Vox populi…

Une belle page de démocratie a été écrite durant ces deux dernières semaines dans les annales de l’histoire politique de Maurice. Plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont rendues aux urnes durant ces deux dernières semaines pour élire leurs représentants tant au niveau des villages que des villes. Les deux exercices se sont déroulés dans le calme à l’exception de quelques incidents isolés et d’allégations de “bribery” électorales. L’heure est maintenant au bilan et à l’analyse. Sur la base des résultats officiels, l’Alliance MMM/MSM qui a obtenu le contrôle de trois des cinq municipalités dont la capitale, sur le fil dans certains cas ou avec une déconcertante facilité à Beau-Bassin/Rose-Hill, peut légitimement revendiquer la victoire à ces élections. Prenant en compte les résultats dans les autres villes et en particulier à Quatre-Bornes et dans une certaine mesure à Vacoas/Phœnix, on peut honnêtement affirmer que l’Alliance gouvernementale a laissé des plumes dans ces élections, même si le Premier ministre et les autres dirigeants de l’alliance gouvernementale se sont évertués à démontrer le contraire hier. Certes, il s’agira maintenant d’analyser arrondissement après arrondissement, quartier par quartier, mais force est de reconnaître que les 44 % de l’électorat des villes qui se sont rendus aux urnes ont envoyé un message fort aussi bien au gouvernement qu’à l’opposition. Il leur reviendra maintenant de le décrypter et de tirer les leçons qui s’imposent pour l’avenir du pays. Il leur reviendra surtout de voir dans quelle mesure la loi Aimée sur les Administrations régionales a été performante. Si elle a permis pour la première fois à 33 femmes de faire leur entrée dans les cinq conseils municipaux, il s’agit de voir si elle permet aussi à toutes les sensibilités de la population de s’y faire représenter. La possibilité pour les électeurs de pick and choose parmi les trois candidats présentés par chaque parti dans chaque arrondissement est-elle une bonne chose ? La question reste posée.
En choisissant le changement dans trois villes, les électeurs ont manifesté indéniablement leur ras-le-bol par rapport à l’administration urbaine. Que ce soit à Port-Louis, à Curepipe, à Rose-Hill ou à Quatre-Bornes, la nécessité d’un vrai plan de réaménagement s’est jusqu’ici fait durement sentir. Comme l’a démontré l’opposition durant la campagne électorale, chaque ville dispose d’un symbole symbolisant la mauvaise administration, le laissez-aller ou l’incompétence. Le théâtre de Port-Louis et son entourage immédiat est devenu un eyesore dans le voisinage de l’hôtel du gouvernement, le théâtre du Plaza est devenu une honte nationale et internationale alors que le forum de Curepipe symbolise le décalage de cette ville par rapport à sa devise de ville lumière d’antan.
Le message le plus important durant ces élections municipales est sans doute venu de ceux qui ont refusé de se rendre aux urnes pour manifester leur dégoût face à la classe politique actuelle, et à entendre les commentaires des dirigeants de l’Alliance gouvernementale, il est clair qu’elle en est la première victime. « Nos partisans ont refusé de sortir », a soutenu Nita Deerpalsing après la proclamation des résultats dans un arrondissement de Quatre-Bornes. Il revient aux dirigeants du Parti travailliste de faire leur autocritique, et de passer en revue leur pratique du pouvoir que ce soit en termes de nominations, de relations avec les fonctionnaires et les syndicats ou en termes de scandales dénoncés par l’opposition. Il est dommage que les bulletins blancs ne soient pas comptés, cela aurait permis de mesurer avec plus de précision l’expression de la colère de la population. À Curepipe, au lieu de s’en prendre au MMSD comme diviseur de votes, les dirigeants du MMM auraient dû plutôt se demander pourquoi les Curepipiens ont été si nombreux à voter en faveur de cette mouvance, ce qui aurait été plus productif.
En tout cas, la campagne électorale a permis aux dirigeants politiques, aussi bien au pouvoir que dans l’opposition, de descendre dans les coins les plus reculés des cinq villes du pays. Ils ont pu voir en direct les conditions dans lesquelles vivent les citadins dans les quartiers et dans les cités. Il leur revient maintenant de faire remonter ces problèmes au niveau des municipalités et au niveau du gouvernement central. Maintenant que les élections régionales sont terminées, il importe que les élus de tous les bords politiques ne cèdent pas à la démagogie, il leur faut se concentrer sur les vraies valeurs et tomber d’accord sur des thèmes transversaux susceptibles de donner un nouveau souffle à nos villes dans l’intérêt du pays. C’est le message que les électeurs ont voulu envoyer durant ces élections.