Opinions

«Je ne suis qu’un nègre rouge qui aime la mer / J’ai reçu une solide éducation coloniale / J’ai du hollandais en moi, du nègre, et de l’anglais / Et soit je ne suis personne, soit je suis une nation».
Ainsi écrivait Derek Walcott, prix Nobel de Littérature en 1992, mort le 17 mars dernier à l’âge de 87 ans. Parfois, les poètes disent mieux que tout discours ce que nous sommes. Nos origines diverses, mêlées. Et ce que nous pouvons aspirer à être, en tant qu’individus mais aussi dans notre construction commune.

Revoilà la saison des courses après une interruption qui a paru beaucoup plus courte que d'habitue. En effet, l'intersaison 2016-17 a été particulièrement animée avec les tractations pour le remplacement annuel de deux administrateurs du Mauritius Turf Club (MTC). En tout, ces élections-là ont envoyé un message on ne peut plus clair de la part d'une grande majorité de membres qui ont signifié un rejet clair et net d'une politique d'un passé peu glorieux et de toute ingérence de la Gambling Regulatory Authority (GRA) dans les affaires internes de l'organisateur des courses et du MTC.

La première retraite organisée à Maurice cette semaine, réunissant des dirigeants politiques, des capitaines du secteur privé et des universitaires d'une vingtaine de pays africains, dans le cadre de la Plateforme économique africaine par la Fondation de l'Union africaine peut être considérée comme un succès.

Certains disent qu'il suffit de peu pour délirer. Mais dans le cas d'Anil Gayan, faut croire que le problème est ailleurs !

Revenons sur cette campagne présidentielle  française, qui ressemble de plus en plus a ce qui se fait parfois dans les pays du tiers monde que l’on qualifie, un peu rapidement à Paris, de républiques bananières.

Commençons par le sommet. Est-ce bien avisé de la part d’une présidente fraîchement investie de s’impliquer dans une compagnie privée internationale, la Planet Earth Institute Ltd ? Prêter serment le 5 juin 2015 et accepter déjà d’être un gadget électoral lorsqu’on sait que les municipales se tenaient le 14 juin et devenir quelques jours plus tard, le 1 er juillet 2015, un des directeurs de la compagnie de Monsieur Sobrinho a de quoi susciter des interrogations. On doit maintenant penser que l’angolais était une connaissance antérieure à l’arrivée d’Ameenah Gurib-Fakim à la State House puisque la compagnie, sise au 49 Berkeley Square  4th Floor, London, a, elle-même, été enregistrée le 29 octobre 2010.

Si Logan récolte les hourras dans les salles où il est actuellement projeté, à Maurice comme ailleurs, d’ici quelques mois, il est très probable que ce sera au tour du Chairman de la Commission d’enquête sur la drogue, Paul Lam Shang Leen, de sortir ses griffes ! Elles ne seront pas en adamantium, à l’instar de celles de Wolverine, certes. Mais il y a fort à parier que la Commission frappera très fort, là où ça fait très mal. Car on imagine mal que l’ancien juge, autant que ses deux assesseurs, en l’occurrence l’ancien ministre et surtout inlassable activiste contre le trafic Sam Lauthan, et le Dr Ravin Dhomun, se laissent piéger ou cèdent à la pression. Qu’elle soit politique ou autre.

Les grands débats et polémiques sur des questions d’intérêt national et crucial pour l’avenir du pays comme la gouvernance dans le secteur financier et combat contre la drogue devaient connaître une brève pause en début de semaine. Le pays accueillera une cohorte de dirigeants politiques et capitaines d’industrie africains à l’occasion du lancement de la Plateforme économique africaine par la Fondation de l’Union africaine dans les prochains jours. C’est un honneur pour Maurice d’avoir été choisie par l’organisation panafricaine pour cette première réunion.

Il aurait fallu pour ce 12 mars que l’on parle de patriotisme, de ce qui nous unit un demi-siècle après l’indépendance, des progrès dans la construction de la nation mauricienne. Mais malheureusement, les méthodes utilisées par le gouvernement, les attaques de trois de ses principaux dirigeants contre la presse ces derniers jours ne le permettent pas.

Cela fait quarante ans cette année que nous célébrons la Journée Internationale des Droits de la Femme décrétée par les Nations unies. Quarante ans, des avancées importantes certes, mais depuis quelque temps le sentiment très net d’un recul, d’atteintes fortes à des droits que l’on aurait pu croire acquis. Développement effrayant d’une rape culture en Inde. Remise en question du droit à l’avortement en Europe. Usage officiel de sévices comme la flagellation dans des pays comme les Maldives près de nous. Et puis, violente aussi à sa manière, la légitimation, aux États-Unis, d’un langage que l’on n’aurait jamais cru entendre dans la bouche d’un aspirant-Président, qui se dévoile comme un “pussy grabber” et qui non seulement gets away with it, mais se fait élire à la Présidence, y compris par des femmes.

On a failli se méprendre sur l’identité de l’invité d’honneur aux célébrations de l’indépendance et de la République. On aurait pu penser qu’il s’agissait d’Alvaro Sobrinho alors que celui de rechange déniché à la dernière heure est le vice-président du Ghana, Mahamudu Buwamia, qui n’a que très récemment accédé à ce poste. Il y avait de quoi se tromper.

Pour sa première sortie médiatique depuis qu'il a été élu président, Mukesh Balgobin a cherché à prendre les taureaux par les cornes et, par la même occasion, a tenté de faire taire toutes les polémiques qui peuvent exister, qui sans doute existeront encore, autour du projet de commigling des paris à travers les opérateurs des totalisateurs. Hier dans une interview qu'il a accordée à notre confrère de L'express, le président du MTC a déclaré que le club de la rue Eugène Laurent ne vient pas faire jouer la concurrence à ce niveau, ne comptant pas non plus « opérer le Tote et ne gérera pas de serveur pour le commingling » des paris dans l'immédiat.

La célébration du 49e anniversaire de l’indépendance de Maurice est placée cette année sous le signe de l’Afrique avec la présence dans l’île du vice-président de la République du Ghana, Mahamudu Bawumia.

Il serait indécent de passer à côté de deux items qui ont sérieusement révolté plus d’un d’entre nous, en cette fin de semaine. Et cela, à la veille de la célébration, demain, 12 mars, des 49 ans d’indépendance de notre petit paradis. Les deux événements sont liés à l’affaire Sobrinho.

Quand donc serons-nous capables d’élaborer et mettre en œuvre une politique globale sur des dossiers d’envergure nationale? Le «cassage» de routes n’est qu’une expression, parmi bien d’autres, de ce qu’on pourrait appeler le syndrome mauricien du «bat-batisme»: pour toutes choses, on fait comme on peut, avec les moyens de bord et en s’improvisant des compétences.

La belle affaire. Il a parlé. Non pas pour nous dire enfin ce qu’il pense des propos méprisables de Virendra Ramdhun. Non, il ne dit rien parce que, si tout se passe comme prévu, il ira peut-être dormir dans la Guest House du grand rassembleur l’année prochaine. Le Premier ministre a, comme à son habitude, tout justifié. Tou korek. Planet Earth Institute et son bailleur de fonds plus que douteux qui s’associe au chef de l’Etat mauricien ? Foutaise. Lui, Pravind Jugnauth, dont on a longtemps su qu’il n’est ni un Justin Trudeau ni un Emmanuel Macron, mais quand même, il est prêt à prendre le fric des ONG et il n’est pas du tout intéressé à savoir d’où il vient. Rien de surprenant dans tout cela, ce n’est que la version retoquée de « moralité pa ranpli ventre ».

Comme pour toute chose, les mauvaises nouvelles éclipsent celles qui sont bonnes et qui mettent du baume au cœur. C’est par le biais des médias que les nouvelles parviennent dans les foyers mauriciens et d’autres sphères. Les femmes les plus médiatisées depuis ces dernières semaines sont des anonymes qui ont subi la violence des hommes. L’une d’elles, Christiana Chery, qui n’était pas une victime de violence domestique, a laissé sa vie. À chaque fois que la thématique du 8 mars est d’actualité, elle sert de tremplin pour faire ressurgir la condition des femmes, la violence ainsi que toutes les formes de discrimination et de pratiques préjudiciables à leur égard. Ce sera ainsi tant que nous n’aurons pas une société, voire une planète, où l’égalité des sexes sera une réalité. Faire en sorte que la femme soit respectée et reconnue pour ce qu’elle est et ce dont elle est capable est une affaire de tous, dont les politiques. S’il est dit que l’exemple doit venir d’en haut, les dirigeants du pays devraient être les premiers sur le front pour défendre la promotion, sincère, de l’égalité des sexes à tous les niveaux, dans le giron politique, ailleurs et aussi dans la fonction publique, les institutions étatiques afin de gommer les disparités encore existantes dans ces secteurs. Avec les récentes élections régionales à Rodrigues, la représentativité féminine dans les partis briguant la course au gouvernement était à nouveau sur le tapis.

C’est effarant : on dirait que les politiciens français, presque toutes tendances confondues, sont en train de faire un mauvais film de ce qui pourrait se passer dans n’importe quelle république bananière. Le feuilleton dans lequel sont engagées les politiques français et dont la télévision rend compte 24 heures sur 24 est sur le point de dépasser les outrances de la campagne électorale de Donald Trump. C’est dire ! N’en déplaise aux fans de François Fillon — il y en aurait pas mal à Maurice d’après le courrier que je reçois — en se reniant d’un discours à un autre, leur champion est en train de faire comme on fait à Maurice. Du grand n’importe quoi. Comment peut-il avoir annoncé qu’il se retirerait de la campagne présidentielle si jamais il était mis en examen pour refuser de le faire quand la situation se réalise ? Comment peut-on se dire champion de la probité alors que l’on accuse des juges de complot et d’assassinat politique sur la base d’une simple convocation ? Ses propos sont tellement outranciers que beaucoup de ses fidèles préfèrent quitter le bateau qui va droit sur l’iceberg.

La tournure dramatique prise ces derniers jours par ce qui est actuellement connu comme l’affaire Alvaro Sobrinho a créé un sentiment de désenchantement chez beaucoup de Mauriciens. Le plus grave est qu’elle entraîne une institution aussi respectée que la présidence de la République dans un tourbillon susceptible d’affecter son image et, par extension, celle du pays.