Le système MSM

Le système MSM, à quoi le reconnaît-on ? A ses nominations d’abord. Tout commence et s’arrête avec le clan familial. D’autres ont aussi pratiqué un népotisme révoltant, mais le MSM est parti pour battre tous les records. Fils, fille, beau-frère, belle-sœur, copain, copine, tous ont droit à une récompense. Sous forme de placement ou de contrats. Et lorsque le quota familial est complètement rempli, on se tourne vers les acquis au Sun Trust.
Ils ne prennent plus aucune précaution. Il n’y a qu’à voir les dernières nominations au Integrity Reporting Board. En sus de Lord Phillips of Worth Matravers, pêché à Londres, deux oiseaux rares qui se nomment Bhushan Domah, qui était bien parti pour siéger à la Prosecution Commission avortée et Jugdish Dev Phokeer. Le Premier qui est aussi président du Financial Reporting Council est celui qui avait émis un Gagging Order en faveur de Nandanee Soornack le samedi 5 janvier 2013 pour empêcher les groupes La Sentinelle et Le Mauricien de faire état du contenu de la déposition de Pravind Jugnauth, assisté de son avocat Roshi Bhadain sur ses relations avec Navin Ramgoolam. Bien que juge à l’époque, il siegait aussi sur le conseil d’administration de la Tertiary Education Commission. A l’époque où les universités non reconnues poussaient comme des champignons.
Le second est un pur produit du clan familial. D’ont le frère Sooroojdev Phokeer, un ancien député du MSM, est ambassadeur à Washington. Jugdish Dev Phokeer qui est le Permanent Secretary du ministre Roshi Bhadain, s’est surtout distingué par sa situation de conflit d’intérêts en étant à la fois membre du board de l’Independent Broadcasting Authority et président de celui de la MBC. Il a également été impliqué dans le “coustik” qui a permis à Yooshreen Choomka de passer de présidente à directrice de l’IBA. L’enquête sur cette affaire initiée par l’Equal Opportunities Commission a été enterrée suite à la révocation de Brian Glover, l’organisme lui-même étant devenu fantomatique.
C’est pour cela qu’ils organisent des fêtes de fin d’année secrètes. Ils aiment les journalistes toute l’année, mais ces derniers sont exclus de leurs libations annuelles. C’est comme s’ils avaient des choses à cacher du grand public. Le PMSD, qui préparait sa sortie du gouvernement, n’a pas cru utile d’inviter la presse à sa réception de fin d’année le 18 décembre. C’est par l’indiscrétion d’un des invités que le pays a fini par apprendre le lendemain que le ton des interventions prononcées ce jour-là autant que les conversations tenues ne laissaient aucun doute quant aux intentions des bleus d’en découdre sur la Prosecution Commission. Le PMSD a, lui, au moins choisi d’organiser sa fête dans un endroit privé.
Ce qui n’est pas le cas du MSM. Qui a investi un lieu public, un édifice de l’Etat, Clarisse House, pour festoyer le 23 décembre et enterrer 2016. Lorsqu’il s’agit, presque chaque semaine, d’inaugurer des “sous-salles”, (sub-halls), des centres communautaires, de lancer un programme de formation en… aquaculture à Quartier-Militaire/Moka, de procéder à l’ouverture d’un parking à Quatre-Bornes par quatre ministres et qu’ils sont tout autant, même la ministre de la Sécurité sociale à aller voir si le Bagatelle Dam se remplit, là, oui, la presse est ameutée. Et si ça se trouve, ils peuvent même vous proposer d’organiser votre déplacement.
Mais lorsqu’il s’agit de leur fête de fin d’année, pas question d’avoir ces affreux de journalistes dans les pattes. S’ils étaient à Clarisse House le 23 décembre, ils auraient constaté qu’à la table royale, il y avait “Sir” Anerood Jugnauth, qui, en passant, n’a pas jugé utile ou cohérent de rendre le titre de Sa Majesté malgré tout ce qu’il raconte sur les Britanniques en marge de la revendication de la souveraineté mauricienne sur les Chagos, sa lady Sarojni, le prince héritier désigné, Pravind, et son épouse, de même que la Speaker de l’Assemblée nationale, Maya Hanoomanjee, et son époux. Et que les “sujets”, de Roshi Bhadain à Jean-François Chaumière, en passant par Alain Aliphon, Surya Gayan ou Anwar Husnoo, debout, avec leurs sourires de circonstance, applaudissant leurs maîtres.
Très éloquent cliché qui a été vite retiré du site officiel du MSM dès que la polémique sur la présence de la supposée neutre Speaker a commencé à enfler. Pour toute explication, Maya Hanoomanjee a dit qu’il s’agissait d’une “fête familiale”. Pour s’enfoncer, elle ne pouvait trouver mieux. Ah bon ! elle est de la famille. On le savait déjà, mais là, c’est elle-même qui reconnaît aujourd’hui qu’elle appartient au clan et il n’est guère étonnant que des députés s’interrogent sur son objectivité à la présidence de la Chambre. Si la fête était vraiment familiale, pourquoi elle ne s’est pas déroulée à La Caverne, dans la grande salle du Sun Trust ou à l’hôtel Manisa de Bissoon Mungroo ?
A ceux qui évoquent un abus de pouvoir et de privilège lorsqu’un parti utilise un bâtiment public, tout ce que trouvent à répondre les gardiens du Sun Trust, c’est que Navin Ramgoolam a déjà fait de même. L’ancien Premier ministre comme modèle et comme référence, ça il faut vraiment le faire. Nous avons dénoncé ici même ces fêtes partisanes organisées par le leader du PTr à ce que SAJ avait rebaptisé “Caresse House” durant le premier mandat de Premier ministre de Navin Ramgoolam entre 1995 et 2000. C’est ce qui nous autorise à dire tout le mal que nous pensons de cette utilisation d’un bien public par le parti au pouvoir.
C’est précisément dans ce concert des fêtes secrètes qu’il faut saluer la tradition annuelle que perpétue le MMM d’inviter à sa table les journalistes à la fin de chaque année, question de partager dans une autre ambiance que celle des conférences de presse sérieuses. Et lorsqu’en plus c’est l’occasion de préciser la position actuelle de son parti sur l’échiquier politique comme l’a fait Paul Bérenger mercredi dernier, 28 décembre, c’est bienvenu. Le “Seul contre tous” peut paraître un slogan désuet, mais, dans une conjoncture où tout fout le camp, où l’on confond bien de l’Etat et propriété personnelle, il vaut mieux mourir, debout et droit, avec ses convictions que de finir par s’abîmer complètement dans de honteuses compromissions.