Trafic d’influence légal ?

Dans le sillage de l’affaire appelée l’affaire Bet 365, affaire qui n’est pas encore terminée, mais qui aura déjà coûté son poste à l’ex-Attorney General, Ravi Yerrigadoo, on a eu droit, récemment, à une observation venant d’un ancien chef juge qui, le moins qu’on puisse dire, nécessite une réaction.
A une question d’un confrère selon laquelle un Attorney General pouvait-il délivrer une lettre de recommandation ou non, l’ancien chef juge Sir Victor Glover a eu ceci à dire : « Tout dépend du contenu de la lettre de recommandation. Un Attorney General peut émettre une telle lettre ».
Autre question de notre confrère : « Même à un individu lambda ? (comprenez le commun des mortels).
Sir Victor : « En tant qu’ancien chef juge, je l’ai fait, car rien n’empêche de donner une lettre de recommandation. Il n’y a rien d’illégal tant que la lettre de recommandation de l’Attorney General n’est pas faite dans un but mercantile. »
A notre humble avis, après avoir salué la franchise de Sir Victor de reconnaître qu’il a lui-même donné dans la pratique, il faudrait quand même s’arrêter un moment pour souligner certains aspects fondamentaux.
Premièrement, il s’agit de bien s’assurer que l’ancien Chef juge n’essayerait pas de nous faire accroire qu’il n’aurait pas le moindre soupçon de mercantilisme dans la lettre de Yerrigadoo au douteux Hussein Abdool Rahim ! Cette lettre, dont l’ex-Attorney General a lui-même reconnu l’authenticité, n’avait-il pas été émise afin de permettre à Rahim d’encaisser des gains aux jeux qu’autrement il n’aurait pu ? N’était-ce pas déjà là un but mercantile même si on devait accorder le bénéfice du doute à Ravi Yerrigadoo qu’il n’aurait agi que par amitié ?
Mais le plus dérangeant dans tout ça, c’est que même exempte d’intérêt mercantile, de nos jours toute notion même de lettre de recommandation devrait désormais être bannie. Interdite particulièrement, lorsqu’une telle lettre émane d’un haut dignitaire de l’Etat, par exemple, d’un Président de la République, un Premier ministre, un chef du judiciaire ou un Commissaire de Police qui sont tous des officiers publics. Autrement, ces personnages si importants aux yeux de notre si petite société donneraient en plein dans le trafic d’influence.
Dans la réalité de notre société microscopique, à qualifications égales pour obtenir un poste, toute personne qui à la possibilité d’annexer à son CV (curriculum vitae) une lettre de recommandation d’un haut dignitaire augmente ses chances de rafler la mise parce que entre alors en jeu le principe (évidemment faussé) de ce que l’anglais décrit si bien : « You are not been chosen as who you are, but because of who you know » (Vous n’êtes pas choisi pour ce que vous êtes, mais à cause des personnes avec lesquelles vous avez des connexions).
Imaginons qu’un candidat lésé à un poste quelconque venait protester devant la Commission pour l’égalité des chances (Equal Opportunity Commission) que celui qui a obtenu le poste à sa place a bénéficié d’une recommandation (même non-mercantilisée) de sir Victor — ce qui serait un avantage supplémentaire vu l’aura et le poids du personnage dans la société — la Commission n’aurait-elle pas trouvé cela inéquitable ? Trafic d’influence évidemment ! Légal, peut-être, mais pas moral 
Sans malice aucune !