Plus de 96 heures après avoir été pointé du doigt dans l’édition conjointe Le Mauricien/Week-End du samedi 27 mars, le mutisme que garde la Mauritius Police Force est « shocking ». Pourtant, ce qui lui est reproché relève d’une extrême gravité. En effet, une enquête établit, preuves irréfutables à l’appui, qu’une course a été truquée en 2020 et que l’institution que sont les Casernes centrales – ayant en main des éléments accablants contre des corrupteurs patentés – n’a rien effectué pour que justice soit rendue à tous ceux victimes de cet acte odieux.

Alors même qu’elle a eu en main vidéos, photos, pistes pour exploiter des relevés téléphoniques, plaques d’immatriculation de voitures et surtout une somme de Rs 100 000, avec les empreintes des corrupteurs qui désignent les auteurs de ce forfait, la police de Khemraj Servansing, commissaire au moment de l’enquête policière, n’a pas jugé utile de venir à ce stade expliquer les motivations derrière l’inaction de ses hommes dans cette ténébreuse affaire – qui vient jeter davantage l’opprobre sur la réputation d’une institution déjà bien malmenée sous le règne de son prédécesseur, Mario Nobin. Dont l’inacceptable non-disclosure agreement – avec le Mauritius Telecom du prince Sherry Singh –, qui a privé le Directeur de l’Audit de son inaliénable droit d’analyser sans contrainte toutes les dépenses publiques, y compris celles de la police, qui tombe sous l’autorité du Premier ministre.

Le rôle d’une institution policière est de rechercher et de constater les infractions pénales, d’en rassembler les preuves, de se mettre sur la piste des auteurs et leurs complices, de les arrêter et de les déférer aux autorités judiciaires compétentes. Et non de ne rien faire…comme souvent pour les institutions majeures du pays dès que ceux ayant fauté sont bien connectés au pouvoir ou à leurs officiers ou leurs nominés.

« The Police did nothing? Disgraceful! ». Ce sont les premiers commentaires du Britannique, Paul Beeby, responsable à l’époque du département de l’intégrité à la Gambling Regulatory Authority (GRA) qui a, au péril de sa vie dans un pays qui ne lui est pas familier, mené une enquête professionnelle pour dénicher et dénoncer ceux qui, dans l’ombre, pervertissent l’intégrité des courses mauriciennes. Ce professionnel britannique qui, selon Le Mauricien/Week-End, avait travaillé pendant 25 ans au Royaume-Uni en tant qu’officier de police principalement engagé contre le crime organisé et s’inscrivant dans les opérations menées par le renseignement, avait également passé 12 ans à la réglementation sportive à la British Horseracing Authority (BHA), s’occupant d’enquêtes de corruption liées à l’intégrité, au renseignement et aux paris dans le monde hippique.

Difficile d’avoir meilleure référence.

C’est bien, entre autres, pour cela que l’ex-CEO de la GRA, Mme Ringadoo, l’avait employée en septembre 2018.  Cependant, il apparaît de plus en plus limpide que c’est pour avoir accompli son travail que son contrat n’a pas été renouvelé par la GRA où règne en maître, un certain Dev Beekharry. Un PEP N, identifié au niveau international, qui trouve maintenant que le débat quant à ce type de personnalités constitue une tempête dans un verre d’eau, alors que son organisme avait affublé le président du MTC et son ex-CEO de la GRA, de ce désobligeant label. On peut comprendre que cela le dérange d’être éventuellement assimilé à ceux qui pourraient poser « a greater than normal money laundering risk by virtue of the possibility for them —due to their offices and connections— to conceal the proceeds of corruption or other crimes » selon la définition dans les Guidelines de la Banque de Maurice au chapitre de la même FIAMLA.

Ce simple Board Member, qui se la joue grand connaisseur hippique et défenseur de la morale publique alors qu’il n’est même pas en mesure de défendre les nouvelles directives de son instance viva voce — puisqu’elles ont été paraphées par un intelligent but wired mind—est lui-même, un état dans un état, au sein de la GRA. En effet, il se substitue au président et à l’Officer-in-Charge, pour s’installer publiquement comme la seule voix autorisée de cet organisme comme son one-man-show qu’il impose souvent à ses collègues de la GRA. À quel titre ? A-t-il été nominé par le board pour ce faire ? Y a-t-il un board decision à cet effet ? Où peut-il se l’auto-octroyer parce qu’il est un nominé politique du PM qui souscrit à tous ses actes !

En tout cas, cette auréole pré-ministérielle ne sera cependant pas suffisante pour l’exonérer du devoir de s’expliquer sur la mise à l’écart de Paul Beeby après sa brillante enquête qui met en cause un bookmaker, comme révélé par Le Mauricien/Week-End, vis-à-vis duquel la GRA a fait preuve d’une coupable indulgence quelques années plus tôt après qu’une aile de cette instance ait suspendu sa licence. Il y a aussi cette investigation sur une affaire de dopage où est aussi mis en cause un parent d’un haut gradé de la fonction publique mauricienne pour laquelle la GRA a fait ce qu’il faut pour qu’il n’y ait pas de suite policière. Dev Beekharry devra aussi expliquer pourquoi son organisme a marginalisé son rôle du Director of Integrity lorsque ses décisions, ses instructions ou ses procédures ont été overruled par le truchement des membres de son équipe sans qu’il ait été consulté.

Pire, aux humiliations morales de ses dernières semaines à la tête de ce département qui a normalement pour objectif de mater le grand banditisme de l’hippisme mauricien, Paul Beeby a dû endurer marginalisation, bullying et même des accès de racisme à son égard. Ses plaintes à cette enseigne à la direction de la GRA sont restées sans réponse et aucun support ne lui a été apporté. Et ne parlons même pas de la mesquinerie—vécue par d’autres—d’avoir à attendre comme une punition pendant de longs mois, pour recevoir ce qui lui est dû de par la loi pour ses services. Ses indemnités de départ qui se font toujours attendre à l’heure où nous écrivons. Anne, ma sœur Anne !

Quelle honte pour notre pays ? Mais faut-il vraiment s’en étonner quand on se remémore comment Dev Bheekarry, alors conseiller de SAJ, PM, a nié avoir reçu le rapport intérimaire du rapport de la commission d’enquête Parry que lui avaient pourtant remis Gunn et Scotney, ceux-là mêmes qui avaient été chargés par SAJ de faire les recommandations pour l’application de ce rapport. Six ans après, rien n’a été entrepris dans ce sens et Dev Bheekarry continue à régner en maître et contribue à détruire à petit feu ce qui fut le sport favori des Mauriciens et l’activité des loisirs qui les unissait. Qu’il se rassure, il devrait connaître à terme le même sort de son ennemi de toujours, un certain, Prakash, rattrapé par ses outrances !

En attendant, comme l’avance l’un des Britanniques ayant côtoyé le PEPN: « GRA is a circus being run by the clowns with Beekharry as the ringmaster ».
Really disgraceful !

ŒIL DE LYNX