Maurice est le premier investisseur étranger à La Réunion dans différents secteurs d’activité (hôtellerie, commerce, tourisme, TIC, logistique), selon les dernières statistiques publiées par l’Antenne de la Région Réunion à Maurice. « Les entreprises mauriciennes ont compris que La Réunion offre des relais de croissance avec des risques limités », constate Gregory Martin, qui dirige l’antenne de La Réunion à Maurice. Il observe que des freins historiques dont l’accès au territoire, le protectionnisme, ont été levés grâce à l’ambassade de France qui a délivré des certificats d’exemption de pièces justificatives à plus de 85 hommes et femmes d’affaires mauriciens pour accéder à La Réunion et à la Région Réunion via son antenne qui accompagne et facilite les échanges économiques dans les deux sens. En effet, en 2019, les investissements étrangers directs à La Réunion par des entrepreneurs mauriciens sont estimés à Rs 402 millions alors que les investissements réunionnais à Maurice sont estimés à Rs 32 millions.

Concernant les exportations, la stagnation indique une limite dans la capacité d’écoulement des produits mauriciens sur le territoire réunionnais. Une analyse précise permettra de définir les causes qui relèvent des normes ou le fait que la production est déjà existante sur le territoire réunionnais. « La présence de l’octroi de mer, souvent décrié comme étant un frein, n’est en fait applicable que sur un nombre limité de produits. Il serait intéressant de savoir si les industriels mauriciens sont compétitifs pour une exportation sur l’île sœur. »

Cependant, les chiffres ne présentent pas les exportations de services qui sont en augmentation pour les deux territoires. Ainsi, il y a des architectes de Maurice qui ont des contrats sur le territoire réunionnais ou des cabinets de consultants. Pour ce qui est du tourisme, les statistiques de 2018 indiquent que La Réunion, avec 60 vols hebdomadaires, représente un apport de 232 000 touristes réunionnais, français et étrangers à Maurice. À titre de comparaison, Dubaï, avec les deux A380 quotidiens d’Emirates, représente 242 000 touristes. Bien entendu, ces chiffres doivent être reconsidérés avec la crise de la COVID.

Selon Gregory Martin, ces chiffres montrent à nouveau le rôle de La Réunion dans l’économie locale mauricienne. Concernant les touristes mauriciens, ces derniers représentent le premier contingent de visiteurs (hors européen) pour La Réunion avec environ 43 000 visiteurs, ce qui représente une augmentation de 30% depuis 2015.
Sur le plan régional, un partenariat Maurice-Réunion émerge actuellement pour les investissements dans d’autres pays de la région. Avec plus de 78 filiales réunionnaises implantées à Maurice et environ 20 filiales mauriciennes à La Réunion, les acteurs économiques ont initié un certain rapprochement sur les sujets porteurs de nouvelles filières, notamment autour de la transition écologique.

« Depuis 2018, nous avons remarqué l’intérêt de Maurice à accompagner les PME de La Réunion sur l’export vers la zone océan Indien et en Afrique. Les entreprises mauriciennes ont la capacité financière et les réseaux structurés pour soutenir cette démarche. Ils ciblent donc les entreprises avec des compétences et expertises pointues qui viendraient en complément de leurs offres de service », observe Gregory Martin.

D’autre part, le gouvernement de Maurice s’est positionné comme facilitateur avec les invitations faites aux entreprises de La Réunion par l’EDB pour rejoindre des “roadshows” en Afrique et rencontrer les délégations économiques africaines en mission à Maurice. Au chapitre de la sécurité alimentaire, malgré une certaine proximité et une faible autosuffisance alimentaire (30% pour Maurice, environ 70% pour La Réunion), Maurice et La Réunion échangent peu de production agricole. Les échanges sont estimés à € 676 000 pour l’année 2019. « Une coopération à ce sujet a démarré en 2015 avec notamment l’accompagnement de Maurice dans le développement d’une agriculture durable (raisonnée, agro-écologie et bio). À moyen terme, une analyse des cultures et une planification des rotations de cultures permettraient aux deux îles d’échanger des productions agricoles en attendant que Madagascar structure une offre pour complémenter cette sécurité alimentaire », observe Gregory Martin.

Transition énergétique

Grâce à une coopération forte, les deux îles coopèrent grandement sur la transition énergétique, que ce soit sur l’efficacité énergétique (moins et mieux consommer) ou sur la production d’énergies renouvelables. Des pistes de collaboration ont également été engagées sur le sujet de la biomasse avec notamment le FEXTE Biomasse (outil de l’AFD) qui a permis aux acteurs et décideurs de la filière énergétique de La Réunion et de Maurice de se concerter sur un rapprochement des deux îles sur le sujet de la production d’électricité à partir de la biomasse. « Il s’agit ici d’un enjeu important dans la mesure où La Réunion ne s’approvisionnera plus en charbon en 2023 et que Maurice souhaite également changer sa méthode de production vis-à-vis du fossile (charbon). »

Sécurité maritime

Face à des dessertes assurées uniquement par de grandes compagnies maritimes, la création d’une compagnie maritime régionale permettrait d’assurer une certaine sécurité, notamment dans ces périodes troubles. « Le cas de la société Sealogair qui avait mis le MV Famagusta sur le trajet Maurice-Réunion-Madagascar fin 2019 est intéressant à plus d’un titre dont la sécurisation de la logistique et la possibilité qu’il y ait des discussions Maurice-Réunion sur un investissement conjoint dans cet outil sécuritaire de nos économies », dira Grégory Martin.