Rodrigues : l'histoire en marche

Les Rodriguais ont donné hier une démonstration de leur maturité politique en se rendant massivement aux urnes hier – avec un taux de participation de plus de 80% – pour élire leur nouveau gouvernement régional. Le calme et la manière ayant caractérisé ce scrutin font de cette île la plus orientale d'Afrique un exemple pour Maurice et pour toute la région. Désormais, quelle que soit l'équipe qui sera choisie pour diriger Rodrigues les quatre prochaines années, la principale priorité restera le vrai développement de Rodrigues. Il s'agira en effet pour les nouveaux dirigeants de prendre appui sur tout ce qui constitue la force de leur île pour en corriger les faiblesses et faire en sorte que l'autonomie soit une réussite.
Le cardinal Maurice Piat a résumé en quelques mots les forces de Rodrigues lors de sa première visite dans l'île après son élévation au rang de cardinal. « Si Maurice est appelée l’étoile et la clé de l’océan Indien, moi, je dis que Rodrigues est la perle rare de l’océan Indien, une perle rare et de grand prix. Perle parce qu’il y a une société civile forte qui sait s’exprimer sur plusieurs sujets, perle aussi parce que le gouvernement et le peuple travaillent ensemble pour préserver l’écologie, la culture et la tradition. » De fait, Rodrigues a su jusqu'ici maintenir sa spécificité propre sur plusieurs plans, ce qui constitue un enrichissement pour la République de Maurice dans son ensemble. Mais il reste encore beaucoup à faire sur les plans infrastructurel et économique afin que Rodrigues connaisse un réel développement économique et soit capable d'apporter pleinement sa part dans le développement économique de la République.
Certes, le chemin parcouru par Rodrigues durant les dernières décennies est colossal. Pratiquement abandonnée à elle-même par l'administration mauricienne avant l'indépendance, la petite île Rodrigues était en effet restée à la traîne et avait été négligée par le gouvernement mauricien pendant de longues années après l'indépendance, en atteste le fait que jamais le Premier ministre d'alors ne s'y était rendu. Il aura fallu tout l'effort des pionniers politiques de l'époque – dont Serge Clair, Antoinette Prudence et France Félicité – pour que les Rodriguais prennent conscience de leur situation et se mobilisent pour prendre en main leur avenir.  Ceux qui ont suivi de près le développement dans l'île peuvent en effet témoigner que c'est à partir de 1982 que la longue marche des Rodriguais pour sortir du sous-développement a commencé. C'est aussi vers cette même époque que des personnalités politiques rodriguaises ont fait leur entrée au gouvernement et ont participé à l'élaboration de plans de développement dans l'île. Le Premier ministre de l'époque, sir Anerood Jugnauth, et ses ministres ont effectué de manière régulière des visites à Rodrigues afin de suivre le développement des infrastructures. Depuis, l'île a été dotée d'un réseau routier convenable, entraînant le développement d'un système de transport public ayant remplacé les traditionnelles « jeeps » et les longues marches à pied pour circuler à travers l'île, même en cas de mauvais temps. Le système d'éducation, de son côté, s'est graduellement développé pendant que les infrastructures aéroportuaires et portuaires connaissaient aussi des développements majeurs, pour ne citer que ces secteurs. L'accession de l'île au statut d'autonomie en 2001, à l'initiative du gouvernement MSM-MMM, a été un moment historique et marquait l'aboutissement d'une lutte menée depuis 1976 par les principaux partis politiques rodriguais.  Toutefois, l'autonomie a également introduit une nouvelle donne à Rodrigues, à savoir la lutte politique pour la conquête ou le maintien au pouvoir. Si cette démarche est évidemment tout à fait saine dans une société démocratique, il revient bien sûr aux Rodriguais de veiller à ce que les différences politiques n'affectent pas le progrès en termes de développement. Les défis sont grands, il s'agit de trouver des solutions pour endiguer le chômage, diversifier l'économie de l'île et améliorer la connectivité maritime, aérienne et numérique avec Maurice, mais aussi pour développer un système de distribution d'eau potable dans l'île entre autres. La réputation de Rodrigues comme source de produits bio doit par ailleurs être exploitée. Sans compter l'installation d'un câble optique sous-marin entre Maurice et Rodrigues, qui devrait permettre d'ouvrir de nouveaux horizons dans l'île. Une plus grande interaction entre nos deux îles, sans remettre en cause ni l'autonomie ni la spécificité de Rodrigues, devait lui permettre de contribuer au développement national et, ce faisant, à son développement.
Souhaitons bonne chance à la nouvelle équipe, qui devrait se mettre à la tâche dès cette semaine.