Rigueur SVP !

Après des débuts laborieux, l'établissement Gilbert Rousset a montré, samedi dernier, qu'il entend encore jouer les premiers rôles au Champ de Mars cette saison. Avec un quadruple digne de ses ambitions et de son savoir-faire, le tandem Gilbert Rousset-Soodesh Seesurrun a mis la barre haut tôt dans la saison. Par la même occasion, le nouveau jockey titulaire, Brandon Lerena, a réalisé un 100% de réussite avec quatre victoires pour quatre montes. Son exploit est d'autant plus retentissant qu'il a remporté ses courses à la force du poignet dans des arrivées de mouchoir de poche après avoir été très patient au sein du peloton. Cet exploit du jockey sud-africain a sans doute rassuré les propriétaires et supporters de l'entraînement Gilbert Rousset, surtout ceux qui étaient sceptiques sur les réelles qualités du jockey par rapport à ses brillants prédécesseurs.
S'il faut saluer cette réussite exceptionnelle, il faut aussi relativiser car les autres établissements rivaux de l'écurie Rousset n'ont pas encore atteint leur vitesse de croisière, et au vu des investissements consentis cette saison, la concurrence s'annonce rude. Quant à Brandon Lerena, il doit nous démontrer qu'avec plus de constance dans ses montes et ses victoires, il a franchi un nouveau palier depuis ses expériences moins valeureuses dans notre pays lors de son immersion dans les écuries Perdrau et Maingard. À ces époques-là, la pression, dans l'environnement si particulier des courses mauriciennes, semblait avoir été un lourd fardeau à porter. À 30 ans révolus, il doit maintenant rejoindre la cour des grands, comme un certain Damien Oliver, qui débarquera chez nous la semaine prochaine pour enfin lancer la saison de Rameshwar Gujadhur. Après sa brillante saison l'année dernière, l'entraînement champion connaît un départ très lent, a contrario des établissements Gilbert Rousset et Ramapatee Gujadhur qui sont aux avant-postes, comme d'habitude.
Mais il y en a un qui trône au-delà de ses propres espérances, l'entraînement Narang. Il nous propose un début de saison qui tape dans l'œil avec des chevaux bien affûtés dans la plupart des épreuves dans lesquelles ils sont engagés. Avec déjà quatre victoires à son actif et sept deuxièmes places, l'entraîneur Shirish Narang affiche une confiance et une sympathie communicatives à chacune des interviews qu'il accorde ici et là. Mais son départ canon n'est pas au goût de tous, et suscite convoitises, jalousies et des commentaires désobligeants dans certaines officines. Certes, la saison passée, cet établissement avait subi un contrôle antidopage positif qui lui a valu une sanction exemplaire pour laquelle il a fait appel. Mais nous osons penser que les leçons ont été tirées, et que les progrès et la constance de ses chevaux ne sont que le résultat d'un travail méthodique et que les soins qui y sont associés, comme pour tous ses confrères, le sont dans les règles de l'art. Tous reconnaissent sa base d'homme de cheval et il est souhaitable que ce soit cela sa marque de fabrique.
En matière de dopage en ce début de saison, il y a eu l'affaire Simon Jones. Devait-il connaître les règles ? Oui. Mais vu la discrétion avec la laquelle celles-ci ont été updated la saison passée, cela jette un trouble sur la rigueur avec laquelle certains changements sont effectués et communiqués à ceux censés le savoir. Un produit thérapeutique a été déclassé comme produit dopant internationalement et le MTC a fait diligence. Mais, apparemment, personne n'a été mis au courant. Certains entraînements ont continué à utiliser le produit et leurs chevaux ont été trouvés positifs alors que les utilisateurs n'en auraient pas été informés. Difficile donc de sanctionner. Ce manquement intervient dans un contexte où les responsabilités ont été démultipliées au MTC et où la GRA s'est arrogé un droit de regard sur la vie quotidienne des courses alors qu'il est censé s'occuper des grands équilibres. Tout cela fait désordre et n’accorde pas le crédit à l'énorme travail abattu, par ailleurs, pour s'assurer de la régularité des déroulements des épreuves. La lutte contre le dopage dans les courses de chevaux comme dans d'autres disciplines est un rude combat qui ne peut se gagner que si toutes les parties prenantes s'unissent dans leurs efforts, volonté et savoir-faire. Pour cela, l'information et l'éducation sont indispensables. À cette enseigne, le MTC et ses instances auraient pu et dû mieux faire.
Il faut se dire qu'il n'y a pas de place ni pour l'amateurisme ni pour des décisions hors cadre. Il est plus que temps que chaque maillon de la chaîne hippique soit professionnalisé à outrance si l'on veut la respectabilité nécessaire à un regain de confiance assurée et assumée des courses hippiques mauriciennes qui connaissent un frémissement positif dans ce sens depuis le début de la saison.
Mais que les dirigeants actuels ne se laissent pas emporter par le virus enivrant d'un bon début de saison mais se concentrent sur la tâche ardue qui ira grandissant au fil des semaines, lorsque la mafia hippique tentera de vicier le système. Un conseil avisé serait de rapidement contenir toute velléité revancharde et pratiquer le rassemblement large, au-delà des frontières de ses propres troupes, de toutes les forces convergentes pour assurer le succès de la mission "nettoyage".
Une mission rendue difficile par une actualité locale concernant le trafic de drogue, savamment distillé dans la direction du Champ de Mars pour brouiller des pistes politiques embarrassantes. Là aussi, à un moment, certains dirigeants du MTC ont ouvert les vannes des memberships et des propriétaires réels ou honoraires sans le due diligence nécessaire, cela afin de tenter d'assurer leur pérennité aux commandes. Peine perdue finalement ! Cette mission est aussi rendue difficile par le fait qu'un organisateur de paris, dont des dirigeants sont proches de l'autorité en la matière, puisse opérer alors que le plus élémentaire des droits est bafoué. Le pire est que cela se passe dans l'indifférence et le silence radio et médiatique de beaucoup sinon la complicité de bon nombre.
Il vaut mieux essayer dans la vie d'éviter toute politique à géométrie variable et avoir autant que possible la même rigueur qu'exige la bonne marche des affaires. En la matière, le monde hippique australien l'a illustré cette semaine avec un exemple que devrait émuler le monde hippique mauricien. L'entraîneur vedette Gai Waterhouse et son nouvel associé ont été sanctionnés pour avoir, à l'entraînement, substitué de pales figurants à leurs champions alors que cette séance était retransmise en direct à la télévision. Lorsque les commissaires ont constaté cette supercherie, ils ont considéré que c'était un manquement grave puisque cela constituait une tromperie vis-à-vis des turfistes, qui allaient s'appuyer sur ces galops de substituts pour mesurer le degré de forme de titulaires qui allaient courir quelques jours plus tard. Certains de nos professionnels en font de même lorsqu'ils modifient les équipements des chevaux à l'entraînement, les font monter par des apprentis moins aguerris lorsqu'ils portent de lourdes charges, les munissent de fers gênants et font leurs spurts en dehors des zones normalement prescrites. Ce sont aussi des formes de supercherie qui visent à tromper les adversaires et le public. Il est temps pour nos stewards de veiller à cela car le plus important, comme le disent nos confrères australiens, c'est le respect pour le public turfiste qui est la mère nourricière des courses hippiques.
Terminons par une pensée spéciale à un ami, Philippe Andee, qui est décédé cette semaine à Paris. Cet ex-propriétaire, turfiste passionné et bon vivant était un habitué des cartes barrées, où ce joyeux luron trônait à la table que nous partageons avec d'autres turfistes de longue date, à chaque fois qu'il était de passage à Maurice. Une nouvelle chaise vide qui correspond à la disparition d'un turfiste d'un autre temps, où le plaisir domine l'appât du gain, où le rire fait place à la colère d'avoir perdu ou s'être fait rembourser sa mise. Il était de ceux qui avaient compris qu'un bon après-midi aux courses avec des potes était la meilleure façon de vivre les courses. Adieu l'ami !