Dans quelques mois, nous « célébrerons » les cinq ans de l’Accord de Paris. Début décembre 2015, des représentants de pas moins de 195 pays s’étaient en effet réunis à la Conférence sur les changements climatiques, ou plus exactement encore la 21e conférence des parties (COP21), avec, pour objectif premier, d’aller plus loin dans l’engagement des États dans la lutte contre le réchauffement. Au total, les pourparlers auront duré 13 jours, agrémentés de laïus et d’engagements, avant d’accoucher d’un accord que l’on aura précipitamment qualifié « d’historique ». Il faut dire que ses termes étaient des plus ambitieux, puisque prévoyant de contenir, d’ici la fin du siècle, le réchauffement climatique en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et de limiter l’élévation des températures à 1,5°C.

Sauf que quatre COP plus tard – la 5e ayant été reportée à l’année prochaine en raison de la pandémie de Covid-19 –, les engagements n’auront en grande partie pas été suivis d’actions propices à atteindre ces objectifs. En premier lieu, rappelons que les Etats-Unis de Donald Trump auront décidé de quitter l’accord, prouvant ainsi d’ailleurs toute la stérilité de notre système onusien lorsqu’il s’agit de ratifier des accords non contraignants. Mais aussi, et surtout, que depuis 2015, hormis quelques cas isolés, les nations n’auront jamais été aussi polluantes.

Une dernière étude vient en effet confirmer ce que tout le monde redoutait : non seulement nos émissions de gaz à effets de serre ne diminuent pas, mais elles atteignent aujourd’hui un niveau tel que, malgré un sporadique ralentissement – dû une fois encore au virus –, l’augmentation de température par rapport à l’ère préindustrielle devrait désormais avoisiner les 2,3 à 4,5°C dans un demi-siècle à peine. Dans leur récent rapport, pas moins de 25 chercheurs ont ainsi constaté qu’à l’allure actuelle, sans actions immédiates, le niveau de CO2 dû à l’activité humaine dans l’atmosphère devrait quasiment doubler d’ici 2070. Ce qui rend automatiquement caduques nos prétentions de maintenir ce réchauffement sous la barre des 2°C.

Ici, deux scénarios se dégagent. Le premier, le plus optimiste, ne prévoit « qu’une » hausse de 2,3°C, n’apportant donc pas de changements majeurs face aux prédictions usuellement admises. En revanche, le scénario le plus pessimiste, lui, à savoir une augmentation de 4,5°C, implique des conséquences bien plus dramatiques, à l’instar « de vagues de chaleur intolérables, une hausse du niveau de la mer et une perturbation irréversible des écosystèmes ». Certains, bien entendu, tenteront bien de capitaliser sur la projection la plus « joyeuse ». Mais cela serait une erreur colossale, et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, parce que selon ces mêmes chercheurs, le scénario le plus pessimiste est malheureusement celui ayant le plus de probabilités de se produire. Ensuite, parce que même si l’on n’arrivait pas à de telles hausses, les conséquences seraient, dans certaines régions du monde, dans tous les cas tout aussi létales.

Enfin, parce que l’étude en question ne prend aucunement compte de plusieurs facteurs aggravants dont nous avons connaissance, mais sur lesquels nous manquons encore trop cruellement de données que pour les intégrer à l’équation. C’est notamment le cas de la question du permafrost, dont nous parlions la semaine dernière. La fonte de ces sols gelés, et qui couvrent pour rappel 1/5 de la surface terrestre, occasionnerait en effet un emballement du système climatique en venant libérer des gaz à effet de serre aussi redoutables que le CO2 et le méthane, anéantissant par la même occasion toute action que l’on déciderait enfin potentiellement de prendre.

Ces nouvelles ne sont, c’est vrai, pas très réjouissantes. Pour autant, elles ne sont que le symptôme d’une inertie liée, en grande partie, au fait que nous ne pouvons prendre de mesures suffisamment fortes sans impacter notre modèle économique. De fait, le choix apparaît clair : soit nous sauvons notre économie, ou plus exactement cherchons à la préserver en l’état, soit nous sauvons le vivant, nous compris. Hélas, à voir les résultats de cette récente étude, il semblerait que notre choix ait déjà été fait !