Opinions

Une incroyable pagaille, un imbroglio insondable qui plonge davantage dans la confusion et le doute à mesure que passent les jours. Ainsi pourrait se résumer le sentiment du moment face à l’inédit scandale politico-économique qui secoue Maurice depuis maintenant deux semaines. Si le gouvernement s’est voulu catégorique en annonçant la fermeture de la Bramer Bank et du conglomérat BAI, les répercussions et les informations auxquelles nous sommes confrontés depuis ne cessent d’amener des interrogations face aux données réelles de cette affaire et au bien-fondé de la décision de faire ainsi tomber le couperet sur l’un des plus importants groupes financiers du pays.

Pravind Jugnauth a tenu une conférence de presse hier. On aurait pensé qu’il avait réuni la presse pour faire savoir aux Mauriciens ce qu’il adviendrait de la nouvelle carte d’identité ou si les prix d’internet baisseraient et sa vitesse augmenterait. Mais non, la conférence de presse avait été organisée pour faire un bilan des activités du nouveau gouvernement. Après seulement quatre mois.

Les différents scandales politico-financiers mis à jour ces derniers temps ont eu pour effet de reléguer l’actualité hippique au second plan. Cela a permis au nouveau président, Jeenarain Soobagrah de bien se mettre en selle et d’avoir une vision beaucoup plus élargie de la tâche qui l’attend. Sa volonté affichée de redresser la barre fait sans doute son petit bonhomme de chemin et la prise de conscience est pour le moins palpable.

Au vu de ces faramineuses sommes d’argent à donner le vertige, bien rangées en liasses, roupies, dollars et euros se bousculant et s’échappant un peu partout des coffre-forts des uns et des autres, venir y glisser un tout petit billet paraît une offrande si  dérisoire que j’ai bien failli simplement le ranger.

Il y avait les “poupet doukia”. Il y a maintenant les poupettes décorées. Mahen Gowressoo, qui a viré sa cuti dans l’espoir d’obtenir une investiture aux dernières élections mais qui a finalement dû se contenter d’une décoration de Grand Officer of The Star and Key of The Indian Ocean (GOSK) du 12 mars, défile aux Casernes centrales en ce moment. Il y est entendu dans le cadre de l’enquête sur le contrat Betamax. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ancien ministre de Navin Ramgoolam, avec qui il partage la passion pour la danse du séga, continue ce qu’il sait faire de mieux, c’est-à-dire amuser la galerie.

Nul ne peut dire que les jours se suivent et se ressemblent. Mais les gros titres, qui mettent au jour des faits pas toujours divers et autre méga scandales, révèlent de véritables et terribles drames humains. Arrêtons-nous sur quelques cas qui ne peuvent que susciter des sentiments de révolte, de tristesse, de colère et d’amertume, et le souhait que l’on puisse enfin dire « plus jamais ça » !

La saison 2015 prend avec une certaine appréhension son envol vu qu’il est lourdement handicapé par un rapport d’une commission d’enquête qui a révélé tous les travers du monde hippique. Bon gré, mal gré, les dirigeants du Mauritius Turf Club font bonne figure et multiplient les initiatives pour montrer une volonté certaine de changer de cap.

Nombre de fois, j’ai cru devoir attirer l’attention de nos nouveaux décideurs politiques, en voyant le rythme effréné et surtout la manière musclée qu’ils semblent tous y mettre pour le «grand nettoyage» en cours dans le pays. Tirant trop souvent dans le tas, faisant fi – ou se foutant carrément! – de l’image, ouvertement revancharde, que peuvent leur renvoyer certaines de leurs démarches, jugées tout aussi intempestives que superflues, ils remettent ça de plus belle. Foncer tête baissée, on le sait, n’est jamais tout à fait la meilleure stratégie, hors, évidemment, de ces duels épiques, d’un autre âge, entre kamikazes consentants. Et si, à Maurice, on était loin, très loin même de certaines pratiques propres à certains régimes d’un autre temps, sans le savoir, des fois on s’y rapproche…

À la fin du siècle dernier, l’île Maurice pouvait se targuer – ou regretter ! – d’avoir un commissaire de police qui aimait les séries policières américaines. Il fi t repeindre les murs centenaires des Casernes centrales en bleu foncé, habilla les policiers d’un uniforme qui ressemblait – de très loin – à ceux de la série télévisée Miami Vice et fi t monter plusieurs années de suite un spectacle au titre tout à fait évocateur : Flics en délire. Au début de ce nouveau siècle, la petite île Maurice a un nouveau produit original comique à offrir au monde : des ministres enquêteurs. Ils étaient un trio d’avocats qui avaient décidé que la meilleure manière de faire avancer certains dossiers était de les prendre en main. Tout comme un ancien ministre de la Justice pensait qu’il pouvait prendre la justice dans son poing, les titulaires des portefeuilles de la Technologie, de la Bonne gouvernance et de la Justice ont décidé de mettre la main à la pâte. Trouvant que les dossiers concernant les allégations de fraude et de corruption à l’aéroport n’étaient pas traités avec assez de rapidité, ils décidèrent de mener l’enquête. Avec l’aide d’un indic – sur qui pèse de très lourds soupçons de corruption à plusieurs niveaux –, ils ont invité deux étrangers soupçonnés de corruption à la boutique hors-taxes de l’aéroport. La rencontre, qui fut plus tard présentée comme un interrogatoire, n’apporta rien de nouveau au dossier. Sinon un affi davit des deux interrogés affi rmant qu’ils avaient enregistré les propositions qui leur avaient été faites et qu’ils se réservaient le droit de les diffuser par la suite.

A peine la saison 2015 commencée que Cédric Ségeon, jockey de l'entraineur Patrick Merven, s'est fait prendre dans les filets des Commissaires des Courses. Six semaines de suspensions, couplé d'une amende de Rs 150,000 pour sa monte scandaleuse sur Triad of Fortune.

Un Premier ministre qui convoque la presse pour parler de “Pyramid Ponzi Scheme” de Rs 25 milliards le vendredi 3 avril et justifi er ainsi la révocation de la licence bancaire de la Bramer Banking Corporation Limited, un ministre des Finances qui lui fait écho quelques heures plus tard. Puis, d’autres sons de cloche. Les “conservators”, ceux qui sont au plus près du dossier, qui refusent d’utiliser ce terme, chargé de négatif et de rejet après les épisodes Whitedot et Sunkai de triste mémoire.

La fièvre dengue qui frappe la banlieue de Port Louis et les alentours du Champ de Mars avait  contraint les autorités à revoir la programmation de la première journée — dont la tenue fut même un instant menacée — en étalant les déroulements des épreuves aux heures inhabituelles de 11h 30 à 15 h30 suite à une collaboration «intelligente et responsable» entre la GRA et le MTC.  Accord que le ministère de la Santé n’a, semble t-il, pas beaucoup apprécié après sa demande d’annulation avortée car il s’est arrogé le droit abusif de convoquer le General Manager du MTC pour des explications.

L’adage qui veut que le pouvoir monte à la tête de ceux qui occupent un fauteuil ministériel serait-il vrai ? Les déclarations faites par le ministre Anil Gayan cette semaine inciteraient à répondre par l’affirmative. Et il ne s’agit pas de déclarations mal enregistrées lors d’un meeting, mal interprétées lors d’une conférence de presse, mais de réponses parlementaires et de discours ministériels tenus au Parlement et dont on peut lire le contenu dans le Hansard.

C’est l’histoire d’un lapin qui voudrait ressusciter. Non, non, cela n’est pas exclusivement réservé aux dieux et à leurs fils. Du moins c’est ce qu’il croit, notre lapin. Faut dire qu’il se sent tellement, tellement ridicule, assis dans un panier tressé où on l’a entouré d’oeufs multicolores, qu’il se jetterait bien du haut de son étagère.

Du bon et du moins bon. Comme dans tous les budgets d’ailleurs. Les ministres peuvent changer mais le scénario, lui, reste le même. Tout le monde, ministres, députés, secteur privé, cabinet d’experts comptables et syndicalistes, applaudit sur le champ, crie pratiquement au chef-d’œuvre, hurle de joie et de bonheur pour, quelques jours plus tard, changer de registre et nuancer ses propos après une lecture plus attentive des faits et des chiffres et de tous les devils that are in the details.

De par la forte personnalité qu’il dégageait, Sir Harilal Vaghjee aura été celui qui, sans doute, a le plus marqué l’histoire du Speakership de l’Assemblée législative, du moins tel qu’on l’aura connue, avant et après l’indépendance, deux décennies durant. Fin intellectuel, maîtrisant parfaitement et la langue de Molière et celle de Shakespeare, il avait la répartie facile et exerçait, du haut de son perchoir, avec extrême finesse, une bien réelle et ferme autorité. Respecté de tous et surtout reconnu pour son sens inné d’indépendance – il ne se faisait d’ailleurs pas prier pour s’en réclamer ouvertement – n’étant, justement, pas un élu du peuple… Pardon pour ce petit lapsus impardonnable: du pep !

“Nu dimoune”. On croyait ne plus entendre cette expression depuis que Navin Ramgoolam l’avait utilisée en septembre 2007 pour justifier le bail accordé à son  agent politique Jayraj Woochit à l’îlot Gabriel. On se souvient que le Premier ministre d’alors avait profité d’une plate-forme socio-culturelle, les 100 ans de l’Union Park Hindu Samelan Sabha et en présence du président de la République, Sir Anerood Jugnauth pour dénoncer violemment en les traitant de “racistes” ceux qui s’élevaient contre ce cas de passe-droit et de favoritisme flagrant. Il avait, en effet, déploré que “pa kapav ki sak fwa nou bann dimounn gayn kitsoz, kouma dir pa gayn drwa!”

La population, et plus particulièrement les clients de la Bramer Bank et de la BAI Co (Mauritius), a découvert avec effroi la face cachée d’un conglomérat dont l’image d’excellence était savamment entretenue.

À quel saint se vouer ? Où placer ses sous durement gagnés — fruit du labeur de toute une vie ou de toute une carrière pour la plupart d’entre nous — afin de ne pas les voir s’évanouir un beau matin avant même d’avoir eu le temps d’en jouir ne serait-ce que d’un dixième ? Comment et où épargner intelligemment pour que l’on ne se retrouve pas victime d’un énième « Ponzi scheme » ?