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Urgences

Le frémissement sur la réforme électorale et l'abolition du Best Loser System (BLS) nous avait conduit à oublier qu'il y a aussi des urgences ailleurs. Maintenant que le Premier ministre a défini très clairement sa position, qu'il a administré une claque magistrale à ceux qui se sont prononcés pour un nouveau recensement communal en y déclarant sa totale opposition, et qu'il s'est prononcé de manière non-équivoque sur l'abolition du BLS, tout ce que le pays souhaite, c'est qu'il y ait, dans le meilleur délai, un texte devant l'Assemblée nationale. D'autant qu'il semble qu'une majorité de trois-quarts puisse être obtenue pour réaliser cette avancée historique.
Cela dit, certains problèmes ont vite fait de nous rappeler à leurs bons souvenirs. Des scènes d'émeutes en plein dimanche dans la région de Roche-Bois, cela nous ramène à treize ans en arrière. Sauf qu'en 1999, l'internet n'était pas aussi développé qu'aujourd'hui et que réseaux sociaux, télés, tablettes, téléphones et autres plateformes ne diffusaient pas en temps réel et en instantané dans le monde entier ces images de guérilla urbaine et d'affrontement de la population locale avec les forces de l'ordre, avec des pans d'autoroute coupés de la circulation. Un peu comme au Mali, à Benghazi, à Peshwar ou à Alep.
À l'origine du désordre, une cohabitation un peu compliquée entre Rocheboisiens de souche et travailleurs étrangers vivant dans les dortoirs de la région. Et si on comprend bien les griefs formulés de part et d'autre, certains habitants du quartier seraient considérés comme des voleurs patentés, tandis que la main d'œuvre immigrée se spécialiserait dans le "bhai looké". Ce n'est qu'un raccourci. Le mal, lui, est autrement plus profond. Ce n'est pas que les habitants de Roche-Bois croient que les Bangladais leur volent leurs emplois. Leur mal-être et le sentiment d'abandon dont ils souffrent depuis si longtemps explosent de temps en temps. À la première petite étincelle.
S'il y a lieu de prévenir ce genre de conflits entre autochtones et étrangers, il y a aussi nécessité d'aller aux racines du mal. Il ne faut pas attendre le prochain brasier pour deviser sur ce qu'il faut faire pour sortir certaines régions sinistrées de leur enfermement dans tous les fléaux qui traversent la société mauricienne. Il y a eu la création d'un ministère de l'Intégration sociale. Une bonne idée. Xavier-Luc Duval avait commencé à lui donner un peu de contenu, mais depuis qu'il a cédé ce fauteuil à Suren Dayal, ce service semble non seulement être en panne, mais il est même empêtré, avec son agence, la National Empowerment Foundation, dans des exercices de recrutement irréguliers qui ont été portés devant l'Equal Opportunities Commission.
Si au ministère de l'Intégration sociale, qui est supposé être exemplaire en matière de respect de la méritocratie, on en vient à être pris en défaut lorsqu'il s'agit de recrutement, il y a de quoi désespérer. Comme ces habitants des quartiers défavorisés, à qui on fait régulièrement des promesses et qui ne voient toujours rien venir. Il en est ainsi de cette Commission Justice et Vérité, dont on oublie trop souvent qu'elle a quand même coûté la bagatelle de Rs 60 millions aux contribuables. Il y a eu un comité de haut niveau présidé par Xavier-Luc Duval, qui était censé veiller à la mise en œuvre des recommandations de la Commission, et il y a bien eu un papier circulé avec une espèce de calendrier d'exécution.
Depuis, rien. On n'entend même plus parler de la Commission et de ses recommandations. Alors qu'elle était annoncée comme devant être un outil de réparation des séquelles laissées par l'esclavage et l'engagisme. Si on veut éviter des débordements ici et là, il faut des actions précises, et ce, à tous les niveaux. L'éducation d'abord, pour briser la fatalité du CPE, un passeport vers tous les possibles pour certains et une fin de route déjà pour d'autres, ces défavorisés qui, à 11 ans, n'entrevoient même pas l'horizon. L'emploi ensuite, pour qu'à compétences égales, les Mauriciens issus de certaines régions aient les mêmes postes que d'autres dans le public. La modernisation physique de ces banlieues, dont les structures ont tout pour être le creuset de tous nos maux : petite et précoce délinquance, grand banditisme, drogue et prostitution. Il y a, enfin, l'encadrement et l'accompagnement pour un projet d'insertion des plus nécessiteux. Il est urgent de réconcilier certains de nos compatriotes avec l'idée d'une république solidaire, généreuse et inclusive.
Comment évoquer les urgences sans parler du drame des marchands ambulants ? Voilà une catégorie de petits commerçants de rue à qui on a promis monts et merveilles le temps d'une campagne, et qui, il est vrai, se sont laissés berner. Avec pour résultat que, poussés à bout, ils ont été jusqu'à séquestrer un Lord-maire « dépassé par les événements ». Ils sont aujourd'hui, et ce, indépendamment de leur sexe, évacués sans ménagement de nos chaussées encombrées. C'est toujours comme ça. Après des mois de laxisme inexpliqué, bien qu'il y a eu des décisions très explicites des tribunaux, c'est l'offensive policière.
Il fallait évidemment mettre de l'ordre dans cet envahissement de tous les espaces disponibles de la capitale par les marchands et faire respecter l'état de droit. Mais sans solution pérenne, on est confronté à un éternel recommencement et, un jour, cela peut mal se terminer. Le gouvernement de l'Alliance sociale de 2005 avait fait avorter le projet de Hawkers' Palace, et il n'a rien fait depuis pour trouver un règlement définitif. Un comité ministériel se penche sur la question depuis quelques semaines, et toujours rien de concret comme proposition acceptable à tous. Les fêtes arrivent. On nous dira que les aménagements sont temporaires, que les marchands devraient vider les lieux, mais ils y resteront jusqu'à la prochaine démonstration spectaculaire des autorités. Sans solution de rechange en contrepartie. C'est de l'incompétence caractérisée…


Commentaires

Ena ene laisser aller a tous les niveaux a Maurice. Tant qui banne autorité get figir pou appliq la loi, tant qui ena deux poids et deux mesures, et tant qui péna solidarité et discipline au niveau nationale, Maurice pou continué coulé.