TOUR D'HORIZON Vacances agitées en perspective

L'Assemblée nationale entrera en vacances dès la semaine prochaine, soit après l'adoption du Finance Bill et de l'Economic Development Board Bill, qui ont un rapport direct avec les mesures annoncées dans le budget présenté le 8 juin dernier. Alors que nous arrivons au terme de la première mi-temps des travaux parlementaires pour cette année, on constate que l'image projetée par le parlement, au propre comme au figuré, n'a jamais été aussi mauvaise. C'est avec étonnement que les téléspectateurs ont vu pour la première fois à la télévision et sur les réseaux sociaux l'ambiance tumultueuse et vindicative, les affrontements répétés, la violence verbale frisant la grossièreté, les expulsions et les “walk-out” qui ont caractérisé les débats parlementaires. À qui la faute ?  Si la majorité gouvernementale s'en prend à ce qu'elle considère être de la mauvaise foi de la part de l'opposition, cette dernière estime, elle, que cette situation est provoquée par l'arrogance, l'opacité et l'incompétence d'un gouvernement qui était sur la défensive. Paul Bérenger considérait la semaine dernière que la Speaker n'avait « pas été à la hauteur » de la situation, la tenant dès lors en partie responsable du fait que la démocratie parlementaire va mal. C'est d'ailleurs la première fois depuis très longtemps que le parlement a eu à débattre d'une motion de blâme présentée par le leader de l'opposition, Xavier Luc Duval, qui, de l'avis de tous, a su assurer ses nouvelles fonctions. Même si la motion a été rejetée par la majorité, elle a permis de mettre en lumière les forces et, surtout, les faiblesses de la présidence de l'Assemblée nationale. Il est vrai qu'elle occupe une fonction ingrate à un moment particulièrement difficile de l'histoire politique du pays. Cependant, elle doit pouvoir s'affranchir de tous ses liens émotionnels avec ses anciens maîtres politiques, faire l'effort nécessaire pour se mettre au-dessus du lot en évitant de danser avec les loups et faire l'effort adéquat pour ajouter une dose de philosophie et d'humour dans l'exercice de ses fonctions. Chacune des 18 dernières séances de ces quatre derniers mois a ainsi vu l'émergence de dossiers brûlants, comme le métro express, les activités de l'investisseur Alvaro Sobrinho, ainsi que la fraude et la corruption. Les motions d'annulation ont donné lieu à des débats épuisants qui ont duré, parfois, jusqu'au petit matin. Le discours de Roshi Badhain dans le cadre des débats budgétaires aura été un moment d'anthologie dans les annales parlementaires. Interrompu à plusieurs reprises lors de son intervention, le leader du Reform Party avait terminé son discours tard dans la soirée du 16 juin en annonçant que « I am resigning from this National Assembly » afin de permettre à l'électorat de Rose-Belle/Quatre-Bornes de se prononcer sur le projet de métro dans le cadre d'une élection partielle. Ce qu'il fit une semaine plus tard. Pour ajouter à tout cela, la convocation du Deputy Speaker devant la commission Lam Chang Leen aura provoqué de vives réactions dans l'opposition, forçant la Speaker à rentrer précipitamment au pays pour présider la séance de mardi dernier. Notons par ailleurs que le gouvernement a eu l'intelligence d'accepter de renvoyer les débats sur le Finance Bill à la semaine prochaine.
Les débats ne sont donc pas terminés et le Finance Bill et l'Economic Development Board Bill pourraient donner lieu à des débats intéressants, voire houleux. Déjà, l'opposition tire la sonnette d'alarme en ce qui concerne la dette publique, qui a déjà atteint un niveau alarmant. Des doutes sérieux sont exprimés au sujet de l'intention du gouvernement et de la Gaming Regulatory Authority vis-à-vis de la MTC. La mesure concernant la limitation du montant en liquide des paris est interprétée comme une tentative de protéger un opérateur en particulier.
Les vacances parlementaires ne seront pas de tout repos. Il y a suffisamment de matière pour enflammer les débats extraparlementaires. Le métro express continuera ainsi à occuper l'actualité. On est dans l'attente de l'annonce de l'octroi du contrat à une compagnie indienne. La commission sur la drogue, elle, continuera à défrayer la chronique. Ce sera également le cas pour l'appel du DPP devant le Privy Council dans l'affaire MedPoint. Finalement, l'attention sera braquée sur l'annonce de la date de l'élection partielle par le Premier ministre. Déjà, les principaux partis, à l'exception du MSM, ont choisi leurs candidats. Le sentiment général est que si le Premier ministre souhaite, comme il l'affirme, aller jusqu'au bout de son mandat, en 2019, il a intérêt a organiser l'élection au plus vite avant la reprise des travaux parlementaires. Ce qui serait bon pour la stabilité et la prévisibilité dans le pays.