Trêve dans la maison bleue

Le ministre du Tourisme, Michael Sik Yuen, a obtenu durant la semaine écoulée une couverture médiatique inédite, n’ayant jamais bénéficié d’une telle attention depuis qu’il détient le portefeuille du Tourisme. Il a fait irruption à la Une des médias locaux après la révocation, vendredi dernier, de Robert Desvaux, son frère d’armes, à la suite d’un conflit au sein de la famille des bleus qui semble-t-il couvait depuis quelque temps déjà. Aurait-il pris sa décision après avoir consulté des oracles dans le cadre de la célébration de la Fête du Printemps et du début de l’année du serpent d’eau ? En tous les cas, elle n’a été ni motivée, ni inspirée, ni provoquée par les supposées spéculations des médias comme il l’a suggéré lors d’un point de presse dont la brièveté le rendrait susceptible d’être catalogué dans le Guinness Book of Records. Et ce n’est pas la presse qui a révoqué Robert Desvaux.
Mais force est de reconnaître aujourd’hui qu’il est l’homme des coups de force. C’est comme maire de Curepipe qu’il s’est fait remarquer pour la première fois. Son passage a été très apprécié dans la mesure où il avait redonné aux Curepipiens un sens d’appartenance grâce à certains projets, bien qu’il eût calé sur la question des marchands ambulants. Avec le soutien de son leader Xavier-Luc Duval, il a organisé une des plus belles fêtes de Divali dans la ville lumière avec la participation de spécialistes venus de Lyon. Il revint en force dans l’actualité en faisant son entrée au Parlement comme best loser en tant que membre de la general population, groupe dans lequel son parti l’avait présenté aux élections générales en se prévalant de son mode de vie. Le PMSD a ainsi pu bénéficier d’un quatrième député au parlement.
À la faveur de la cassure de l’Alliance de l’Avenir et du départ du MSM du gouvernement, Michel Sik Yuen est entré au cabinet comme ministre du Tourisme. Robert Desvaux, qui avait suivi son leader au ministère de l’Intégration sociale et qui s’était vu confier les fonctions de président du National Empowerment Fund, fit un come-back à la MTPA pour épauler le nouveau ministre bleu. Ensemble, ils ont organisé le Festival Kreol et le Carnaval de Flic-en-Flac mais les choses se sont détériorées graduellement entre les deux amis. La personnalité plus extravertie de Robert Desvaux, malgré toutes ses compétences d’organisateur, sa propension à brutaliser verbalement son entourage y compris le ministre en titre ont provoqué parmi le personnel de la MTPA et du ministère du Tourisme une certaine irritation qui s’est accrue au fil des semaines. Sa campagne contre les “all inclusive resorts” à Maurice à un moment où les établissements hôteliers avaient besoin de déployer tous les moyens pour garder la tête hors de l’eau durant la crise économique a échoué.
Le ministre du Tourisme n’a pas apprécié d’avoir eu à répondre à des interpellations à ce sujet au parlement. Il revient à Michael Sik Yuen et à Robert Desvaux d’expliquer ce qui a provoqué la détérioration de leurs relations…
Pris par ses multiples occupations au ministère des Finances, Xavier-Luc Duval n’a pas eu le temps, sans doute, de se rendre compte qu’il y avait le feu dans la maison bleue. Fidèle en amitié et révolté par ce qu’il considère être un manque de considération de la part du ministre du Tourisme par rapport à sa fonction de leader, il s’est précipité pour soutenir Robert Desvaux après sa révocation. S’il était de son devoir de rappeler un ministre bleu à l’ordre, on peut lui reprocher d’avoir personnalisé le débat en demandant publiquement à Michael Sik Yuen de step down de son poste ministériel. La nomination et la révocation d’un ministre sont la prérogative du Premier ministre et ce dernier n’a pas raté l’occasion de traiter la demande de révocation de Michaël Sik Yuen de « wishful thinking ». À partir du moment où le ministre a refusé de démissionner, on craignait que Xavier Duval ne choisisse de soumettre sa propre démission. Ce qui explique que l’attention était tournée hier vers le ministère des Finances.
À hier après-midi, il semblait que l’intérêt du parti bleu ait pris le dessus sur les intérêts d’ordre personnels et émotionnels, et que le conflit Duval/Sik Yuen ait été réglé sous la pression des apparatchiks du PMSD. Mais le feu peut encore couver sous les cendres. Visiblement les deux protagonistes n’ont pas voulu emprunter la voie de non retour. Ce qui fait qu’il n’y a eu ni révocation de Sik Yuen ni démission de Duval.
Dans un communiqué diffusé hier, Xavier-Luc Duval accepte les pseudo-excuses de M. Sik Yuen à l’effet qu’il n’a pas l’intention de mettre en doute son autorité et son leadership et qu’il regrette les malentendus qui ont pu surgir, mais il est demeuré à son poste. Le ministre du Tourisme aura finalement de son côté obtenu ce qu’il voulait : le départ de Robert Desvaux de la MTPA. Celui-ci sera certes recasé ailleurs à un niveau identique mais au bout du compte, le leader des bleus et le PMSD sortent affaiblis de cette semaine pluvieuse, d’autant que derrière la porte, l’ex-bleu Éric Guimbeau est en embuscade. Navin Ramgoolam détient une nouvelle fois toutes les cartes en main.
Cette crise qui risquait de donner une autre image au gouvernement a été désamorcée à un moment délicat pour le PMSD. Alors que son leader multiplie les efforts pour mettre en valeur son bilan aux Finances, son parti est visiblement au creux de la vague comme l’indiquent les résultats des élections municipales. Il a enregistré un recul tant à Port-Louis qu’à Beau-Bassin/Rose-Hill, à Quatre-Bornes et à Curepipe. Lors d’un récent exécutif du PTr à la veille de son départ pour Davos, le PM avait été interpellé quant à l’apport réel du PMSD au sein du gouvernement et lors des élections. Il en a visiblement tiré des leçons car qu’on le veuille ou non dans cette affaire opposant le ministre Sik Yuen à son leader, Navin Ramgoolam a un peu laissé tomber son bon ami Xavier, taxé de « wishful thinker ». Un signe qui ne trompe pas.