Tant qu’à faire

Le MSM qui n’avait pas voulu d’une partielle à Piton/Rivière du Rempart et qui a préféré créer une situation inédite d’un Premier ministre qui part mais qui reste ministre et qui a inventé un ministère Mentor, ne pourra vraisemblablement pas échapper à la partielle de Belle Rose/Quatre Bornes. S’il participe, il court le grand risque d’être battu à plate couture compte tenu, budget ou pas, de son impopularité qui n’a cessé de croître depuis que Pravind Jugnauth s’est glissé dans le fauteuil de Premier ministre et du nombre incalculable de casseroles que ce gouvernement a accumulé depuis son installation en décembre 2014.
S’il ne participait pas, il s’inspirerait certes de la méthode de Navin Ramgoolam qui, en deux occasions a préféré, avec un certain succès, envoyer d’autres au front pour décider éventuellement avec qui faire alliance. En septembre 99, c’est Xavier Duval qu’il avait catapulté à la partielle du No 20 et, en mars 2009, en prélude à l’alliance bleu-blanc-rouge, c’est Pravind  Jugnauth qui avait été aligné à la partielle du No 8 avec le soutien actif du PTr et du PMSD.
Ne pas participer à un partielle qui s’annonce risquée d’autant qu’elle intervient à mi-mandat est certes une option mais cela peut passer pour  une fuite en avant, un aveu d’impuissance, une crainte de la défaite. A moins que le MSM ne pousse son partenaire le Muvman Liberater à aller au charbon et le laisser se consumer tout seul. On ne peut pas totalement l’exclure étant donné les déclarations publiques insistantes d’Ivan Collendavelloo faites au lendemain du départ du PMSD du gouvernement invitant Xavier  Duval a démissionner de son siège de député du No 18 et, celles plus récentes enjoignant Roshi Bhadain à se démettre au plus vite.
Les élections à travers le monde, on l’a vu ces derniers temps, sont devenues de grandes inconnues et, les urnes, de véritables boîtes de Pandore. Si le gouvernement est dans un dilemme entre « to go or not to go », l’opposition fragmentée a, elle aussi, quelques difficultés à trouver un terrain d’entente, ce qui fait qu’elle se présentera  en ordre dispersé à ce scrutin local. Le MMM est le seul parti de l’opposition qui a, dès le début, annoncé qu’il alignera un candidat à cette partielle et il l’a répété hier même. Soit.
Le démissionnaire annoncé compte, lui, visiblement se présenter à nouveau. Il veut que ce soit une partielle-référendum sur le Métro Express. Est-ce que le soutien du PMSD est acquis lorsqu’on sait que sur Betamax, sur la BAI, sur la GGIR Act, sur Heritage City, Xavier Duval s’est souvent mis en travers de la route de Roshi Bhadain même s’il est vrai que depuis leur départ du gouvernement ils se sont beaucoup rapprochés.
Roshi Bhadain ne sera pas un produit facile à vendre. Aller expliquer qu’il est le tombeur de Pravind Jugnauth risque de s’avérer compliqué si, d’aventure, les spécialistes de l’affichage trash du MSM songeaient à placarder les murs de Belle Rose, de Quatre Bornes, de Pellegrin, d’Ebène, de Candos, de Résidences Kennedy, de route Bassin et de Palma d’affiches du fameux baise-main fait par le principal concerné à Pravind Jugnauth.
Certains retrouveraient peut-être subitement la mémoire et se rappelleront que Roshi Bhadain n’a pas toujours été le grand pourfendeur de Pravind Jugnauth qu’il est devenu et que le jour des résultats des municipales, le 15 juin 2015, triomphal, il disait « dédier cette victoire à notre futur Premier ministre, Pravind Jugnauth ». Intéressante cette allocution post-victoire de celui qui était alors ministre des Services financiers et très éloquente aussi puisqu’il eu avait profité pour remercier Kavi Ramano pour son coup de main et qui est incidemment celui dont les Chambers ont rédigé l’acte notarié de vente des actifs de Britam Kenya mais aussi Alan Ganoo pour son soutien « dans le cinquième arrondissement ». Le MP peut toujours choisir d’aligner celui qu’il avait désigné pour présider son rassemblement du 1er-mai à la Louise, Anupam Kandhai. Qui sait ?
La difficulté de présenter Roshi Bhadain comme le monsieur nouveau qui est en marche se fera sur plusieurs dossiers. Le retrait de son argent de la bramer Bank quelques semaines seulement avant la révocation de sa licence par la banque de Maurice. La gestion du dossier de la BAI dont n’arrive pas à se dépêtrer le gouvernement plus de deux ans après. Comment aller justifier les Rs 49 millions payées pour rien à Stree Consulting, choisi sans aucune procédure transparente pour un projet, Heritage City, qui est mort de sa belle mort ?  
Comment expliquer que le ministre  de la Bonne Gouvernance ait refusé de révéler à l’Assemblée nationale le salaire de son conseiller et vice-président de la Financial Services Commission, Akilesh Deerpalsing, au motif qu’il faut un avis légal avant de le faire? Or, lors de son absence du pays, c’est Sunil Bholah qui, coincé par les députés de l’opposition, finira par céder et circuler l’information indiquant que son enveloppe mensuelle s’élève à Rs 250,000. Comment justifier les premiers commentaires défendant Alvaro Sobrinho en mettant en avant des « jeux d’intérêts divergents » et découvrir après qu’il ya  eu des mails échangés entre la présidente de la République et le vice-président de la FSC, Akhilesh Deerpalsing?
Démissionner c’est bien, mais il ne faut pas se parer des vertus de la nouveauté ni revendiquer faire la politique autrement. Lutte multiple, chaque parti présentant son candidat, triangulaire, MSM/ML, MMM, PTr/PMSD/Bhadain, un match exclusif entre les oppositions, on a jusqu’à octobre pour le savoir, ce mois étant la limite pour la tenue de la partielle. A moins qu’un oracle consulté quelque part par le Premier ministre ne lui ait indiqué qu’il était plus propice de tenir les générales qu’une partielle. Tant qu’à faire…