TOURISME: L’éternelle inadéquation

S’il fallait une preuve que Maurice subit déjà les effets collatéraux de la crise économique qui secoue les pays de la zone euro, le ministre du Tourisme Michaël Sik Yuen l’a donnée cette semaine. Le nombre de touristes attendus cette année sera loin d’atteindre le million. Le pays accuse désormais un retard considérable sur les objectifs consistant à atteindre deux millions de touristes d’ici à 2015.
S’il n’y a rien à redire au sujet de l’analyse chiffrée présentée par le nouveau ministre du Tourisme, les mesures annoncées pour attirer davantage de touristes restent pour le moins très légères voir superficielles. Le golf, l’organisation de grands concerts, l’utilisation des réseaux sociaux ne sont que des palliatifs. Maurice est toujours une destination de vacances et de plage pour les 74 % de touristes en provenance d’Europe. On voit mal un touriste européen quitter son pays pour venir voir des concerts à Maurice alors que ce genre d’activités est disponible partout sur son continent à peu de frais. Les attraits de la destination locale restent l’accueil des Mauriciens, la qualité des services dans les établissements hôteliers et qui plus est l’accès facile à Maurice à un prix raisonnable. Et c’est là que le bât blesse. Les analystes dans le domaine touristique sont unanimes à constater qu’entre 2007 et 2012 le parc hôtelier a connu une croissance de 21 %, soit 2 500 chambres additionnelles. À cela s’ajoutent le secteur informel, les IRS et les RES, qui portent le nombre de chambres disponibles entre 19 000 et 22 000. Or le nombre de sièges d’avion, lui, est passé de 1 818 042 en 2008 à 1 727 400 en 2010. Avec l’offre de 100 000 sièges additionnels d’Air Mauritius, le nombre de sièges disponibles serait le même qu’en 2008. Que ce soit par rapport à la croissance de l’hébergement ou l’objectif de deux millions d’arrivées en 2015, il y a un déséquilibre entre l’aérien et l’hébergement. Patrice Legris, ancien directeur de l’Ahrim, évalue le déficit dans les arrivées à 300 000 en décembre 2010. D’autres pensent qu’il serait de 400 000 en décembre 2011. Il faudrait au moins deux vols supplémentaires par jour pour rétablir l’équilibre. Avec deux vols supplémentaires d’Emirates par semaine, nous sommes encore loin du compte. Quant à savoir s’il faut restreindre l’élargissement du parc hôtelier, les avis divergent. On ne va pas attendre que les touristes soient là pour construire d’autres hôtels. De la même manière, faut-il attendre que les touristes soient là pour ouvrir l’accès aérien ? Beaucoup s’accordent à dire que le potentiel touristique existe et que c’est l’accès aérien et par conséquent le prix d’accès à Maurice qui fait défaut. « À nos opérateurs dans tous les domaines et à tous les niveaux de faire preuve d’imagination, d’innovation et de créativité pour faire valoir nos atouts. À nos responsables de la promotion d’en faire de même », écrivait récemment Malenn Oodiah. Il estime que la compétitivité, le rapport qualité/prix constituent un vrai défi pour la destination et cite les Seychelles, les Maldives et le Sri Lanka en exemple.
Alors qu’on se gargarise de mots concernant la diversification des marchés touristiques et l’ouverture vers la Chine et l’Inde, que fait-on en termes de visibilité dans ces pays ? Comment se prépare-t-on à Maurice pour accueillir la crème en matière de touristes chinois et indiens ? Patrice Legris estimait dans une récente interview au Mauricien que la visibilité laissait à désirer et qu’il y avait encore beaucoup à faire en termes de promotion dans ces pays pour concurrencer les Maldives, par exemple, qui attirent 100 000 touristes chinois chaque année. Pour sa part, le vice-président du Duty Free Shopping (DFS) Group Ltd, basé à Hong Kong, a lors d’un récent séjour à Maurice confié au Mauricien que la qualité du shopping ne correspond pas à la demande des touristes asiatiques, qui cherchent davantage le haut de gamme que le moyen de gamme disponible chez nous. Une réflexion en profondeur doit être engagée dans ce secteur alors qu’on observe une multiplication des centres commerciaux dans les points stratégiques du pays.
La solution pour attirer les touristes à Maurice ne réside pas uniquement dans le golf et l’organisation de concerts…

Commentaires

A Mauritian national currently resident Switzerland, I have noted that adverts for Reunion Island (showing sandy beaches, lush forests etc) are plastered on billboards in trams, train stations etc. in Zurich and Geneva. Walking past travel agencies, one often sees deals for the Maldives, the Seychelles, Thailand ... with the (rare)deals to Mauritius offering accommodation in hotels I have never heard of (2* or 3*). It would seem to me that with such a strong currency (against all other currencies, mind you) and therefore a higher purchasing power, one wise project for the tourism authority would be to focus on the Swiss market, rather than wasting time and money on organising concerts which will have ABSOLUTELY NO IMPACT on attracting tourists (some people are seriously deluded to think that it will). And yes, more flights means more seats means more affordable travel (not just in economy, but in business and first class, after all the Swiss can afford it.) Can we please have competent advisors to the ministers for once? Or at least competent ministers?