Vivement le Macron mauricien !

Et l'on se prend à rêver… Que rapidement nous ayons, pourquoi pas, nous aussi notre printemps mauricien qui verra l'émergence d'un… Macron mauricien. Du sang neuf qui injecterait enfin un souffle nouveau à notre paysage politique local tellement gangrené par des régimes successifs puant la corruption, le népotisme et le copinage à plein nez ! L'élection d'Emmanuel Macron, à la présidentielle française, donne en effet de quoi réfléchir sérieusement sur la nécessité impérative d'une nouvelle relève politique locale. Ils sont de plus en plus nombreux ces Mauriciens qui déchantent et qui aspirent, en toute légitimité, à un lendemain nouveau.
Jour après jour, avec une Alliance Lepep qui perd ses plumes quasi régulièrement, à grand renfort de scandales de copinage, ceux qui prônaient avec une ferveur presque virginale l'avènement d'un gouvernement neuf fin 2014 se retrouvent à prier que ce qu'il reste de cette plateforme censée servir le peuple s'en aille dans les plus brefs délais ! Les successifs scandales de copinages, allant de Kailash Trilochun à Youshreen Choomka en passant par Vijaya Samputh et Gérard Sanspeur ont provoqué non pas le ras-le-bol du Mauricien lambda, mais carrément son dégoût.
Révolte, colère, dépit, répulsion, antipathie, écœurement et même aversion : ce sont les émotions qui animent, un peu plus chaque jour, une large frange de la population mauricienne dès qu'un nouveau scandale pointe le bout de son nez. Il y a de quoi avoir honte sur le continent africain alors que, jusque-là, on s'en tirait plutôt à bon compte…
Le fameux “deal papa-piti”, pour reprendre la formule sacrée de l'opposition; les salaires astronomiques des « petits copains et copines » – quand ce ne sont pas les filles, les fils, les cousins, les neveux et les nièces – qui se remplissent les poches, et j'en passe ! Les exemples de mauvaise gestion, on ne peut plus les compter. Comme si toute la propagande autour de l'immense campagne de « nettoyage » — le ministre “mentor” actuel, ancien PM, avait même évoqué un « lavage à coups de karcher » –, pour imager le projet, s'était illustrée par un méga « nettoyage » (dans le sens créole du terme, soit tout rafler !) des deniers publics !
Quand on réalise que Maurice en était arrivée à un point où on pouvait se permettre de faire la leçon en matière de corruption, de trafic d'influences et autres travers peu reluisants pour une nation en pleine expansion… En un tournemain, notamment par le biais du triste scandale Sobrinho, il aura suffi de deux ans et cinq mois pour reléguer Maurice au rang des États les plus vulnérables de cette partie du globe. Et trois fois hélas encore, le peuple mauricien semble maudit car à quelle alternative décente pouvons-nous décemment aspirer ? Un Parti travailliste encore affaibli par les frasques de l'ancien PM ? Peu probable ! Le MMM, lui, tente, avec beaucoup de difficultés, à renaître de ses cendres. Certes, tel de Phoenix, Bérenger peut toujours prétendre à ce postulat. Mais que reste-il du parti emblématique qui a nourri les passions et les idéaux de plusieurs générations de Mauriciens qui souhaitaient un jour meilleur pour leur patrie ? Des miettes ! Tant chez les rouges que chez les mauves donc, un virulent manque d'idées, de visions et de projets affaiblit sensiblement  la donne.
Restent les bleus, qui seront en congrès ce dimanche et qui, par le biais de quelques “move” bien réfléchis et sentis, menés par un Xavier-Luc Duval se présentant comme très fédérateur, parviennent à gagner de plus en plus de cœurs. Malgré le fait que le leader de l'opposition ait fait partie des deux précédents régimes... Et malgré le fait que son parti aussi, comme les autres, n'offre pas, dans l'immédiat, de réel projet social, souffrant tout autant d'un manque d'intelligentsia que de personnalités bien trempées. Sauf que le PMSD de Duval Jr pourrait finir par damer le pion à plus d'uns et émerger en parti majeur auxquels les autres voudront se joindre… Renversant de ce fait la vapeur !
Au-delà de tout cela cependant, on se prend toujours à rêver et à attendre que les Mauriciens descendent enfin un peu dans les rues. Est-ce que, par exemple, le drame indicible des victimes du SCBG n'est pas assez poignant ? Est-ce que l'initiative d'un groupe de ces Mauriciens, qui ont vu leurs économies fondre comme neige au soleil dans une vendetta politique, d'entamer une grève de la faim ne révolte pas ?
Que faut-il donc aux Mauriciens pour enfin se sentir concernés ? Pour qu'ils délaissent leurs petits cocons bien douillets pour braver les autorités et réclamer un peu de justice, que diantre ! Peut-être, au bout du compte, qu'il ne faut plus rêver mais concrétiser ce songe et trouver enfin le Macron mauricien qui engendrera ce renouveau…