Il faudrait être sans coeur ou avoir perdu tout sens de l’humanité pour ne pas être bouleversé par la mort du petit Ayaan, âgé de seulement 2 ans, décédé après avoir été battu par son beau-père, alors sa mère aurait tenté de maquiller la cause du décès, d’après ce qui ressort de l’enquête policière en cours. Le pire, c’est que la mort du petit Ayaan met au grand jour une plaie telle qu’aucun discours parlementaire ou meeting n’aurait pu démontrer. Nous sommes mis en présence d’un couple qui n’a aucune idée de ce qu’est la vie conjugale, qui ignore totalement l’amour nécessaire pour élever un enfant, d’un entourage qui serait resté indifférent devant la maltraitance d’un enfant, de la facilité avec laquelle un officier de police et un jeune médecin seraient tombés dans le piège du couple en question, de la façon avec laquelle une doctoresse privée a pu avoir accès à la morgue réservée au personnel de l’hôpital.

N’était-ce l’intervention in extremis d’une tante, tout serait passé comme une lettre à la poste. Voilà le tableau effrayant qui se présente devant nous, avec ce que cela comporte de dégradation des mœurs et de morale, et la perversion de professionnels qui auraient dû être les gardiens de nos institutions. Combien de petits Ayaan ont-ils subi le même sort dans le silence sans que personne ne le sache ? Le rapport de l’Ombudsperson indique qu’entre le 1er juillet 2018 et le 30 juin 2019, 418 cas de violences infantiles connus ont été enregistrés. Mais quid de ceux qu’on ne connaît pas ? La violence infantile, comme la violence domestique, est un fléau qui affecte notre société et qui, malheureusement, remonte à la surface à l’occasion d’événements dramatiques pour retomber ensuite dans l’oubli.

Le mal est profond. De plus en plus de jeunes se mettent en couple sans avoir conscience des responsabilités qui les attendent. Si un petit groupe a l’occasion de suivre des cours de préparation au mariage organisés par des organisations religieuses, la grande majorité des jeunes, eux, sont livrés à eux-mêmes sans avoir bénéficié d’une éducation sexuelle digne de ce nom, à l’école ou ailleurs. Comment en effet expliquer qu’une mère puisse ignorer que sa responsabilité la plus élémentaire consiste à protéger son enfant ?
Un encadrement légal est nécessaire, mais comme le suggère Shirin Aumeeruddy-Cziffra, il faudrait une approche multidisciplinaire qui mobiliserait toutes les énergies à tous les niveaux, que ce soit légal, psychologique, policier, social, religieux, éducatif ou médiatique. L’Ombudsperson Rita Venkatasawmy considère, elle, que ceux qui ne dénoncent pas des cas de maltraitance infantile doivent être sanctionnés. Il faut aller plus loin en lançant une campagne nationale pour inculquer dans l’esprit de chaque Mauricien qu’ils doivent se sentir responsables de tous les enfants du pays. Tous les enfants sont nos enfants, et encore plus ceux qui sont défavorisés, ceux qui sont vulnérables ou ceux qui sont abandonnés.

Le sega Dan Zanfan ena Bondie trouve ici toute sa pertinence, surtout lorsqu’il souligne que les enfants ne connaissent pas les couleurs, les races, les religions, les castes. Toutes les religions enseignent que l’amour qu’on peut donner à un enfant est une manifestation divine. Demandez à ceux qui choisissent d’adopter un enfant, ils vous expliqueront comment l’amour qu’on peut donner à un enfant peut entraîner son épanouissement. La CDU à Maurice abat un travail considérable, même si elle est quelquefois dépassée par les événements.

Souhaitons que les débats sur le Children’s Bill, présenté par la ministre Kalpana Koonjoo-Shah, et qui est attendu depuis longtemps, soient l’occasion de soulever tous ces problèmes en toute objectivité. Le pire serait que les débats soient l’occasion pour les uns et les autres de rechercher des gains politiques ou de régler leurs comptes. Le pays s’attend à ce qu’il y ait des débats civilisés donnant l’occasion aux parlementaires de se placer au-dessus de la politique partisane dans l’intérêt des enfants. C’est le pays qui en sortira gagnant.