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Attention à la diplomatie « caisse de savon »

La diplomatie est un art. Elle ne s’exerce pas à travers des discours sur des « kes savon ».  La pratique de la diplomatie exige un bagage culturel assez développé et une grande expérience en matière administrative et en droit international. Les diplomates dans les grands pays, que ce soit en Inde, en France, en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, sont souvent formés dans de grandes écoles. Maurice a eu la chance d’avoir des diplomates de haut calibre pour la représenter, et nous pensons à des personnalités comme Leckraz Teelock, Raymond Chasle, Chitmansing Jesseramsing, Joseph Tsang Man Kin, Vijay Makhan ou encore Jagdish Koonjul, pour ne citer que ceux-là, et qui ont façonné la diplomatie mauricienne depuis l’indépendance et qui continuent de le faire. Le secrétaire aux Affaires étrangères, occupé actuellement par Hamandoyal Dillum, joue un rôle clé dans la bonne marche de la diplomatie mauricienne.

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« La politique est la science des intérêts vitaux des États dans l’ordre le plus élevé (…) Le rétablissement des rapports internationaux sur la base de la réciprocité, sous la garantie de la reconnaissance des droits acquis et du respect de la foi jurée, constitue de nos jours l’essence de la politique, dont la diplomatie n’est que l’application journalière », peut-on lire dans Diplomatie européennes (2021). Nous disons cela parce que nous constatons que des questions qui relèvent de la haute diplomatie concernant l’État Mauricien sont actuellement traînées dans la boue et sur les « kes savon » politiques. Aujourd’hui, n’importe qui disposant d’une certaine audience dans certains milieux spécifiques, ou qui bénéficie d’une certaine visibilité sur les réseaux sociaux, pense qu’il peut s’arroger le droit de faire de grandes déclarations sur la politique étrangère du pays. Il ne comprend pas que les relations bilatérales sont souvent le résultat d’une vision politique à long terme et ont été tissées laborieusement au fil des années. Nos relations avec l’Inde, d’une part, et avec la Chine, d’autre part, ont été écornées ces jours-ci par ce travers.

L’Inde et Maurice célèbrent cette année le 75e anniversaire de leurs relations diplomatiques. Ce qui veut dire qu’elles remontent à très longtemps avant l’accession du pays à l’indépendance, en 1968. Ces relations reposent sur les liens culturels évidents en tant que pays de peuplement, mais également sur les relations politiques et économiques. Ce principe reste inchangé, quel que soit le gouvernement au pouvoir en Inde ou à Maurice. Pour preuve, une délégation de parlementaires multipartite s’apprête à effectuer une visite en Inde. Parler d’India Bashing relève donc de l’absurde, parce qu’on ne connaît pas de Mauricien qui soit anti-Inde. Ces relations tiennent compte du respect de la souveraineté et des intérêts de chaque pays. Cela a été le cas pour le traité de non-double imposition entre l’Inde et Maurice, qui avait été très critiqué dans la Grande péninsule hier. Tout ce qu’on demande concernant Agalega aujourd’hui est une grande transparence concernant l’utilisation de l’archipel. Le message a été transmis au Parlement. On attend maintenant les résultats.

Pour ce qui concerne la Chine, un autre pays de peuplement de Maurice, on arrive difficilement à comprendre comment un membre du gouvernement a pu faire un dérapage au point de provoquer un commentaire de l’ambassadeur de Chine. Il est heureux toutefois que cet impair ait été corrigé dans la discrétion diplomatique au terme d’une longue session de travail entre diplomates chinois et mauriciens, avec la participation de l’envoyée spéciale du gouvernement chinois et le ministre mauricien des Affaires étrangères. Les bases jetées par sir Seewoosagur Ramgoolam à l’époque ont été sauvées et renouvelées.

Il y a des leçons à tirer dans les événements qui continuent de secouer notre diplomatie. Dans la mesure où tous les partis politiques sont pratiquement sur la même longueur d’onde concernant la politique étrangère du pays, on se demande s’il ne devrait pas y avoir un comité parlementaire consacré à la politique étrangère, comme c’est le cas dans plusieurs pays.

 

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