Viré mam

On comprend de mieux en mieux le sens du slogan « Viré mam ». En suivant les délibérations de la commission du trio Lam Shang Leen/Lauthan/Domun, on voit bien qu’il y avait quelque chose de bien plus glaçant derrière tout cela. Ce sont surtout les billes, les billets qui viraient, de mains, de poches. On savait que Lalians Lepep était à la chasse, désespérée, de candidats, mais ce qu’on ignorait, c’est qu’il n’avait pas hésité à aller pêcher du côté de ceux qui fréquentent assidûment le milieu pénitentiaire. Non pas pour veiller au bon fonctionnement des prisons et du traitement adéquat de leurs pensionnaires et de ces accidentés de la vie qui s’y retrouvent, mais pour fricoter avec des trafiquants notoires. Ceux qui empoisonnent notre jeunesse et qui peuvent tout acheter avec leur fric tâché de poudre et de sang.
C’est impressionnant le nombre d’élus, de candidats battus, d’aspirants bénéficiaires de tickets électoraux, de politiquement casés tous apparentés au MSM qui défilent devant la commission d’enquête sur la drogue et dont les noms reviennent à chaque audition de témoins. On a entendu le témoignage de Sanjeev Teeluckdharry, édifiant, et pourtant, il s’accroche toujours à son poste de Deputy Speaker même s’il est empêché de l’occuper jusqu’aux vacances parlementaires qui commencent mercredi prochain. Aussi constante dans l’indignité et la provocation, sa collègue Roubina Jadoo-Jaunboccus qui est toujours PPS.
Raj Dayal qui doit enrager, lui qui avait été prié de rendre son tablier de ministre par SAJ le lendemain même où un enregistrement reproduisait sa demande de fonds pour acheter des « bal kuler ». On comprend aujourd’hui pourquoi Pravind Jugnauth s’était déclaré solidaire du ministre de l’Environnement déchu et pourquoi il fait tout pour maintenir à leurs postes les Teeluckdharry, Jadoo-Jaunboccus et autres Gulbul. Inutile de compter sur lui pour le plus petit sursaut. De moralité et de dignité. Certains diront qu’il est mal placé pour le faire, lui qui aura à affronter le Privy Council. Quelle galère !
Particulièrement éloquente et effrayante, cette information balancée par l’ex-juge Lam Shang Leen à l’effet qu’une belle brochette d’avocats, une demi-douzaine qui, quelques jours avant les élections de décembre 2014, s’est rendue à St-Pierre, dans la circonscription du leader, s’il vous plait, pour aller rencontrer un religieux en passant chez un trafiquant prendre unsac bourré de liasses pour les besoins de la campagne électorale.
Et que dire de ceux qui, d’une manière ou d’une autre, se sont retrouvés associés à ces escapades électorales de porteurs de toge? Tous bien récompensés pour leur soutien. On a parlé de Roshi et de Yash Bhadain, de Samad Goolamally ayant été de l’expédition saint-pierroise préélectorale et ce dernier qui avait inopinément débarqué — en même temps que l’avouée personnelle de Pravind Jugnauth, Sharmila Oree — comme conseiller légal d’Air Mauritius lors de la réunion du comité disciplinaire sur Mike Seetaramadoo en lieu et place de Mes André Robert et Désiré Basset. De Mahmad Bocus qui a été nommé à la présidence de l’ICTA. Personne du clan qui accompagnait Raouf Gulbul n’a été ignoré. Tous casés d’une manière ou d’une autre. On est ici devant un vrai réseau. Des liens forts. Et il n’y a pas lieu d’attendre le rapport qui viendra quand il viendra pour rassurer le pays, pour lui indiquer que c’est la droiture et la probité qui priment. Mais il ne faut pas rêver.
Le PMSD qui, un moment, a lui aussi revendiqué la paternité du « Viré mam » semble vouloir voler au même niveau que ses anciens partenaires de Lalians Lepep. Il a fallu qu’on enlève le nom de « papi » — ce père qu’il reniait parce qu’il avait, selon un de ses plus proches collaborateurs, des « moeurs incertaines » — sur l’aéroport de Plaine-Corail pour que Xavier Duval découvre ou redécouvre Rodrigues. On ne s’improvise pas homme d’État en adoptant de telles postures mesquines qui relèvent plus de la défense des intérêts du cartel familial que de la poursuite désintéressée du bien commun.
Que les administrateurs locaux à Port-Mathurin aient pu subir des pressions, dans le temps, des tenants du pouvoir à Port-Louis pour que le très joli nom couleur locale de Plaine-Corail soit biffé au profit de Sir Gaëtan Duval, c’est condamnable parce que c’était un geste enfreignant l’esprit de l’autonomie, Duval ayant été d’un soutien certain à un moment donne pour Rodrigues, mais d’une approche franchement néocoloniale qui a laissé des traces sur toute une génération de R odriguais.
L’usage fait des terres de l’Etat, de l’île aux Cocos, largement débattu dans le temps à l’Assemblée nationale n’était pas sans rappeler ces écuries d’Augias qui avaient pollué les municipalités révoquées par SSR. C’est d’ailleurs avec ce même esprit que le PMSD avait abordé la campagne municipale de 2012, symbolisée par son porte-drapeau urbain d’alors Michael Sik Yuen, lequel avait décrété que les municipalités qui votent contre le gouvernement ne devraient rien attendre du pouvoir central. Cela l’avait conduit devant l’Equal Opportunities Commission et l’on se rappelle la triste épisode du jeu de cache-cache qui s’en est suivi.
Oui, on peut critiquer certains aspects de la gestion de Rodrigues par l’Assemblée locale, mais on ne peut pas tenir des propos offensants qui heurtent la dignité des Rodriguais. On ne doit surtout pas attendre de ne plus être au gouvernement après s’y être confortablement vautré de 2005 à 2016 pour découvrir subitement stagnation économique, inadéquation des infrastructures et désespoir des jeunes. On est en 2017, pas en 1917, le respect de l’identité des Rodriguais n’est pas un cadeau et encore moins un geste de condescendance contraint. C’est une exigence de la démocratie. C’est aussi simple que ça.