Trafic de drogue : la triste vérité

La commission d'enquête sur la drogue, présidée par l'ancien juge Paul Lam Shang Leen, a polarisé l'attention publique durant toute la semaine. Constat qui n'est pas étranger aux statuts des personnes ayant été convoquées et dont les dépositions étaient attendues avec beaucoup d'impatience. Il ne faut pas aller très loin pour voir comment, dans la rue, dans les bureaux, dans les familles et parmi la population tout entière, l'ampleur de l'implication et la pénétration du trafic de drogue dans la société bouleverse tout un chacun. Pour beaucoup, les informations et détails qui émergent de la commission ont fait l'effet d'une claque en plein visage. La population est abasourdie, estomaquée, révoltée et prend également conscience de la manière dont l'inaction et l'insuffisance des mesures prises par les autorités au fil des années auront permis l'édification de puissances financières, juridiques et politiques, ainsi que de machines de blanchiment d'argent sale, le tout aux dépens de la souffrance de milliers de victimes et de leurs familles. La vérité est que pour certaines personnes, et pas des moindres, l'argent n'a pas d'odeur, même s'il est le fruit du trafic de la mort. Jusqu'à quand cela durera-t-il ? Le Premier ministre, qui a déclaré la guerre au trafic de drogue, pourra-t-il aller jusqu'au bout de la mission qu'il s'est donnée ?
Cette prise de conscience brutale dans la population est le résultat du travail de la commission d'enquête, qui poursuit ses activités avec application et sérieux. Nous lui souhaitons bon vent. La presse continuera à assumer ses responsabilités en répercutant fidèlement parmi le public toutes les informations qui en émergent, n'en déplaisent à ceux dont les révélations peuvent être source d'embarras ou de mécontentement.
Paul Lam Shang Leen et ses assesseurs placent désormais la barre très haut. On s'attend désormais à ce que le rapport de la commission puisse désigner, sans peur ni frayeur, les vrais responsables du trafic de drogue qui, contrairement aux accidents de la route, qui a fait déjà trop de morts, tue beaucoup plus de personnes en silence. On s'attend également à ce que le rapport de la commission débouche sur des poursuites et des sanctions contre les barons du trafic et fasse des recommandations sur la prévention et la réhabilitation des victimes. Tout doit être fait pour que le rapport final n'atterrisse pas dans un tiroir, comme celui de la commission Justice et Vérité, qui s'était penchée sur le sort des descendants d'esclaves et des travailleurs engagés, et dont on n'entend plus parler.  
Par ailleurs, la réunion du “Contact Group on Piracy off the coast of Somalia”, qui s'est tenue à Balaclava  cette semaine, a permis de mettre l'accent sur la sécurité maritime. Cette question ne comprend pas uniquement les actes de piraterie commis au large de la Somalie, mais également les crimes transfrontaliers, dont le trafic de drogue, qui affecte non seulement les pays de la région, mais fait également de ces derniers des plateformes de transit pour le trafic international de stupéfiants. Le ministre des Affaires étrangères a souhaité que cette question soit prise en compte par le groupe de contact, qui bénéficie de l'aide internationale. De fait, tous les moyens doivent être mobilisés pour neutraliser les trafiquants, locaux et internationaux.
Par ailleurs, alors que les autorités touristiques s'évertuent à présenter le pays comme un exemple en matière de sécurité, le crime d'Albion apporte un très mauvais coup à l'image de Maurice. Le décès de l'Écossaise Janice Farman, qui s'était installée dans le pays depuis 2004, fait déjà la une de la BBC (Écosse), de la presse écossaise et des médias sociaux. Et on y souligne que « Maurice n'est plus un paradis ». Après le décès de Michaëla Hart et la mort récente d'un couple britannique sur l'autoroute de Verdun, les autorités touristiques auront du mal à démontrer le contraire sur le marché britannique.