Andrew Slome, General Manager de La Pirogue, prend sa retraite après 40 ans dans l’hôtellerie mauricienne. Le Mauricien l’a donc rencontré à cette occasion. Alors que tous les acteurs du secteur plaident pour une réouverture de l’accès aérien afin de permettre aux touristes de revenir à Maurice, Andrew Slome suggère que, dans un premier temps, le pays pourrait établir « des couloirs aériens sécurisés, mais très limités » avec des pays qui ont atteint des niveaux de contrôle du virus similaires aux nôtres. Il estime qu’il faut également « attendre des tests plus performants et un éventuel vaccin », tout en espérant que l’industrie touristique pourra tenir le coup. Cependant, il reste optimiste et se dit persuadé que le tourisme a une résilience « énorme ».

Vous tirez votre révérence après 40 ans et votre nom est très connu dans le milieu touristique local. Partez-vous avec le sentiment du devoir accompli ?
La plus grande satisfaction restera les innombrables Mauriciens que j’ai eu le plaisir d’influencer et d’inspirer d’une manière ou d’une autre dans leur carrière. Je pense au directeur de notre hôtel 5-étoiles aux Maldives, qui en est la preuve vivante.

Après trois mois d’arrêt brutal et forcé, quelle est la situation actuelle dans l’hôtellerie — sur le plan opérationnel d’une part, mais aussi financier ?
Comme tout le monde le sait, presque tous les hôtels de l’île ont cessé leurs opérations depuis le mois de mars. La Pirogue ne fait pas exception. Beaucoup d’entre nous travaillaient à domicile, y compris nos employés en première ligne et ils pouvaient participer à la formation ainsi qu’aux réunions grâce Internet. Nous avons même organisé un concours appelé “Sun Got Talent”, où cinq catégories étaient proposées, comme l’art, la cuisine et le jardinage, afin de garder nos équipes motivées et connectées en faisant appel à leur créativité. L’hôtel continue d’opérer avec une équipe réduite qui veille à ce que tout soit maintenu en parfait état pour une réouverture prochaine.

Après avoir souffert du confinement, le secteur hôtelier souffre maintenant de l’incertitude et du manque de visibilité. Cet arrêt pourrait-il avoir des effets à long terme sur notre secteur touristique ?
Le tourisme a une résilience énorme et rebondira certainement. L’expérience a démontré que les touristes gardent généralement les voyages comme une de leurs priorités, ce qui n’est pas nécessairement le cas avec l’achat d’une nouvelle voiture, par exemple, lorsqu’ils pourraient garder l’ancienne pendant encore quelques années. Mais après un événement comme la Covid-19, le touriste du futur fera plus attention à la sécurité et l’hygiène, et privilégiera des pays sûrs comme l’île Maurice. Je suis donc optimiste. C’est pourquoi nous avons lancé notre Label « SunCare — Clean Resort » ainsi que le partenariat avec SGS. Ces mesures garantissent un lieu et un séjour sûrs ainsi qu’une expérience client améliorée qui comprendra également l’enregistrement en ligne et notre application Sun.

Ce n’est un secret pour personne que, depuis environ deux ans, le secteur était déjà en difficulté avec le ralentissement des arrivées. Quel est le problème exactement ? Que faut-il changer ?
Je pense que Maurice devrait réfléchir au type de touristes qu’il souhaite attirer. Peut-être qu’après la pandémie, il faudrait songer à revenir à un tourisme plus select et compter moins sur le tourisme de masse ? Je crois que nous pouvons offrir le service que recherchent les voyageurs avertis. Ceci, associé à la beauté naturelle et à la diversité culturelle de notre île, devrait faire de nous une destination gagnante. Les chiffres seront peut-être négatifs, mais la valeur par touriste serait certainement beaucoup plus élevée.

On dit aussi que la destination a perdu de son attrait sur le plan de l’environnement notamment. Que pensez-vous ?
Malheureusement, il y a un prix à payer pour le développement. Mais nous avons des joyaux naturels cachés qui devraient certainement être préservés pour la prochaine génération de touristes.

Beaucoup d’acteurs du tourisme plaident pour la réouverture des frontières aériennes. Sous quelles conditions cela doit-il se faire ?
Je pense que nous pourrions établir des couloirs aériens sécurisés — mais très limités — avec des pays qui ont atteint des niveaux de contrôle du virus similaires à nous. Il faudra également attendre des tests plus performants et un éventuel vaccin. J’espère simplement que notre industrie pourra supporter ce retard aussi longtemps.