Saj et son “ex-fils adoptif”

Sir Anerood Jugnauth doit être un homme comblé depuis vendredi dernier. Depuis que 94 pays membres des Nations unies ont voté la résolution autorisant Maurice à saisir la Cour internationale de Justice sur le dossier Chagos. Bien sûr, son initiative est le résultat d’un travail commencé par les differents gouvernements mauriciens depuis des années. Mais il est le premier chef de gouvernement mauricien à avoir osé lancer un ultimatum à la Grande-Bretagne pour le retour des Chagos sous la souveraineté mauricienne. Il avait ajouté qu’en cas de non-réponse, il allait référer la question à la Cour internationale de Justice. Le chef d’un pays qui n’est qu’un petit point sur la carte du monde osant défier ce qui reste de l’Empire britannique, sur lequel le soleil ne se couchait jamais ! La réponse fut anglo-américaine puisque la Grande-Bretagne avait appelé les Etats-Unis — pourtant présidés par Barack Obama — à la rescousse. Cette réponse donna une mesure de l’arrogance qui habite encore les colonisateurs, en dépit de leurs grands discours dans les forums internationaux : « Si le dossier Chagos est référé à l’instance des Nations unies, cela pourrait provoquer des dommages aux relations bilatérales de Maurice avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. » Autrefois, ils divisaient pour régner, aujourd’hui ils utilisent la menace économique pour imposer leur politique. Au lieu de reculer et de s’excuser — comme beaucoup de dirigeants de petits pays ont dû être obligés de faire — sir Anerood Jugnauth campa sur sa position. N’ayant pas obtenu de réponse à son ultimatum, il lança une opération diplomatique pour demander aux pays amis de soutenir la proposition mauricienne. Beaucoup disaient que c’était un combat perdu d’avance ; qu’il fallait être ignorant des règles diplomatiques pour défier les grandes puissances et, qu’au lieu de faire ça, Maurice aurait dû avoir fait ça, et j’en passe et des meilleures. Mais têtu et — il l’a dit vendredi soir —, convaincu de lutter pour une cause juste, SAJ a continué sa route. Résultat des courses : la résolution a été votée par 94 pays, dont pratiquement toute l’Afrique, l’Asie, l’Amérique du Sud et certains grands pays européens. Bien sûr, 65 pays se sont abstenus, 15 ont voté contre et il y a encore un long chemin à parcourir pour que les Chagos redeviennent mauriciens et que les descendants de ses habitants puissent s’y rendre librement. Mais l’initiative de SAJ a démontré que, comme beaucoup l’avaient pourtant affirmé, la bataille du pot de terre contre les deux pots de fer n’est pas perdue d’avance. En sus de cette victoire relative, mais victoire quand même, SAJ a permis aux Mauriciens de retrouver un sentiment caché — pour ne pas dire enfoui — au plus profond d’eux-mêmes : la fierté d’être Mauricien. Pour cette fierté retrouvée, on pardonnera au vieux Rambo certains écarts de langage de ces derniers jours, mais certainement pas le fait qu’il nous a laissé en héritage son fils légitime à la tête du pays.
Le fils légitime devra aller répliquer devant le Privy Council aux arguments du DPP qui conteste son blanchiment par la Cour suprême dans l’affaire Medpoint. A moins qu’il ne démissionne, Pravind Jugnauth sera sans doute le Premier PM en exercice à comparaître devant le Privy Council. Pendant que le fils légitime prépare son dossier, celui qui était « adopté », ou tout au moins qui se comportait comme tel, a démissionné comme député. Pour quelle raison Roshi Bhadain a-t-il démissionné ? Pour pouvoir provoquer une élection partielle à laquelle il se présentera comme candidat et à laquelle il sera élu. C’est en tout cas ce qu’il a affirmé et martelé, hier, lors d’une conférence de presse qui ressemblait aux shows télévisés qu’il animait à la MBC quand il était ministre. Une conférence de presse en solo, en présence d’une foule de partisans conquis et applaudissant à tout rompre avec un intermède chanté. Pendant près d’une heure, Roshi Bhadain a dénoncé, critiqué et attaqué toute la classe politique, a affirmé qu’il symbolisait l’espoir du pays et que sa réélection, certaine selon lui, serait le signe du renouveau de la politique mauricienne. Il a particulièrement attaqué Pravind Jugnauth et l’a défié de démissionner pour poser contre lui à Quatre-Bornes ! Le seul politicien qui n’a pas été attaqué lors de sa conférence de presse est sir Anerood Jugnauth, qu’il a beaucoup félicité. Je ne suis pas sûr que ce dernier ait apprécié les compliments de Roshi Bhadain surtout s’il s’est souvenu qu’avant de focaliser ses attaques sur Pravind Jugnauth, Roshi Badhain était allé jusqu’à lui faire un baisemain en signe d’allégeance !