à la classification ethnique de 1972, soit retourner quarante années en arrière. Mais ceux-là sont restés muets ou étrangement silencieux, alors que le socioculturel envahit la sphère publique et qu’on lui permet de devenir de plus en plus agressif.
Qu’un dirigeant se croit permis ou obligé d’évoquer le projet CT Power à un rassemblement socioculturel parce que ses promoteurs viennent d’une communauté particulière de la Malaisie, c’est tout sauf une démarche qui va dans le sens des principes républicains. Que Balraj Narroo ait été nommé à la présidence du CEB, un organisme stratégique de l’État, parce qu’il anime une organisation socioculturelle qui a, aux dernières élections, appelé à voter pour Navin Ramgoolam, c’est tout sauf conforme à l’idée que l’on doit se faire des valeurs républicaines.
Qu’un gouvernement affirme, d’un côté, ne pas disposer de suffisamment de terres pour procéder à des développements infrastructurels et sociaux, mais qu’il brade, de l’autre, et dans la plus grande opacité, 500 arpents à Jin Fei depuis 2006 sans que rien de concret ne sorte de ces terres, ou qu’il cède 100 arpents à des étrangers dans la région des Salines où passera le projet du Dream Bridge, constituent une aberration inacceptable dans une république moderne. Tout comme le sont aussi les visées d’un dirigeant d’un groupe socioculturel sur pas moins de 260 arpents des terres de Rose-Belle, établissement sucrier qui avait été nationalisé. Les terres de l’État sont sacrées, c’est notre patrimoine à tous. Les locataires de l’hôtel du gouvernement, quels qu’ils soient d’ailleurs, ne devraient plus pouvoir en disposer à leur guise et les distribuer à leurs agents. Ce n’est certainement pas ça, la république.
La république c’est aussi l’existence d’un infaillible état de droit. Or, on a l’impression, depuis quelques années, qu’elle se pratique à la carte ou au faciès. Il y a des gens qui prennent la loi entre leurs mains sans être le moindrement inquiétés, et d’autres qui défient ouvertement des jugements des tribunaux en toute impunité. C’est pareil pour le fisc. Il fut un temps où certains officiers zélés de la Mauritius Revenue Authority prenaient des photos des demeures et des voitures d’honnêtes citoyens, tandis que leurs voisins qui affichent un train de vie et des signes extérieurs de richesse inexplicable continuaient à vaquer à leurs petites affaires frauduleuses. Une vraie république ne peut pas s’accommoder d’un état où ce sont les hors-la-loi qui ont droit de cité.
Pour que tout cela ait un sens, il faudra avant tout que les hommes publics soient et se montrent irréprochables. La déclaration des avoirs qui doit être revue et rendue publique et qui peut, à n’importe quel moment, être consultée sur demande sérieuse, avait été évoquée depuis l’année dernière à l’Assemblée nationale. Rien jusqu’ici, ces documents étant en la possession de l’ICAC et non entre les mains du Speaker. Puisqu’il est question du comportement des hommes publics, comment ne pas parler de la vacance du pouvoir assez longue que nous venons de vivre. Un Premier ministre est comme tout le monde, il a le droit d’être malade, mais…
Mais, en régime républicain, il doit quelques explications, fussent-elles sommaires, sur ses allées et venues et sur les raisons d’un séjour prolongé à l’étranger. Il n’est évidemment pas question de faire comme la MBC, qui allait tous les jours filmer la façade de la clinique Darné, où avait séjourné sir Anerood Jugnauth le temps d’un traitement pour la prostate. Personne ne demande non plus que l’on aille aussi loin que de révéler, comme Paul Bérenger l’a fait il y a quelques semaines, le détail de tous les examens subis, du chikungunya au cœur en passant par les reins. Mais Navin Ramgoolam revient de la Grande-Bretagne, et il n’est pas sans savoir que dans cette monarchie qui peut être très conservatrice, tout le monde a su quand l’époux de la Reine, le Duc d’Édimbourg, 91 ans, était admis à l’Aberdeen Hospital pour une infection urinaire et quand il en sortait.
La culture du secret est dangereuse parce qu’elle instille le doute et qu’elle favorise les spéculations. L’ordre républicain impose une plus grande accountability des hommes publics. Commençons, certes, par la réforme électorale et l’abolition du Best Loser System, mais ne nous arrêtons pas là. Qu’on se le dise, la rénovation républicaine reste un vaste chantier.
Commentaires
Hello Josie,
Your obssession with sociocultural organisations invading the sphere of life in Mauritius is amazing! ... It seems Balraj Narroo is not making you sleep since his nomination! The socio cutural organistions have always existed long time ago in Mauritius and through them the hindus have kept their culture whom they are proud of! You should judge whether Balraj Narroo is not performing as a Chairman then you can criticise! Did Balraj Narroo take any one job? The answer is no, any government has political nominations, all over the world it is like this! There are so many other people in this world who have achieved great things who do not have masters or phd! I can give you lots of name, but the most striking one is Jean Claude de L'Estrac who is a self made man! I admire him for his determination to go to the top! Now he has been appointed as the secretary of the Indian Ocean Rim, why you do not write an article on this issue?
Again I am challenging you to stand for elections !
Long live the socio cultural organisations!
Je lis souvent avec beaucoup d'attention les articles de l'auteur en question et de ce fait j'ai remarqué, au fil du temps, qu'elle à toujours des solutions "ready-made" à presque tous les maux de la notre société. Elle les décrit avec une finesse inouïe.
Alors peut-être qu'elle n'a pas encore songer à poser sa candidature aux élections générales et à se faire élire pour ensuite aider notre pays à sortir du gouffre,selon elle, dans lequel nous nous retrouvons assez souvent. Elle aiderait aussi à changer les mentalités répréhensibles qui nous dérange tellement.
Et si elle détenait les clefs de nos soucis? alors tant mieux pour notre pays...
Merci d'avance!!!
Bravo, Josie. Mais il ne faut surtout pas oublier que ce "vaste chantier" qu'est la "rénovation républicaine" doit d'abord et avant tout s'articuler sur l'assainissement de nos pratiques de financement politique et électoral. Sinon, ce sont les "hors-la-loi", comme vous dites, plus que les groupes socio-culturels, qui continueront d'imposer et de faire passer des lois pour nous - et pour protéger et promouvoir leurs intérêts!
Un bon article qui nous change des niaiseries habituelles d'un de vos confrères, notamment un éditorial de ce dimanche où il confond carrément recensement et la First Schedule de la Constitution. C'est stupide de faire une telle confusion car tous les Etats recensent normalement pour divers besoins de recherches universitaires, démographiques, génétiques et autres les diverses composantes ethniques de sa population. Il est honteux que la presse mauricienne publie de telles balivernes. Qu'est-ce que le recensement a à voir avec l'encouragement du communalisme? C'est le Best Loser System qui est en cause, donc la First Schedule, plus particulièrement la clause 3 qui divise arbitrairement la population en quatre communautés. En fait, on ne peut pas abolir le BLS sans une réforme électorale qui permettrait un système alternatif proportionnel (le BLS est une forme de proportionnelle basée sur la communauté et les partis) qui ne mentionnerait pas les communautés mais forcerait les partis à présenter des listes suffisamment longues de candidats pour qu'ils se voient forcés, pour faire élire ces listes, de les ouvrir à toutes les composantes de la population. Mais sans avoir à nommer les communautés ou religions sur le Nomination Paper. Cette proportionnelle fonctionnerait en complément du First Past the Post System. Par ailleurs, en lisant les niaiseries de votre confrère, on se rend compte qu'il n'est pas tenu compte du fait que pour une réforme électorale, le processus normal est une All-Party Conference n'excluant aucun parti parlementaire ou extra-parlementaire, allant du plus petit au plus grand et même le Parti Malin s'il existe toujours. C'est la procédure toujours suivie dans les années 50 et 60 à Maurice, mais on faisait ces conférences à Londres, le dernier en date ayant été celle de 1965. Ce sont des conférences constitutionnelles. La presse est remplie de journalistes sans maturité, sans connaissance de l'histoire nationale ou de la Constitution du pays qui écrivent n'importe quoi, mais votre article, Madame, tranche avec le reste. Un journaliste, ça doit étudier en profondeur la Constitution du pays, les lois électorales, l'histoire nationale et les principales lois des Nations Unies dont celles qui exigent aussi que les Etats fassent le décompte et l'identification des communautés minoritaires pour respecter les Droits Humains. Comment un journaliste, de surcroit un éditorialiste, peut, à Maurice, ne pas savoir que les droits des minorités sont sacrosaints et qu'il faut les identifier dans les recensements? La loi constitutionnelle électorale est, elle, dans la First Schedule. Comme le disait un auditeur d'une radio durant la semaine, fermons les universités et laissons les niais pontifier comme Pol Pot, celui qui fit tuer un million de personnes en essayant d'effacer les identités pour en créer une identité unique. Les Mauriciens, Français, Anglais, Américains, Australiens, Chinois, etc. ne sont pas à identité unique. Il faut recenser scientifiquement toutes les identités. L'identité nationale est celle garantie par notre Constitution. Les identités régionales, religieuses, etc. sont des identités secondaires tout à fait légitimes. Allez faire comprendre cela aux semi-intellectuels qui animent trop souvent les colonnes de notre presse... La confusion, comme vous dites est totale. Et il faut une réforme plus "comprehensive". Ainsi que des journalistes mieux formés pour ne pas écrire n'importe quoi.
Primo : Demande Alan Ganoo lire sa lartic.
Secundo kan nu Popol ti PM tigit secret ti ena. Aussi pa blier so voyage mediatise pou visite so fifi.