Opinions

La vie politique mauricienne est riche en rebondissements et surprises. Alors que pas plus tard que samedi le Remake, d’une part, et le Parti travailliste, de l’autre, évoquaient avec enthousiasme et énergie la mobilisation prévue pour le ler-Mai, nul n’aurait pu imaginer, ne serait-ce qu’un seul instant, que le vent allait subitement tourner pour secouer suffisamment le Remake et ainsi mettre en cause son avenir.

Affreuse, macabre, c’est l’histoire de cadavres qui sont exfi ltrés d’une maison de retraite ou d’une morgue publique pour se retrouver au SSR Medical College. Organisme dont il faut rappeler qu’il est cher à notre Premier ministre qui avait procédé à l’inauguration de l’établissement en grande pompe en septembre 1999, un fait qui apparemment a complètement échappé à quelques grands donneurs de leçons sur certaines ondes alors qu’ils gagneraient à commencer par se renseigner et faire un petit peu leur homework avant de s’ériger en grand censeur ou en pourfendeur des faits et gestes d’autrui. Ceux-là se signalent surtout par leur aigreur, très ancienne, ancrée, devenue probablement pathologique et leur frustration, de tous ordres et de tous les registres. Cela ne devrait pas nous détourner du vrai débat, celui du sort réservé à des cadavres dont on dispose comme de la marchandise que l’on écoule et qu’on négocie comme tout autre produit ordinaire.

Depuis la nuit des temps, l’homme respecte la mort et place le cadavre de celui qui s’en est allé — ou qui a été appelé à entrer dans un autre cycle, une autre forme de vie — dans une sépulture où ses proches peuvent aller le pleurer et se recueillir. Le respect du mort est un concept pratiqué sur l’ensemble de la planète. A Maurice, il semblerait que ce concept ne soit plus respecté. Non seulement on « offre » des cadavres des pensionnaires d’hospices pour vieux à des écoles de médecine pour des exercices pratiques, mais on assiste, depuis quelque temps, à une épidémie de profanation de sépultures. Pas celle des tombes simples surmontées d’une petite croix, mais les grands caveaux richement ornés. Les profanateurs auraient-ils une conscience de classe ?

Les débats autour du White Paper (ou Consultation Paper comme véritablement indiqué sur la couverture du document) du Premier ministre sur la réforme électorale ont à peine commencé que déjà, avec une suffi sance intellectuelle dont ils semblent détenir la marque déposée, certains milieux s’agacent que tout un chacun voudrait s’ériger en expert dans le domaine. Des insultes comme “ti vermine” ou encore “ignorants” ont été lancées contre des empêcheurs de danser en rond sous prétexte qu’ils sont incapables de comprendre les formules mathématiques de Rama Sithanen en faveur de la Représentation proportionnelle (PR).

Le trafic de cadavres allégué impliquant un hospice pour personnes âgées et une école de médecine continue à dominer l’actualité. Est-ce que le simple fait qu’il s’agit d’« unclaimed bodies », livrés à des fins d’études pour la formation des étudiants en médecine, justifie de telles pratiques ? Est-ce qu’un corps humain inerte perd son identité, ou plus précisément toutes ses identités, et sa dignité, dès lors qu’il n’est plus reconnu par un membre de sa famille ?

Les regards de tous les démocrates du monde sont tournés depuis le début de la semaine vers la Grande Péninsule où quelque 815 millions d'électeurs sont appelés aux urnes jusqu'au 12 mai prochain.

120 millions de roupies au loto cette semaine après la mythique cagnotte de Rs 100 millions de la semaine dernière, cela fait rêver l’ensemble de la population mauricienne. Les turfi stes aussi sans doute. Mais cette manne n’a en fait que très peu d’infl uence sur leurs habitudes car il semble qu’ils aient maintenu leur budget hebdomadaire dans le jeu aux courses. Une rapide analyse comparative des journées de la Duchesse de 2013 et 2014 au tote montre des éléments intéressants dans la mesure que, toute chose étant égale, les niveaux des enjeux au win tournent en moyenne autour de Rs 2, 3 millions par épreuve et les exotic bets sans l’effet carry forward autour de Rs 5,5 millions par journée. Ce chiffre est pratiquement identique d’une année à l’autre.

Depuis que l’affaire a été révélée au jour via les colonnes du Mauricien en fin de semaine dernière, et repris depuis par d’autres médias, ce qu’il convient d’appeler désormais le « trafic de cadavres » à des fins médicales et scientifiques n’en finit pas de défrayer la chronique, et à juste titre d’ailleurs.

De tous les trafics et scandales mis au jour par les autorités policières – et Dieu sait s’il y en a eu ces derniers mois –, celui qu’on présente comme le « trafic de cadavres » est, de loin, l'un des plus choquants. Nous faisons confiance à la police pour mener l’enquête jusqu’au bout, et éclairer le public sur ce qui passe ainsi que sur les lois qui ont été enfreintes.

Très intéressante l’évolution du débat sur les propositions de réforme électorale de Navin Ramgoolam. Mine de rien, on avance. Lentement mais sûrement. Il y a le mode de désignation des nouveaux entrants au Parlement, leur nombre, le seuil d’éligibilité à la proportionnelle, la manière de comptabiliser les votes et autres menus détails qui sont âprement discutés en ce moment. C’est bien. Entre le PTr et le Remake — on ne peut plus maintenant parler du seul MMM puisque son partenaire le MSM est également partant pour des contre-propositions communes —, la discussion progresse et la plupart des partis représentés à l’Assemblée n ationale, à l’exception notable du PMSD, ont déjà exprimé leur opinion et leur position.

Posons d’emblée les positions: j’ai fait partie, en 2010, de ces citoyens qui, répondant à l’appel de Rezistans ek Alternativ, ont choisi de poser leur candidature aux élections législatives en refusant de décliner leur appartenance communale. Ce qui invalidait d’office nos candidatures, et nous a amenés à entrer des actions devant la Cour Suprême puis le Privy Council et les Nations Unies. C’est dire si cette colonne, aujourd’hui, ne prétend pas à une quelconque “objectivité”, si tant est que cela existe, mais entend partager une réflexion sur ce qui a finalement découlé de cette action, à savoir le White Paper sur la réforme électorale que vient de présenter Navin Ramgoolam.

Les accusations provisoires et l’arrestation effective de l’avocat Roshi Badhain avaient fait la une des médias. Par contre, la décision de la Cour de Rose-Hill de rayer toutes les charges provisoires de la police contre l’avocat semble avoir échappé à l’attention.

Deux semaines après sa présentation par le chef du gouvernement, Navin Ramgoolam, les propositions gouvernementales sur la réforme électorale continuent de susciter un débat tous azimuts, tantôt consensuel, tantôt controversable, tantôt même extravagant.

Le président Gilbert Merven qui a assisté le week-end dernier à la Dubai World Cup a pu mesurer à combien d’années-lumière les courses mauriciennes se situent aujourd’hui de la crème hippique mondiale et le chemin qu’il reste à parcourir pour permettre un jour aux courses locales d’accéder ne serait-ce qu’à la porte d’entrée d’un tel niveau de compétition. Bien sûr, les moyens fi nanciers des émirats et les nôtres n’ont rien de comparable, mais des nations hippiques qui étaient à un moment de leur histoire semblables aux nôtres comme Singapour, et surtout Hong Kong jouent aujourd’hui dans la cour des grands, et sont citées en exemple dans le monde entier.

Le judiciaire s’est distingué, prouvant, une fois encore, sa justesse. C’était vendredi dernier, 28 mars, dans le procès intenté aux trois accusés du meurtre, commis en novembre 2009, de Marie Ange Milazar. 40 ans d’emprisonnement : une sentence qui peut-être jugée dure par certains. Mais qui, pour ceux qui connaissent les tenants et aboutissants de cette macabre affaire, sonne presque comme un “cadeau” à ceux qui ont perpétré ce terrible crime !

Ce n’est pas parce que le slogan de François Hollande à la présidentielle 2012 a été dévoyé et vidé de sa substance et qu’il est devenu l’objet de tous les sarcasmes qu’il ne faut pas qu’il nous inspire. Et il s’applique parfaitement au projet de réforme électorale qu’a présenté le Premier ministre lundi soir et qui a obtenu un consensus assez large au sein des partis et formations qui animent le débat sur cette question depuis des lustres. Le changement, c’est maintenant. Et on peut même ajouter “ou jamais”.

On le savait, mais il faut le répéter : il est sacrément fort dans la communication Navin Ramgoolam. Avec son White Paper, qui est une synthèse de tout ce qu’on propose sur la réforme électorale depuis des années, il est parvenu à provoquer presque un consensus. Paul Bérenger, dont on connaît la faiblesse pour une réforme électorale, a qualifié le papier de Ramgoolam de “grand pas en avant”. Pravind Jugnauth, qui ne pouvait faire cavalier seul contre son grand frère retrouvé dans le cadre du remake, a été obligé de parler de “pas en avant”. Il l’a sans doute dit du bout des lèvres, mais il l’a dit. Comme d’habitude, les ténors travaillistes — qui ont appris la teneur du White Paper à la télévision, comme tout le monde — ont applaudi des deux mains. Ils le font systématiquement pour tout ce que dit leur leader. C’est sûrement une clause secrète à respecter si on veut obtenir un ticket rouge aux prochaines élections. Même la gauche de la gauche, de qui on attendait plus de résistance et des propositions d’alternative, s’est dit esatisfaite du White Paper. Il y aurait eu consensus — mou mais consensus quand même — sans le porte-parole du PMSD — partenaire de Navin Ramgoolam tenu a l’écart de la rédaction du White Paper, et sans Yousouf Mohamed, l’un des derniers Mauriciens à militer pour le maintien du Best Loser System (BLS). Donc, il faut le reconnaître, Ramgoolam a réussi son coup, mais il faut aller plus loin que l’exercice de com.

Aucun des 11 Mauriciens qui ont péri dans le “flash-flood” du 30 mars 2013 ne méritait de mourir. Pourtant, et pour des raisons diverses, allant de la catastrophe naturelle au cruel manque de vision, en passant par l'incompétence, la négligence, l'imprudence et les autres irresponsabilités, des uns et des autres, de l'état comme de ces compagnies privées concernées, ces 11 personnes ne sont plus.

Il existe des moments dans la vie d'un pays où l'histoire semble s'emballer et prendre de la vitesse pour laisser apparaître une opportunité rare, une « window of opportunity » qui, si elle est comprise et saisie à temps, peut marquer l'histoire et transformer la vie des générations à venir. Alors qu'on désespérait de voir arriver la réforme électorale, la publication du “consultation paper”, même tardive, par le Premier ministre Navin Ramgoolam, lundi, a fait naître un espoir nouveau dans le pays. Espoir entretenu par l'accueil positif, malgré certaines réserves manifestées par les principaux partis de l'opposition. Nous pouvons par conséquent dire que nous vivons actuellement le temps de la réforme.