Shopping spree

Non, ce n’est pas pour dénoncer la fièvre acheteuse qui sied parfaitement au contexte et qui nous vaut des sueurs froides et des crises de nerfs sur les routes autour des centres commerciaux et des artères principales de nos villes et grands villages, parfaitement mal gérés par la police et qui appelle, par exemple, cette question: pourquoi ne pas installer un panneau de signalisation à l’intention de ceux qui viennent des Plaines Wilhems et qui veulent aller à La Louise, Candos, Solférino, Flic- en-Flac ou Rivière-Noire qu’ils peuvent bifurquer avant le Centre Culturel Indira Gandhi et sortir devant le J&J Auditorium et ainsi éviter le calvaire du rond-point de Jumbo ? Il y a tellement de mesures simples à prendre qui peuvent vraiment améliorer la circulation. Mais allez dire cela à ceux qui sont grassement payés pour décider. Et qui font fi du bon sens.
Si la saison du shopping va bientôt prendre fin, elle laissera sans doute la place à une nouvelle variante du même phénomène, l’”asté/vendé”. Politique, celui-là. Le MSM, qui a pris le parti de tout contrôler et qui a, depuis les dernières élections générales de décembre 2014, fait comme si le pays avait été remis à la famille Jugnauth et au clan qui lui gravite autour, s’est retrouvé avec un bien vilain cadeau de Noël, le départ de son allié du PMSD et la subtilisation de son joujou fétiche, cette majorité des trois quarts qui lui a permis de tripoter à sa guise la Constitution.
Si l’étrenne est mal vécue par le Sun Trust, elle est par contre un cadeau du ciel pour le Muvma Liberater et ses rêves de grandeur et une vraie aubaine pour la population qui commençait vraiment à en avoir marre de la trituration intempestive de la Constitution par le MSM. Ouf, adieu les trois quarts. Rien que pour cela, il faut dire merci à Xavier Duval et à son parti qui ont choisi de s’inscrire dans la même perspective qu’un Gaëtan Duval qui n’a pas hésité, en deux occasions, en 1987 et en 1995, de claquer la porte à la suite de très profonds désaccords avec Sir Anerood Jugnauth. On salue le geste du leader du PMSD même si l’expérience nous dit qu’il y a probablement bien plus derrière cette décision de quitter le navire Lepep que cette ultime tentative de chapeauter le DPP et de contrôler ses décisions.
Si Pravind Jugnauth s’est montré bien mesuré dans ses réactions au départ du PMSD, le Premier ministre, lui, a fait ce qu’il sait faire de mieux, agresser à coups d’expressions dénigrantes ses adversaires du jour. Il revendique être la colonne vertébrale du gouvernement. Peut-être. Mais se souvient-il de décembre 1995 lorsqu’il fut chassé du pouvoir ? Lorsque son MSM était descendu à moins de 20% ? Lorsqu’on a connu une telle débâcle devant l’histoire, on a intérêt à se la jouer modeste au lieu de fanfaronner. Pour lui, le MMM n’existe pas et le PMSD a pu faire élire 11 députés grâce à son MSM. Gonflé, le vieux. On savait, par ses réponses arrogantes au Parlement et ses déclarations abruptes sur tout et sur rien, que le pouvoir lui est monté à la tête. 
Mais il y ajoute aussi le cynisme lorsqu’il dit qu’il n’y a rien de commun entre le MSM et le PMSD et que c’est par pure stratégie qu’il a fait cause commune avec ce parti au dernier scrutin. Et lorsque le cynisme n’accroche pas, il y a alors le ridicule. A tous les niveaux, comme procéder dans le même temps à une campagne de banderoles burlesque, “Navin avant tout”, sur fond bleu visant donc le PMSD et faire circuler, par le biais d’un de ses relais mis sous le boisseau pour cause d’association avec le défunt groupe BAI, un horrible pamphlet intitulé “Réalisations bilan 2015-2016” avec des photos de la grande famille Lepep et le slogan “Resilta lor resilta” de Xavier Duval. Ils n’ont même pas conscience de leur absurdité. La publication étant présentée comme “officielle”, il faudra maintenant savoir combien elle a coûté au contribuable et s’il y a eu appel d’offres avant son lancement. D’autant qu’il ne bénéficie d’aucun support publicitaire.
Ils sont forts, les sondages téléphoniques de salon l’affirment, mais alors qu’on aurait pu penser que le remaniement ministériel se ferait en quelques jours, Super Rambo nous dit qu’il interviendra avant mars. Comprenez avant la rentrée parlementaire du 28. Peut-être le 27, peut-être autour du 12 mars. Le temps de calmer les ardeurs de ces impatients du MSM et du ML, qui ont déjà commandé leurs costumes en prévision d’un appel imminent à prêter serment à la State House. Le temps aussi de “shop around”. Voir qui débaucher ? Comment asté/vendé ! Voir qui prendra place au sombre tableau des transfuges de l’histoire, qui succédera à la vague des Jim Seetaram, Mireille Martin, Pratibha Bholah et Michael Sik Yuen ? Marie-Claire Monty, dont les Mauriciens viennent de découvrir qu’elle est députée, une illustre inconnue, comme une bonne partie de ceux qui siègent au Parlement, “réfléchit” ?
Son parti a quitté le gouvernement sur le Prosecution Bill, elle appelle Pravind Jugnauth pour une séance d’explication, pour une petite leçon, pour un cours de rattrapage parce qu’elle n’a apparemment rien compris de ce que son leader a dit, ni ce qu’ont observé hommes politiques, hommes de loi, citoyens et journalistes. Si c’est la seule élue du PMSD qui “réfléchit”, dans les rangs des “indépendants” et autres groupuscules genre Mouvement patriotique, on piaffe d’impatience d’accéder enfin à des fonctions ministérielles.
Alan Ganoo se voit déjà en train de remplacer Dan Baboo, Jean-Claude Barbier occuperait bien un poste de PPS, c’est mieux que rien. Raffick Sorefan, un ex-PTr, passé au MMM, puis au MP et qui vient de poser deux questions “fizet” sur la SICOM croyant viser le DPP se tient prêt pour tout portefeuille qu’on voudrait bien lui jeter. Même chose pour Joe Lesjongard qui pense pouvoir boucler la boucle après le MSM, le MMM et le MP et prendre sa retraite sur une pension ministérielle, ou bien encore Kavi Ramano qui, bien qu’il feigne de ne pas être intéressé, n’en est pas moins prêt à faire le grand saut. Autant dire que 2017 s’annonce palpitante sur plusieurs fronts.