Tsunami

Quatre heures de pluie, huit morts ou plus lorsqu’on aura établi aujourd’hui un bilan complet du passage pluvieux d’hier. On n’a rien vu venir. La météo annonçait “la pluie dans les endroits habituels” et que le temps devait être “mi-couvert en général”. Ici, pour se dédouaner, on a la formule passe-partout du changement climatique et on nous dit même que l’on ne peut rien faire contre “Dame Nature”, alors qu’à La Réunion, selon ce qu’en a dit le leader de l’opposition, hier, les autorités météorologiques avaient, dès 22h, vendredi, prévu de fortes pluies et avaient conseillé à la population de ne pas sortir. Sur le ton de la fanfaronnade, de la menace, de la soi-disant remise en ordre des compagnies publiques, on nous annonçait un tsunami. On l’a eu là où on ne l’attendait pas. Parce que, malgré les alertes répétées depuis le début de l’année, rien n’a été fait pour prévenir lles suites tragiques de la catastrophe qui s’est abattue sur le pays, hier.
Une trombe d’eau et le pays est paralysé. On est en fi n de mois, dans le week-end pascal, et c’était, hier, jour de courses hippiques, certes, mais c’était aussi les sorties familiales habituelles. Le plus révoltant dans tout cela, c’est qu’il n’y a pas eu de communication pendant les averses et lorsqu’il avait été décidé d’annuler le reste de la journée hippique, rien n’a été organisé pour la sortie ordonnée de la foule de véhicules du Champ de Mars avec les embouteillages monstres, y compris devant la porte des Casernes centrales. Rien comme consigne pratique aux automobilistes, pas de fermeture des artères à risque. Rien .
Mais nous sommes à Mauritius, c’est un plaisir island, au pays où on nous dit et répète que l’on est entré dans la modernité. Maurice est un grand chantier, racontent ceux qui nous gouvernent et qui, pour des raisons qui deviennent de plus en plus suspectes, multiplient les projets routiers qui améliorent la circulation ou la compliquent davantage. Maurice est un grand chantier qui contribue aussi, faute de supervision adéquate, à boucher tous les drains, ce qui crée des inondations à la plus petite averse. Le grand chantier, c’est aussi l’occasion d’abattre des arbres centenaires avec une rare sauvagerie.
On a eu 2008 avec ses inondations qui avaient coûté la vie à une collégienne de Mon Goût. On a, comme après toutes les catastrophes, eu notre lot de comités, de réunions, de rapports. Cinq ans après, le 13 février 2013, on est de nouveau surpris par des averses, Port Louis est submergée, le pont de Souillac cède, les élus de la localité se cassent, le temps que la houle se calme. Et un mois après, rebelote, quatre heures de pluie un samedi et c’est la panique générale! Qui peut nous dire ce qui a été fait pour prévenir le drame d’hier, alors que l’on se pavane sur les sites religieux pour évoquer, année après année, d’interminables travaux? On a vraiment perdu le sens des priorités dans ce pays! Si huit morts peuvent faire enfi n bouger ceux qui sont payés pour prévoir, prévenir, organiser, réparer, restaurer, ce ne sera pas trop tôt.
Le tsunami est aussi financier. Peut-être plus d’un milliard de roupies volatilisé, dit-on. C’est la toute dernière à Pleasure Island for crooks. On croyait avoir tout vu, ces derniers temps, les gros Derek et leurs petits copains protecteurs dans les milieux politiques. On croyait avoir percé le mystère derrière le succès fulgurant de simples activistes politiques devenus, du jour au lendemain, millionnaires. Mais on n’en était, sans doute, qu’à l’aperçu du sommet de l’iceberg. Des jeunes qui arnaquent des personnes qui ont probablement bénéfi cié de l’éducation gratuite et qui se laissent quand même embobiner, c’est à peine croyable, mais c’est comme ça. Parce que l’on voit des quidams passer de la charrette aux grosses cylindrées, parce que certains nourrissent le sentiment qu’être honnête et intègre ne rapporte rien, tous se mettent à courir derrière l’argent facile, les gains immédiats: la culture de la loterie et du jackpot.
Le plus aberrant dans toute l’histoire, c’est la démission totale, là aussi des autorités et des institutions de régulation. Nous ne sommes pas pour une société où ce serait la délation la norme mais il y a quand même des faits qui nous échappent. Prenez le cas de Madame Cabas. Cette conseillère municipale de l’alliance sociale à Quatre-Bornes avait été prise la main dans le sac bourré de liasses de billets qui proviendraient du monnayage des étals de la ville.
L’ICAC a mis 6 ans pour instruire le dossier et ce n’est qu’à la fi n de l’année dernière que le procès a été formellement logé. Et pendant tout ce temps et avant qu’elle ne soit jugée, Madame faisait toujours fructifi er son cabas, menait grand train, disposait d’un bureau dans un immeuble huppé. Cela n’a dérangé personne, aucune institution, et surtout pas la Mauritius Revenue Authority qui, décidément, ne s’intéresserait pas beaucoup aux nouveaux riches, tout en s’acharnant sur les mêmes contribuables, simples salariés sans grandes ressources.
Cette MRA autant que les autres institutions d’enquête et de veille ne se sont nullement inquiétées que quelqu’un qui a été un simple vigile puisse, à peine deux ans après, rouler en BMW immatriculée en juillet 2012 dont le coût sur route avoisine les Rs 8 millions. Il en est de même pour tous les protagonistes de la saga Whitedot et autres Sunkay. Et le plus triste dans toute l’histoire, c’est qu’il y en a probablement beaucoup d’autres qui blanchissent leur argent sale dans des pizzerias, des compagnies import-export, des négociants en textile, en voiture. Pour ne citer que celles-là. Voilà pourquoi le nombre de Mauriciens qui ne pourraient justifi er leurs avoirs et leur train de vie ne cesse de croître. Au vu et au su des institutions et au nez et à la barbe des autorités.


Commentaires

Bravo Josie, vous avez bien cerné le problème il faudrait plus de gens comme vous a Maurice pour y avoir été en hivers 2011-12 j'ai trouvé que les gens vénère des hommes et des femmes politiques qui rentrent chez eux escortés par 2 policiers en motos, allo elle vient juste de finir de travailler enfin il faudrait une conscience sociale pour bien des choses

Merci d'être là et ne lâchez pas

Christiane du Canada

Bien dit Josie, mais faut aussi mentionner qu'il y a aussi des mauriciens qui garde espoir et qui bossent dans la droiture, qui payent leurs impôts, et qui n'ont besoin de personnes et point de faveurs.

Hé oui, c'est ça une république sucrière non ?