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De feu et de glace

Jamais la veille locution selon laquelle « il n’y a plus de saisons » n’aura été si pleine de sens qu’en cette sombre période de l’anthropocène. Car si la lutte contre le changement climatique fait souffler le chaud et le froid dans les hautes sphères décisionnelles du monde entier, le climat, lui, a plutôt tendance ces derniers temps à ne souffler que le chaud. Et même le très chaud. Preuve en est les fortes températures enregistrées çà et là, aux quatre coins du globe, provoquant même des canicules inédites dans certaines régions, d’ordinaire pourtant tempérées. Des vagues de chaleur que les experts annoncent déjà comme inédites, tant elles auront été précoces, avec pour effet de transformer davantage nos cités en microcosmes aux températures amplifiées par la pollution ambiante.

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Ces hausses de température ne se cantonnent d’ailleurs pas à l’Europe en ce moment, touchant en effet quasiment tous les continents. Y compris les plus froids. Ainsi le réchauffement climatique, anthropique faut-il le rappeler, s’attaque-t-il en ce moment même à l’Antarctique, où l’on assiste à une autre manifestation de ces changements induits par l’homme : la fonte accélérée de glaciers. Du jamais vu depuis des millénaires. Du moins en ce qu’il s’agit de l’ouest Antarctique, une des deux masses distinctes, avec l’est Antarctique, séparées virtuellement par les scientifiques dans cet immense continent recouvert de glace.

Ainsi, dans cet Antarctique « occidental », des glaciers apparaissent aujourd’hui particulièrement vulnérables, à l’instar du glacier Thwaites (192 000 km2) et le glacier de l’île du Pin (162 000 km2). Cherchant à en comprendre l’évolution, des chercheurs américains et britanniques y ont ainsi étudié les fluctuations du niveau de la mer depuis le milieu de l’Holocène (il y a environ 5 500 ans). Avant d’en venir à leur constat, rappelons qu’à l’époque de l’Holocène, le climat était plus chaud qu’aujourd’hui, avec un niveau global de la mer plus élevé et des glaciers plus discrets.

Les analyses de ces chercheurs montrent ainsi que le niveau relatif de la mer dans l’ouest Antarctique a constamment baissé au cours de ces 5 500 dernières années. Mais surtout que le rythme de cette diminution était alors presque cinq fois inférieur à celui mesuré aujourd’hui. Ce qui constitue une preuve, selon les scientifiques, d’une rapide fonte des glaces depuis quelques années. Et ce, à un rythme ayant doublé en 30 petites années seulement. Le chercheur Dylan Rood commente à ce propos : «  Ces vitesses de fonte des glaces pourraient laisser penser que ces glaciers de l’Antarctique ouest ont franchi un point de non-retour. Nous devons maintenant de toute urgence déterminer s’il est trop tard pour arrêter l’hémorragie.  »

Mais à quoi bon chercher s’il y a ou non une possibilité de réversibilité du phénomène ?, demanderez-vous. Eh bien simplement, expliquent ces mêmes chercheurs, parce que s’il arrivait que toutes les glaces de cette région se mettent à fondre, l’élévation globale du niveau de la mer serait telle qu’elle pourrait dépasser les… trois mètres  ! En d’autres termes, toutes les terres basses du monde, et sur lesquelles sont d’ailleurs bâties quelques-unes de nos plus « illustres » mégalopoles, se retrouveraient sous eaux. Quant à savoir quand cette extraordinaire montée des eaux atteindrait son apogée, difficile à prévoir, tant les phénomènes en jeu sont complexes. Seules certitudes : les fontes semblent s’accélérer de manière exponentielle, et si rien n’est fait, plus rien ne pourra les arrêter.

Une fois encore, preuve est faite que le changement climatique est bel et bien en cours, et que ses conséquences sont chaque jour un peu plus mesurables. Ce qui l’est beaucoup moins, en revanche, ce sont les actions entreprises pour tenter de limiter la casse, tant celles-ci sont à la fois timides et clairsemées. Avec pour effet que chaque jour qui passe nous rapproche un peu plus de cette limite au-delà de laquelle le monde plongera dans un chaos sans fin. Si ce n’est la nôtre !

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