Tu parles d'une moralisation !

Plus théâtral que lui, tu meurs ! Navin Ramgooam nous a gratifié d'un vrai numéro d'acteur le premier jour de l'an 2012, à l'occasion de son traditionnel message à la nation. Sur la forme, rien à dire. Un peu d'emprunté, de surfait, certes, mais ce "yeux dans les yeux" avec la population, cette expression du regard qui gagne en sérieux et en gravité lorsqu'il évoque certains sujets importants, ce geste main gauche serrée dans la main droite pour appeler l'unité et terminer en beauté en associant son épouse aux vœux de 2012, on a vu et revu toute la pâte d'un Premier ministre qui sait soigner son art de communiquer.
Reste le fond. Pas mal de positions affirmées et de pistes indiquées. L'annonce des consultations sur la réforme électorale a laissé quelques-uns d'entre nous sceptiques ayant déjà été confrontés à ce type de déclarations sans lendemain mais il paraît qu'il a déjà établi ou rétabli des contacts dans ce sens et que les choses avancent comme nous le souhaitions ici même la semaine dernière. Bienvenue aussi cette déclaration sur le financement public des partis politiques, un vrai problème d'assujettissement de nos états-majors à toute sortes de sources les unes moins fiables que les autres et qui se traduit, une fois le robinet à billets ouvert, par d'interminables pressions pour un retour d'ascenseur, le privé, comme on le sait, n'exposant jamais ses billes sans un "retour sur investissement". Il reste à en définir les modalités de ce financement public des parties.
C'est quand même un bon début, c'est bien que la question soit posée et il ne faut qu'espérer que les consultations que se propose d'ouvrir Navin Ramgoolam avec les autres partis politiques englobe aussi cette question de financement qui est aussi importante en démocratie. Parce qu'on a vu ailleurs que les mafieux de tous poils pouvaient confisquer un pouvoir soi-disant élu par le peuple, les dirigeants devenant les otages de cartels de la drogue, de la prostitution et du trafic d'armes.
Là où on a vraiment du mal à suivre le chef du gouvernement, c'est lorsqu'il la "moralisation" de la vie publique. Wouaw ! Nous sommes restés perplexes, ébaubis devant le poste. Si Navin Ramgoolam voulait donner du sens à ce qu'il prêche, il aurait pu commencer par ne plus organiser les fêtes du PTr à Clarisse House et à donner le bon exemple pour que, dans chaque action et dans chaque geste qu'un homme public ou un fonctionnaire entreprend, il y a le souci constant de bien séparer ce qui relève de l'État et de l'intérêt général et ce qui doit être confiné à la sphère stricte du parti et des exigences personnelles et privées.
Et là, on est loin du compte. On ne va pas jusqu'à dire, comme Sheila Bunwaree, cette sociologue, femme insolente comme on les apprécie, qui, dans les colonnes de l'Hebdo-Le Dimanche de la semaine dernière affirmait que "la débauche existe chez les moins jeunes aussi, dont certains de nos leaders", mais il est un fait que les exemples abondent quant à l'incapacité de ceux qui devraient nous inspirer à impulser une culture de la probité et du comportement exemplaire en toutes circonstances. Week-End avait, l'année dernière, donné le numéro d'un véhicule public, portant la plaque minéralogique 159 RM 03, qui se transformait en transport scolaire les après-midis auprès d'un établissement privé. Imaginez ce qui a été fait, au nom de la "moralisation", peut être de cette affaire scandaleuse : changer la plaque en lui donnant, pour ainsi dire, son numéro civil 3502 NV 03, question de ne pas trop attirer les regards même si le subterfuge est grossier et que la BMW 320 est reconnaissable à distance.
Moraliser la vie publique, c'est déjà ne pas braconner sur le terrain de l'adversaire, ne pas débaucher ses élus pour se recréer une majorité, c'est aussi ne pas nommer ses ministres dans des secteurs où ses proches ont des intérêts, c'est dire non aux privilèges accordés, lorsqu'on est un homme public, à sa famille, contrats en béton et secrets, monopoles, pétroles, transport, sécurité ou université combien même tout est fait avec, apparemment, le "statesmanship" voulu. Moraliser la vie publique, ce n'est pas fricoter avec le socioculturel et propulser ses dirigeants à des postes stratégiques, ce n'est encore moins recruter des conseillers douteux qui se moquent de l'avenir des jeunes ou qui profitent de leurs position pour leurs propre avantage.
Moraliser la vie publique, ce n'est certainement pas accepter une MBC à la Kim Il Un après avoir été celle de Kim Il Jong et de Kim Il Sung, qui, comme vendredi dernier, a projeté la charité en direct, du matériel scolaire distribué à quelques familles pauvres, assortie de déclarations des élus de Quatre-Bornes et du ministre de l'Intégration Sociale. Si c'est le devoir de l'État d'aider les plus démunis, cela ne doit pas servir de prétexte à quelques-uns pour un exercice d'autoglorifcation. Moraliser la vie publique, c'est le contraire de la pratique de l'interventionnisme en faveur de ses agents, fussent-ils marchands ambulants et surtout s'ils sont dans l'illégalité.
Moraliser la vie publique, c'est organiser les municipales au plus vite pour en finir avec ces gestionnaires à la petite semaine qui polluent nos villes et qui croient, en plus, être dotés du sens de l'humour. Lorsqu'on sait ce que les tsunamis ont causé comme désastre et détresse en Indonésie et au Japon, on ne badine pas avec ce terme comme l'a fait le lord-maire qui avait promis un tsunami pour les marchands ambulants alors que c'est l'inverse qui s'est produit. Moraliser la vie publique, ce n'est certainement pas un maire qui décide de donner des terrains à Trou aux Cerfs, après que le demandeur ait essuyé des refus devant la justice. Pour que les paroles aient un sens, il faut qu'elles soient en phase avec la réalité. A méditer… pour le prochain message.


Commentaires

He talked a lot of trash but he had nothing to say. He is so full of himself.