Opinions

Le tapis rouge sera déroulé aujourd’hui au Rashtrapati Bhawan, la résidence présidentielle, pour accueillir le Premier ministre, Pravind Jugnauth, qui sera reçu par le président Pranab Mukherjee. Cette solennité est à la mesure de la qualité des relations existantes entre Maurice et l’Inde qui dépassent les partis au pouvoir dans les deux pays mais également à l’importance qu’accorde l’État indien à cette première visite officielle de Pravind Jugnauth. La presse indienne suit d’ailleurs avec intérêt cette visite et en parle depuis quelque temps déjà.

Une nouvelle contradiction entre les Rules of Racing et les Directions For Security du Mauritius Turf Club, mise en évidence par l’homme de loi Yahia Nazroo, qui a alerté les autorités, le MTC et la GRA, a créé une nouvelle crise en fin de semaine dernière, à tel point que la tenue de la journée de samedi dernier a été encore une fois menacée.

Un pays peut-il prétendre exister de façon juste, et progresser, sans pérennité de l’Etat ? C’est aussi la question cruciale que pose, ces jours-ci, la grève de la faim des supposés bénéficiaires du Super Cash Back Gold (SCBG).

Quand le 1er avril 2015 le gouvernement décide de fermer la BAI, ses sociétés et la Bramer Bank, tous les membres du gouvernement applaudissent et soutiennent cette décision. Le Premier ministre, le ministre des Finances et celui de la Bonne Gouvernance vont à la télévision pour se féliciter de cette décision qui, affirment-ils, s’insère dans le cadre de l’opération nettoyage et faire toutes sortes de promesses.

Le prix d’une dangereuse insouciance, d’abord. Maintenant que la grève des épargnants des divers instruments de la BAI semble tirer à sa fin, le temps est venu de remettre un peu les choses en perspective.

La suspension des travaux parlementaires jusqu'au 8 juin, date de la présentation du budget 2017-18, est perçue dans le public comme une décision déraisonnable. La raison officielle avancée par le Premier ministre et ministre des Finances pour justifier ce congé est qu'il lui faut consacrer plus de temps à la préparation de l'exercice budgétaire tout en assurant ses fonctions officielles de Premier ministre. Si, à première vue, cet argument peut sembler compréhensible, à bien y réfléchir, cette suspension n'est pas normale.

La manif spontanée de ce jeudi dans les rues de Port-Louis ne devrait pas être un feu de paille. Mais plutôt l'étincelle qui allumerait le "Sime Lalimier" de la nation mauricienne. L'on souhaitait, dans ces mêmes colonnes, pas plus tard que la semaine dernière, d'ailleurs, et déjà à plusieurs reprises par le passé, que les Mauriciens s'unissent autour de bonnes causes. La souffrance des victimes du SCBG en est une.

L’annulation de la sixième course de la huitième journée basée sur la plus idiote des directives de la Gambling Regulatory Authority (GRA) — qui fait la risée du monde—, c’est-à-dire qu’une course ne peut se disputer avec moins de six chevaux, montre à quel point nous sommes définitivement entrés dans l’ère de l’irrationnel dans le giron hippique mauricien.

Ça peut paraitre anecdotique, voire risible, mais c’est aussi extrêmement symbolique de la petitesse caractérisée qui nous gouverne. Tout relève de l’infiniment petit. A la mesure d’une imposte. L’affiche « Lalians soular » mettant dans le même sac Ajay Gunness, Thierry Henry, Ashvin Boolell, fils du dirigeant travailliste, et un confrère, est révélatrice de la mentalité qui a cours au Sun Trust. Le terme « soular » a très récemment été utilisé par Pravind Jugnauth au Parlement pour décrire Ajay Gunness. Et il n’y a évidemment pas de coïncidence entre les deux faits.

Les Mauriciens ont l’habitude de dire qu’avec leurs tractations, leurs marchandages, leurs alliances faites, défaites et refaites et leurs retournements de veste, les politiciens sont les pires au monde. Depuis dimanche dernier, on sait que les politiciens français sont capables d’égaler — et dans certains cas même de dépasser — leurs collègues mauriciens dans les reniements et les promesses politiques dénaturés. Sans compter les commentateurs et autres experts capables de tout interpréter — surtout ce qui n’a jamais été exprimé — en continu sur les chaînes d’informations qui repassent les petites et grandes phrases en boucle, 24 heures sur 24.

Le “monde démocratique” a ainsi pu pousser un ouf de soulagement : la tendance à la division nationaliste dont auraient témoigné le Brexit en Angleterre et l’élection de Donald Trump aux États-Unis ne s’est finalement pas prolongée en France avec une victoire électorale de Marine Le Pen. Du haut de ses 39 ans, avec son look sage et classe, son discours brillant, sa volonté affirmée de replacer l’humain au centre du développement économique, Emmanuel Macron se révèle en quelque sorte rassurant. Le danger “fascisant” semble, pour le moment en tout cas, écarté.

Une nouvelle affaire et à nouveau le Chief Stipe est pointé du doigt. Le retrait imposé par la GRA de Prince of Thieves a dans son sillage conduit à l’annulation pure et simple de l’épreuve principale de la 8e journée, dotée de The Elytis-IT Distribution For Africa Mauritius Derby Trial Cup, pour un nombre restreint de chevaux, inférieur à celui autorisé par la GRA. Et cela parce que le Chief Stipe n’a pas fait respecter les procédures mises en place par le Mauritius Turf Club.

L'organisation de la grève de la faim est une arme redoutable utilisée par les victimes de toutes les formes d'injustice pour faire entendre leur voix. Tenant compte des risques qu'une telle action comporte, pouvant aller jusqu'à entraîner la mort des grévistes, une telle action est considérée comme une arme de dernier recours. Elle est utilisée lorsqu'on a épuisé toutes les autres formes d'actions et de manifestations pour se faire entendre. Elle est redoutable dans la mesure où elle touche la sensibilité la plus profonde de chaque être, c'est-à-dire à la vie humaine. À Maurice, plusieurs grèves de la faim ont marqué nos esprits ces dernières années. On se souvient, entre autres, de la grève de planteurs de Riche-Terre, qui avait mis le gouvernement à rude épreuve, ou encore de celle déclenchée par Jeff Lingaya contre le projet de CT Power, à Albion, qui avait mobilisé l'opinion publique pendant plusieurs semaines. Il y a eu également la grève de la faim contre le “sales by levy”, entreprise par Harish Boodoo, ainsi que celle organisée par Jayen Chellum lorsque les subsides accordés à l'ACIM avaient été remis en question.

Le pays a été abondamment arrosé la semaine dernière, au point de remplir la plupart de nos réservoirs à leur maximum. Personne ne s’en plaindra car les robinets devraient rapidement retrouver une plus grande alimentation, ce qui devrait calmer les humeurs de ceux qui sont parfois privés d’eau pendant de trop longues heures à certaines périodes.

Et l'on se prend à rêver… Que rapidement nous ayons, pourquoi pas, nous aussi notre printemps mauricien qui verra l'émergence d'un… Macron mauricien. Du sang neuf qui injecterait enfin un souffle nouveau à notre paysage politique local tellement gangrené par des régimes successifs puant la corruption, le népotisme et le copinage à plein nez ! L'élection d'Emmanuel Macron, à la présidentielle française, donne en effet de quoi réfléchir sérieusement sur la nécessité impérative d'une nouvelle relève politique locale. Ils sont de plus en plus nombreux ces Mauriciens qui déchantent et qui aspirent, en toute légitimité, à un lendemain nouveau.

Emmanuel Macron n’aura pas le temps de sabrer longtemps le champagne. Désormais doté de la casquette présidentielle et fort de son écrasante victoire au détriment de la vision populiste et isolationniste du FN, le nouveau locataire de l’Élysée aura, dès la passation de pouvoirs, à mettre en œuvre son programme et, avant cela bien sûr, à composer son gouvernement.

Une affaire de dernière minute. C’est le sentiment que l’on peut avoir face à la convocation des artistes mauriciens par le Premier ministre et ministre des Finances Pravind Jugnauth, dans le cadre des consultations pré budgétaires. Une invitation lancée dans la soirée du mercredi 3 avril pour une rencontre le vendredi 5 avril. Comme un afterthought.

C’est bien le rituel des consultations prébudgétaires. Cela permet la rencontre, de goûter aux petits fours. Il n’y a qu’à écouter les artistes s’enthousiasmer de leur rencontre de vendredi dernier avec le Premier ministre et ministre des Finances,  comme si avoir déjà un ministre des Arts et de la Culture était une perte de temps et d’argent. Et si tout ça était vraiment du temps perdu ?

Lundi dernier, au meeting du MSM, Leela Devi Dookun a lancé “ici, kouma enn femme arrivé, zot critique li.” Sur le fond, la ministre de l’Éducation n’a pas tout à fait tort. À Maurice et ailleurs, les femmes qui se font un chemin dans la vie professionnelle doivent faire deux fois plus d’efforts que les hommes pour obtenir le même poste.