Le sens d’une visite d’État

Le tapis rouge sera déroulé aujourd’hui au Rashtrapati Bhawan, la résidence présidentielle, pour accueillir le Premier ministre, Pravind Jugnauth, qui sera reçu par le président Pranab Mukherjee. Cette solennité est à la mesure de la qualité des relations existantes entre Maurice et l’Inde qui dépassent les partis au pouvoir dans les deux pays mais également à l’importance qu’accorde l’État indien à cette première visite officielle de Pravind Jugnauth. La presse indienne suit d’ailleurs avec intérêt cette visite et en parle depuis quelque temps déjà. Cependant, en raison d’un défaut de communication ou un goût prononcé du secret ou dieu seul sait pour quelle autre raison, cette visite a été gardée secrète. Le Premier ministre, interrogé sur la raison pour laquelle le parlement a été mis en veilleuse pendant si longtemps avant la présentation du budget, avait répondu qu’il voulait se concentrer sur l’exercice budgétaire. La visite en Inde a par la force des choses été évoquée en désespoir de cause comme une voie de sortie pour les grévistes de la faim qui réclamaient le remboursement de leurs investissements placés dans le SCBG et BAM dans le sillage de l’effondrement de la BAI provoqué par le gouvernement. L’annonce du Premier ministre à l’effet qu’il compte « fer enn reket pou kapav gagn enn sertin finansman » lors de sa visite en Inde, a perverti l’esprit de cette mission en Inde. La perception de cette visite premier ministérielle en Inde dans les rues ou les bureaux les plus respectables se résume à « li pe al rod larzan », « li pe al demand sarite ». Au temps pour l’ambition du pays d’être un High income country ! Voilà où nous a mené la politique d’opacité, de méfiance et l’absence d’une stratégie de communication digne de ce nom. C’est cette politique d’opacité qui donne lieu à toutes les rumeurs et appréhensions, notamment en ce qui concerne la présence de l’Inde à Agalega et l’éventualité d’un port militaire ou un observatoire contre la pêche illicite, la piraterie et la sécurité dans la région. Il est du devoir du gouvernement de dissiper tous les doutes et de rassurer la population au sujet de la préservation de sa souveraineté sur tout son territoire. Le Premier ministre doit démontrer que c’est en partenaire privilégié de développement et non pas comme quémandeur d’aide financière que Maurice traite avec la Grande péninsule. Cela pourra se faire à travers les relations bilatérales, le CECPA (Comprehensive Economic Cooperation and partnership Agreement) et les services financiers, entre autres, dans le respect de nos relations avec d’autres partenaires de développement – fussent-ils chinois, français, européens ou africains – et de notre statut de pays non aligné. En plus de la déclaration conjointe prévue avec Narendra Modi aujourd’hui, nous nous attendons à ce qu’il fasse une déclaration détaillée sur cette visite à son retour.
Par ailleurs, la décision unilatérale du ministère de l’Éducation d’imposer l’obtention de cinq « credits » au lieu de trois pour être admis en HSC est intolérable. Elle est dépourvue d’un sens élémentaire de solidarité qui devrait prévaloir dans le système d’éducation. Pourquoi cette annonce n’est-elle pas accompagnée de mesures susceptibles de donner la chance à tous les élèves d’avoir cinq « credits » que ce soit en termes d’infrastructure, de programme d’étude ou de ressources en termes d’enseignants dévoués ? Qu’est-ce qui a été prévu pour aider ceux qui n’atteignent pas le niveau requis à compléter leurs études secondaires et à éviter le décrochage scolaire avec tout ce que cela comporte comme conséquences sociales ? Y a-t-il une étude scientifique sur laquelle s’est basé le ministère avant de créer ce plafond de verre susceptible de créer une ségrégation au niveau des élèves mauriciens ? L’éducation globale d’un enfant ne peut se résumer à l’obtention de cinq « credits » dans des sujets encore indéterminés. Les inégalités au sein de nos écoles sont la conséquence des choix faits dans l’organisation du système éducatif. L’octroi des subsides aux examens n’autorise pas le ministère à jouer avec l’avenir des enfants mauriciens et à les empêcher d’apprendre à égalité de droits avec les autres.