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Rêver le monde…

Début d’année. Rêvons un peu. L’espérance est une chose opiniâtre, qui s’accroche, têtue, à nos esprits et cœurs pourtant si aisément happés par la sangsue de la sinistrose, du découragement, voire du cynisme.
Optimisme dépassé ? Pas forcément. L’espérance ici n’est pas à être pris au sens religieux, comme un salut qui nous viendrait d’une puissance supérieure à laquelle nous devons foi inconditionnelle, mais au sens philosophique, comme un questionnement qui replace en l’homme la capacité à changer, faire évoluer.
2012 nous l’a montré clairement : le salut, s’il en est, sera commun. Une reprise de l’esprit citoyen est possible, et peut porter des fruits. Un jugement de la Cour Internationale des Droits de l’Homme est ainsi venu donner raison à ces Mauriciens qui ont choisi de contester l’inscription du communalisme dans la Constitution, à travers l’obligation de déclaration ethnique pour les candidats à une élection. Face à la résignation ambiante, une prise de position commune et déterminée est venue secouer des politiques au mieux apathiques, au pire profiteurs et cyniques. Ce qui ramène à ceci : le salut sera politique. Car c’est là que se joue la vie de la Cité.
Douce rêverie ? Béate utopie ?
Ouvrons grands les yeux. Posons-les du côté de l’Amérique du Sud. Sur un petit pays, l’Uruguay. 176 000 kms2, un territoire pris en tenaille entre le Brésil et l’Argentine, 3,4 millions d’habitants. Un petit pays pourtant considéré comme un laboratoire social et politique : l’Uruguay a ainsi aboli la peine de mort en 1907, a été le premier pays du continent à adopter le divorce sur requête de l’épouse en 1913, garantit le droit de vote aux femmes dès 1927 (elles ne l’obtiennent qu’en 1944 en France, 1950 en Inde, 1956 à Maurice) et autorise l’adoption d’enfants par des couples du même sexe depuis 2009.
Au niveau politique, l’histoire de l’Uruguay est agitée. En 1973 débute une dictature militaire qui durera 12 ans, avant l’arrivée au pouvoir d’un président de centre droit, Julio Maria Sanguinetti, qui officiera jusqu’en 1990 et de nouveau entre 1995 et 2000. En 2004, Tabaré Vazquez, candidat d’une coalition de gauche, devient le premier président socialiste de l’Uruguay. Puis vient, en 2009, le tour de José « Pepe » Mujica.
Personnage atypique, militant des Tupamaros (mouvement de libération nationale né en 1965), il a été blessé par balles, torturé et emprisonné pendant quinze ans, dont onze en isolement total. Une épreuve dont il sortira presque fou…  Mais « fou de nombreux rêves » comme l’affirme un camarade de détention.
Lorsqu’il retrouve la liberté, José Mujica débute une carrière politique qui le mènera du Sénat jusqu’à la présidence en 2009. Décrit par le quotidien espagnol El Mundo comme « le président le plus pauvre du monde », cet homme « normal » vit dans une petite ferme gérée sous forme de coopérative du côté de Montevideo, ne possède qu’une vieille « Coccinelle » bleue datant de 1987, affiche « exploitant agricole » comme profession. Il reverse 90% de son salaire présidentiel à Ensemble, plan logement du gouvernement qui finance la construction de logements sociaux pour les plus démunis, et a proposé d’ouvrir le palais présidentiel aux sans abri s’il manquait de place dans les centres d’hébergement l’hiver.  
Personnage « folklorique » et manquant de prestance pour certains, il n’en engrange pas moins des résultats : cette économie dominée par le secteur des services (50%), l’agriculture et la pêche (30%) et l’industrie et les mines (20%), enregistre un taux de croissance de 6,4%, un PIB de 14 667 dollars par habitant, des salaires qui ont progressé de 36% en sept ans, un taux de chômage descendu à 5,3%, alors que le nombre de ceux vivant dans la pauvreté a baissé de 5 points en un an pour passer à 13%. Et tous les enfants sont scolarisés, grâce à l’Asignación Familiar, un ambitieux programme social, qui prévoit le versement d’une allocation aux familles en exigeant en contrepartie qu’elles maintiennent leurs enfants à l’école.
En juin 2012, lors de la conférence des Nations unies sur le développement durable « Rio+20 », José Mujica fit le discours suivant :
« Nous ne pouvons pas continuer indéfiniment à être gouvernés par les marchés ; nous devons gouverner les marchés. Le développement ne doit pas être opposé au bonheur, il doit favoriser le bonheur des hommes, il doit favoriser l’amour, les relations humaines, permettre de s’occuper de ses enfants, d’avoir des amis, d’avoir le nécessaire. Parce que c’est précisément la chose la plus précieuse ».
Discours mis en pratique. Avec réussite
Comme le montrent aussi les présidents Lula au Brésil et Chavez au Venezuela, la politique peut, si elle veut. Alors peut-être est-il temps pour nous d’apprendre à être plus exigeants. Et de montrer à nos dirigeants que leurs manquements, magouilles, mesquineries, et manœuvres à la petite semaine, nous n’avons plus l’intention de nous en contenter. Nous valons mieux. Sachons l’affirmer.


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"The reasonable man adapts himself to the world; the unreasonable one persists in trying to adapt the world to himself. Therefore all progress depends on the unreasonable man." - George Bernard Shaw.