Twalet dan lamok pa fer riye, M. le ministre !

Si le ministre des Terres et du Logement, Showkutally Soodhun, pense qu’un humour de bas étage peut interpeller et sensibiliser un auditoire sur le problème de la pauvreté, il se trompe ! Sans aucun doute un des plus gros défis de son gouvernement et au-delà d’une promesse électorale, la résolution de la pauvreté économique d’une population en marge du progrès social doit être aussi un engagement qui implique un esprit humanitaire. Sans aucune volonté sincère et une politique centrée sur l’humain, il n’est pas possible de combattre la pauvreté.
Quand le ministre Soodhun, qui s’adressait à des bénéficiaires de contrat de terre de Port-Louis, vendredi dernier, trouve marrant que les « 552 dimounn ki pe viv anba latant dan lonzer Baie du Tombeau » dans des conditions dépourvues de sanitaires suffisants pour tous doivent improviser pour faire leurs besoins il est à côté de la plaque s’il estime que cette situation est cocasse. « Mo krwar la plipar pran lamok al deor ( ) mo ousi mon gagn riye kan mo’nn tann sa », disait-il en commentant une réalité que connaissent des familles des longères blancs à Baie du Tombeau.
C’est vrai que ces longères en décrépitude construites dans l’urgence — il y a une vingtaine d’années pour reloger des familles sans abri après le passage du cyclone Hollanda — ne disposent que de quelques toilettes communes défectueuses et insalubres pour tous ces foyers. Précision : ce sont des longères en matière préfabriquée contenant de l’amiante et des maisons de fortune en tôle qui abritent les familles les plus pauvres de Baie du Tombeau et non des tentes !
L’accès à des installations sanitaires adéquates est un droit légitime que tout foyer mauricien devait disposer en 2017, l’ère du Metro Express. Mais malheureusement, tel n’est pas le cas pour des centaines de foyers vivant dans la précarité sur des terres qu’ils occupent illégalement. Si faire ses besoins « dan lamok » est une chose rigolote pour certains qui voyagent en berline, vivent dans le confort en ville et à la mer, côtoient des têtes couronnées du Golfe, le ministre Soodhun se tordra de rire s’il apprenait que de nombreux hommes, femmes et enfants se soulagent dans la nature, sur des terrains broussailleux non loin de leur fragile maison.
Dans une île Maurice à plusieurs vitesses, il y a encore des femmes qui se demandent tous les mois comment faire pour se débarrasser de leurs serviettes hygiéniques (quand elles peuvent s’en acheter…) parce qu’elles ne disposent pas de salle de bains et de toilettes. Se cacher pour se débarrasser des pots de chambre improvisés loin des regards des autres ou pour aller faire ses besoins dans la nature est sans aucun doute loin d’être une partie de plaisir. Pour ceux qui l’ignorent encore, même les pauvres ont de la dignité. Et en rire revient à se moquer de leur dignité !
Lorsque Showkutally Soodhun se targue de venir en aide à une pauvre femme qui ne peut s’offrir un toit non sans préciser un détail, que cette « madam ena sink zanfan ek sink papa diferan », il ne peut s’empêcher d’en rajouter une couche : « Telman li’nn res dan sant sosial li’nn gagn sink zenfan. » Le ministre Soodhun émet des sous-entendus qui frisent les préjugés qu’ont beaucoup sur les familles nombreuses dans les poches de pauvreté et des femmes dont les enfants sont le fruit de leur relation parfois éphémère avec un homme de passage dans leur vie. Ces femmes qui, bien souvent, s’accrochent à un homme pour des raisons diverses, dont économique.
Il ne faut pas banaliser cette situation. Même si nous n’avons pas de chiffres à l’appui, le constat sur le terrain démontre clairement que le taux de natalité dans les milieux pauvres est élevé et qu’il est encore temps pour le gouvernement de s’intéresser à ce phénomène. Ces foyers aux familles nombreuses n’ont pas besoin de critiques et de préjugés, mais d’une politique de contrôle de naissances, d’un programme de prévention contre la grossesse précoce et de sensibilisation sur les maladies sexuellement transmissibles.
Showkutally Soodhun s’est vanté ce jour-là d’être « unique au monde » parce que, lui, il fera construire 10 000 maisons sociales en cinq ans. Il viendra à bout de l’occupation illégale des terrains de l’État par des squatters. Il les relogera dans des maisons avec deux chambres à coucher pour que les familles ne vivent plus dans la promiscuité ou, comme il le décrit, « pe viv malprop, lespri malprop, aksion malprop. » Si le ministre des Terres et du Logement trouve du temps pour un site visit à La Valette, il réalisera peut-être que le béton des murs d’une maison sociale n’est pas toujours la solution aux problèmes sociaux et économiques des pauvres !