Le sens de l’histoire

Quelle valeur accordons-nous à notre histoire?
Question que l’on peut se poser en tombant, cette semaine, à Vieux Grand Port, sur le panneau de présentation à l’entrée du Musée Frederik Hendrik. Dix-neuf lignes truffées de fautes, de mots collés, presque comme un gag. On se demande bien ce que peut vouloir dire «découlentdes recherche chéologiques» (sic).
Si l’appellation de musée est peut-être largement usurpée, celle de centre d’interprétation semblant mieux correspondre à ce que l’on trouve sur place, il n’en reste pas moins que ce lieu est capital dans notre histoire. C’est en effet là que se trouvent les ruines de la toute première occupation de l’île, par les Hollandais au 17ème siècle. Nous avons encore la chance d’avoir cette trace de la première colonisation de notre île. Est-ce là tout ce dont nous sommes capables dans un lieu très officiellement géré par le Mauritius Museums Council et  visité chaque jour par étudiants et touristes?     
Au fond, cela traduit bien le rapport très «distant» que nous avons avec notre histoire. De remarquables travaux sont menés par des historiens comme Vijaya Teelock, Marina Carter, Corinne Forrest, entre autres. Mais rien n’est fait pour aider à vulgariser ces travaux, qui apportent pourtant de passionnants éclairages sur notre histoire et, partant, sur ce que nous sommes aujourd’hui.   
Cette «négligence», pour ne pas dire négation dans certains cas, se retrouve aussi dans tout ce qui a trait aux archives de notre peuplement.
Au cours de la semaine écoulée, un article d’Aline Groeme-Harmon dans l’express annonce la mise en ligne, par l’ambassade de France, d’une base de données qui permet de retrouver des immigrants français à Maurice entre 1728 et 1811, de consulter des actes d’affranchissement à compter de 1805 et de retracer des ancêtres indiens débarqués dans l’île entre 1676 et 1914. Une vraie mine d’infos, qu’il n’est cependant pas aisé de consulter.
Selon l’historien Jocelyn Chan Low, d’autres documents passionnants de ce type sont disponibles à travers les recensements de la population de l’île qui se trouvent notamment à Aix en Provence. Mais il y a, au niveau local, peu de volonté de les rendre accessibles. Il y a quelques années, sous l’éphémère Centre Culturel Mauricien, il fut question de créer une banque généalogique nationale, encourageant des travaux de recherche et regroupant, sous l’égide des Archives nationales, tous les documents se trouvant également au Centre Mandela pour la Culture et au Mahatma Gandhi Institute. L’idée fut reprise en 2014 à travers un projet de loi. Mais il ne s’agissait  manifestement pas d’une priorité politique...
Aujourd’hui les archives du MGI sont fermées au public, alors que les Archives nationales tombent en décrépitude. La question restant de savoir à qui profite le flou, l’opacité, voire les mensonges entretenus sur notre peuplement et notre histoire personnelle et collective...
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Faut-il que nous soyons candides? Ou naïfs?
L’Inde projette d’aménager à Agalega une piste d’atterrissage de 3kms de long (aussi longue que celle disponible à Maurice, qui compte 1,3 million d’habitants et accueille presque autant de touristes). Également une jetée. Également des infrastructures de production d’électricité et pour assurer l’autonomie en eau.
Petite précision: Agalega a 300 habitants, et pas de projet particulier de développement touristique. Pas non plus de projet d’accroissement de sa population puisque, depuis quelques années, les Agaléennes sont systématiquement envoyées à Maurice pour y accoucher, et que leurs enfants sont déclarés comme nés à Maurice.
Faut-il être parano pour sentir qu’il y a là quelque chose qui ne colle pas? Faut-il être obtus pour se dire qu’il n’y a pas là de curieuses ressemblances avec ce qui s’est passé aux Chagos?
La coïncidence veut que deux événements se soient succédé dans la même semaine: mardi, le Premier ministre Pravin Jugnauth annonce qu’il a encore obtenu un généreux prêt du gouvernement indien au terme d’une visite officielle de deux jours dans la Grande Péninsule. Vendredi, on apprend que les Nations unies considéreront le 22 juin prochain la revendication de Maurice sur les Chagos, contre la Grande Bretagne qui s’est approprié cette partie de notre territoire pour permettre aux États-Unis d’y établir l’une de leurs plus importantes bases militaires.
Il est évident que certaines grandes puissances veulent une base dans l’océan Indien qui leur permette d’assurer leur sécurité, d’une part, et les échanges entre Asie et Afrique, d’autre part. Après avoir caressé le projet Jin Fei à Maurice, la Chine semble s’être plus résolument tournée vers les Seychelles.
Piste d’atterrissage pour ses avions, jetée pour ses bateaux, autosuffisance en électricité et en eau potable: n’est-il pas plausible de penser que l’Inde est bien en train de s’acheter une base dans l’océan Indien? Après l’épisode Chagos, n’apprend-on jamais de notre histoire?