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Le sacrifice de Jeff Lingaya

Les regards sont actuellement tournés vers le Jardin de la Compagnie où Jeff Lingaya en est à son dixième jour de grève de la faim. Cette action ultime est apparue comme le moyen de dernier recours identifié par ceux qui militent contre la construction d’une centrale à charbon par CT Power dans le voisinage d’Albion.
Commencé dans l’indifférence, le sacrifice de Jeff Lingaya a suscité un plus grand intérêt au fil des jours sans jamais toutefois prendre une dimension nationale. Un peu plus de cinq cents personnes ont participé jeudi au Candlelight autour du thème « Say no to Coal ». Plusieurs membres d’organisations non gouvernementales et sympathisants ont exprimé leur soutien à Jeff Lingaya, dont l’état de santé continue à se fragiliser. Il est suivi de près par des médecins et à un certain moment ils l’ont mis sous perfusion.
Plusieurs artistes ont également exprimé leur solidarité. Mercredi, Henri Favori et des membres de sa troupe, ont passé une partie de l’après-midi dans le kiosque du jardin où a lieu la grève de la faim. Henri Favori a choisi cet endroit pour poursuivre l’exercice de dédicace de la nouvelle édition de son livre Tras qui a été lancée à la municipalité de Port-Louis. Les artistes ont même joué quelques extraits de Tras sous le kiosque.
Il semble que les discussions gouvernementales butent toujours sur certains points. Et que les décisions annoncées par le conseil des ministres ne satisfont pas le gréviste et les membres du comité de soutien. Pour sa part, le Premier ministre, qui a commenté cette action de grève pour la première fois hier, a donné l’impression qu’il ne compte pas gouverner sous la pression tout en indiquant que des démarches sont effectuées afin d’essayer d’amener les IPPs à rendre publics leurs contrats conclus avec le CEB dans les limites de l’état de droit. Selon les mêmes principes, il a fait comprendre qu’il sera difficile d’aller à l’encontre d’une décision d’un tribunal. Alors que faire ? La situation est bloquée. Une vie est en danger.
Le droit à la vie est un des plus sacrés pour tout être humain. Personne ne peut rester insensible lorsqu’un être humain choisit de mettre sa vie en péril pour soutenir une cause juste et fondamentale. C’est ce qui suscite la sympathie en faveur de Jeff Lingaya.
Nous pensons qu’après dix jours de grève de la faim, Jeff Lingaya aura déjà réussi à susciter une prise de conscience autour de la question énergétique et de la protection de l’environnement. Les multiples débats et les interventions aussi bien dans la presse parlée qu’écrite en sont les preuves. Au prix de sa vie, Jeff Lingaya a réussi à amener le gouvernement à accepter, même partiellement, les revendications du comité de soutien. Tous ceux concernés par la question environnementale, en particulier les habitants d’Albion, devraient être reconnaissants à Jeff Lingaya pour son sacrifice. La question qui se pose actuellement alors que la grève de la faim se poursuivait hier soir en présence d’un petit groupe de sympathisants, cela vaut-il la peine de poursuivre ou pas cette action au péril de la vie d’un jeune idéaliste ? Les organisateurs de la grève ont-ils prévu un plan B afin d’empêcher le pire et de poursuivre leurs actions sous d’autres formes ? Ne serait-il pas bon que Jeff Lingaya arrête son action de grève et laisse aux autres militants de l’environnement le soin de prendre la relève à travers d’autres moyens de pression ? La lutte pour faire de Maurice, une île Durable n’est pas un long fleuve tranquille et ne se limite pas qu’à une région de l’île. La vie est trop précieuse pour la risquer…


Commentaires

M.Poché, je suis entièrement d’accord avec votre point de vue sur la question. En effet, « la vie est trop précieuse pour la risquer ». L’action du jeune homme, si c’est pour une cause noble, à savoir, prévenir les dégâts sur la santé des générations futures, entre autres, est louable en soi. Mais elle doit être menée jusqu'à un certain point, à la limite de la lucidité. Il lui faut se contenter des résultats obtenus jusqu’ici. Dépassé ce point, c’est de la pure folie. Ce sera alors perçu, soit comme du chantage, soit comme le vertige de l’héroïsme. Dans les deux cas, c’est le gâchis. Comme le fut la grève de la faim suicidaire de 66 jours de l’Irlandais Bobby Sands en mai 1981 face à la dame de fer britannique, Margaret Thatcher, cette dernière ne bronchant point.