Violences

Nous avons vraiment tout vu et tout entendu ces derniers temps. Nous ne nous attarderons pas sur Pravind Jugnauth et les clichés aussi effarants qu’éloquents de son inexplicable furie à l’Assemblée nationale mardi dernier qui circulent sur les réseaux sociaux. D’une position debout, avec le micro ouvert, le Premier ministre a lancé des épithètes au leader du MMM sans que la Speaker n’intervienne pour lui demander de se rasseoir et de retirer ses propos. Comme elle sait si bien le faire lorsqu’il s’agit de l’opposition.
Avec Maya Hanoomanjee, c’est, de toute façon, la même surdité lorsqu’il s’agit de SAJ ou de son fils, ceux chez qui elle aime bien se rendre pour des « fêtes familiales ». On se souvient qu’elle avait oublié d’entendre ce même Premier ministre lancer à Roshi Bhadain : « You were licking my hand and other parts », et qu’elle avait eu besoin d’aller écouter les enregistrements de la séance pour prendre une semaine avant de permettre à Pravind Jugnauth de retirer sommairement son propos vulgaire et déplacé sans le moindre mot d’excuse vis-à-vis de la Chambre.
C’est cette attitude et sa récente diatribe contre les « lisien marron » devant de petits écoliers du primaire qui accréditent la thèse qu’il cautionne totalement les insultes publiques répétées de son père qui, à chaque sortie publique, en rajoute une nouvelle couche. S’il ne « pisse » pas allègrement sur la presse et ses opposants, cela lui arrive de croire que les Rodriguais, ce peuple debout et fier, n’attendent que lui pour venir les « baigner », alors que lui-même, à son grand âge, qui devrait être celui de la raison et de la modération, gagnerait à se laver un peu la bouche avant de débiter de telles conneries blessantes. Les Rodriguais ne demandaient qu’un peu d’eau à celui qui avait promis que la République serait pourvue du précieux liquide 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.   
L’exemple vient d’en haut. Visiblement. Kalyan Tarolah a sans doute été inspiré par les propos tenus par son leader Pravind Jugnauth en direction de Roshi Bhadain. Il a, lui, poussé le bouchon un peu plus loin en ajoutant l’image au son. Au Parlement même. Avec les conséquences que l’on sait et toujours sans que la Speaker ne réagisse. Kalyan Tarolah prend néanmoins ses honoraires en ne faisant que passer dans l’hémicycle pour ne pas être exposé à la raillerie de ses « honorables » pairs. Et pour ne pas être cassé comme député. 
Comme si tout cela n’était pas assez dégoûtant et répugnant, on a eu droit au fameux « femel lisien » d’une grande finesse qui émanait du non moins délicat Ravi Rutnah, prononcé lors d’un rassemblement du Muvman Liberater à Rose-Hill en présence de la ministre de l’Egalité du Genre, Fazila Daureeawoo. Si le leader de ce parti s’était fendu d’excuses publiques dans les médias le lendemain et que le Premier ministre, de New York où il se trouvait, avait également condamné ses propos insultants et dégradants en direction d’une femme journaliste, l’auteur du propos unanimement condamné a, jusqu’ici, refusé de faire amende honorable. Et ça porte le titre « d’honorable ».
Dans le même registre scandaleux, Mahmad Khodabaccus, le secrétaire général du PMSD. Probablement inspiré lui aussi par son leader qui n’a « aucun respect pour la Speaker », il s’est assigné une grande mission, celle de « défons Maya Hanoomanjee ». Ce propos violent, vulgaire et sexiste, a été tenu lors d’un congrès nocturne des bleus à Quatre-Bornes le mardi 31 octobre dans le cadre de la partielle du 17 décembre. Mahmad Khodabaccus est un « serial déconneur ». Lorsqu’il ne pose pas ses pieds sur la table du salon amiral de la capitale, il se propose aussi de « fer Serge Clair galoupe touni… »
On savait que le PMSD n’a historiquement jamais eu l’émancipation des femmes ou l’égalité des genres pour priorités et que la célébration du 8 mars, dont il se moquait allégrement dans les années 70/80/90, n’est devenue qu’une préoccupation très récente après la découverte tardive que les femmes aussi votent. Le ton avait été donné par le candidat bleu Dhanesh Maraye, expert en couchage et la meilleure façon de partager un lit, à deux ou à trois, mais dire que « nou pou defons toi kot to envi Maya » sous les ricanements approbateurs et enthousiastes de la basse-cour composée, entre autres, de Thierry Henry — celui qui avait, dans un premier temps, fait porter le chapeau de l’accident mortel de Bois-Marchand à son épouse, ce qui est le comble de la lâcheté et de la tromperie pour un homme de surcroît public — et, surtout de l’ancienne ministre des Droits de la Femme, Aurore Perraud, est tout simplement choquant.
Mahmad Khodabaccus out, Thierry Henry, lui, est toujours in ! L’un n’est que secrétaire général, le cousin est député et même s’il est Best Loser, une démission priverait les bleus d’un siège et peut-être même de leader de l’opposition. Les excuses et les sanctions dans le cas de Mahmad Khodabaccus, qui semblent emballer certaines ondes, sont venues lorsque l’indignation est devenue virale et que les effets, voire les dégâts sur la campagne électorale, ont commencé à se faire sentir. S’il n’y avait pas la partielle, le secrétaire général du PMSD aurait tranquillement continué avec ses pitreries habituelles.
Lorsque ce sont certains politiciens qui véhiculent eux-mêmes des propos violents sur les femmes, il ne faut pas s’étonner que cela ait un effet d’émulation et qu’elles soient quotidiennement victimes des pires traitements. Et il est à parier que ce sont ses mêmes vociférateurs publics aux propos scandaleux, brutaux, machistes et dégradants qui vont être les premiers à s’émouvoir de la violence faite aux femmes, un problème qui a pris une ampleur considérable ces derniers temps. De la violence du propos à celle du geste et de l’action, il n’y a souvent qu’un pas. Autant dire que la parole d’un homme public doit, en tout temps, être exemplaire.