Répression : 1 Réhabilitation : 0

Trois budgets consécutifs et pas une seule ligne pour témoigner d'une quelconque volonté gouvernementale de prévenir, traiter, guérir et aider à la réinsertion des toxicomanes ! Convenons que cela peut paraître tout à fait anodin, voire anecdotique, pour la majorité des Mauriciens. Loin de nous de vouloir jouer les oiseaux de mauvais augure, mais au train où vont les choses, en particulier, les saisies et arrestations en série, liées au trafic de drogues, on se rend bien compte que la communauté des toxicomanes mauriciens ne se cantonnera pas ad vitam aeternam à la dizaine de milliers d'âmes en peine !
Il y a donc urgence à considérer et anticiper non seulement la prévention, mais la prise en charge, le traitement, la réinsertion d'une communauté grandissante de toxicomanes. Et l'on ne parle là que des héroïnomanes. Car dans l'étude IBBSS (Integrated Biological and Behavioural Surveillance Survey), le plus récent, datant de 2015, l'on dénombrait 11 000 Mauriciens accros au Brown Sugar. En prenant en compte les ravages que causent les Nouvelles Drogues de Synthèse (NDS), surtout auprès des jeunes, il serait plus que temps de penser à mettre en place des structures adéquates ! Cela semble, à notre sens, plus avisé pour un gouvernement qui se réclame du peuple…
Pour son premier budget en tant que PM non-élu par le peuple mauricien, Pravind Jugnauth a alloué une enveloppe plus que conséquente pour la lutte contre le trafic : Rs 440 M pour l'installation de caméras de surveillance dans les régions à risque; Rs 8,4 Md pour l'achat d'équipements de sécurité; Rs 2.9 Md pour la construction d'un nouveau quartier général pour la National Coast Guard (NCG) et Rs 100 M à la MRA pour l'achat d'équipements de pointe (scanners, drones, caméras, patrouilleurs…). Et, bien entendu, on dit bravo ! Puisque le trafic de drogue, on le sait désormais, appâte de plus en plus de Mauriciens véreux qui voient là un moyen très facile de s'enrichir, on loue le gouvernement pour sa volonté affichée de vouloir combattre ce fléau.
Seulement voilà (et ce n'est pas la première fois qu'on serine ce refrain) : le trafic de drogue a deux corollaires fatals. Le premier étant l'addiction aux substances, et le second, la transmission du Sida. Et sur ces deux incidences directes du trafic de la drogue que Pravind Jugnauth et son gouvernement veulent contrer à tout prix, pas une seule syllabe dans le dernier budget ! Doit-on donc penser que ceux qui nous gouvernent ignorent quelles sont les conséquences du trafic de la drogue ? Ou est-ce plutôt qu'ils n'en font que très peu de cas ?
Pourtant, plusieurs compétences gravitant dans le giron du gouvernement maîtrisent ce dossier. On pense ici, par exemple à l'ancien ministre de la Sécurité sociale, Samioullah Lauthan, qui agit actuellement comme assesseur au sein de la Commission d'enquête sur la drogue, présidée par l'ancien juge Paul Lam Shang Leen. Cet homme est rompu au chapitre de la prévention, du traitement, de la réinsertion; soit la réhabilitation des toxicomanes. En prenant à partir du fait qu'Anil Gayan, lors de son passage inoubliable à la Santé, pour ne pas dire exécrable, a totalement fermé les portes aux échanges état/société civile, on pense que peut-être ceux qui nous gouvernent ne sont plus tellement à l'écoute des travailleurs sociaux tels que Cadress Rungen, Imran Dhanoo ou Danny Philippe, qui sont des pionniers sur la question de drogues. Mais on imagine cependant mal Pravind Jugnauth ne pas accorder une oreille attentive à Sam Lauthan… Ni au Dr Reychad Abdool, Mauricien qui agit comme consultant auprès des Nations unies et qui était, ces dernières semaines, à Maurice, dans le cadre de l'élaboration du Plan directeur sur la drogue.
Alors comment lire l'absence totale de prévision pour la prévention, le traitement et la réinsertion des toxicomanes dans le dernier budget ? Car il est plus que logique que malgré tous leurs efforts conjugués, même s'ils se tirent aussi parfois dans les pattes, les éléments de la MRA et les unités de l'ADSU ne sont pas parvenus à saisir toute la came destinée à Maurice ! Donc, combien de came a été écoulée sur le marché local depuis 2015 ? Et qui les consomme ?
Allons-nous attendre que ces Mauriciens de plus en plus nombreux qui deviennent esclaves des dérivés de l'héroïne (surtout) et qui consomment tout à la fois les drogues synthétiques errent dans les rues comme des âmes en peine, à défaut de traitements ? Pravind Jugnauth va-t-il risquer de compter les morts par overdose avant de réagir ? Gageons que la présence du Dr Anwar Husnoo dans le fauteuil de la Santé pourrait aider à déclencher une dynamique rapide !