REYNOLDS MICHEL

Avec la rentrée et la circulation du virus chez les mineurs, la vie avec la pandémie semble s’installer dans le temps long. La vigilance est donc toujours de rigueur. Conjointement à cette invitation à ne pas baisser la garde sur ce front de lutte, les scientifiques du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), nous invitent, dans un récent rapport, à prendre à bras le corps la crise climatique, car la nécessité d’agir est de jour en jour plus pressante (Cf. le premier volet du sixième rapport du GIEC présenté le lundi 9 août 2021). « Ce rapport, déclare Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du Groupe de travail I du GIEC, nous confronte à la réalité. Nous avons aujourd’hui une image beaucoup plus claire du climat passé, présent et futur, ce qui est essentiel pour comprendre ce vers quoi nous allons, ce qui peut être fait et comment nous préparer » (Communiqué de presse du GIEC, 09/08/2021).

Plus explicitement dit, à moins de réductions immédiates, rapides et massives des émissions de gaz à effet de serre (Ges), la limitation du réchauffement aux alentours de 1,5 °C, ou même de 2 °C, sera hors de portée, avec des conséquences « irréversibles pour des siècles ou des millénaires », alerte le GIEC. Depuis le rapport du 8 octobre 2018 sur les effets du réchauffement de 1,5 °C, voire bien avant, les experts du GIEC ne cessent de nous alerter sur la nécessité d’agir vite et fort avant qu’il ne soit trop tard.

L’exceptionnalité de la crise du coronavirus

Compte tenu de cette urgence l’urgence climatique – pourquoi nos responsables politiques ne réagissent pas avec la même énergie et la même ampleur que pour la crise du coronavirus ? Et pourquoi ne pas mettre à profit les leçons que nous pouvons dégager de la crise du coronavirus pour lutter efficacement contre le changement climatique ? Il convient, tout d’abord, de souligner, comme on l’a fait ici et là, l’exceptionnalité de la situation provoquée par la crise sanitaire, à savoir, une crise qui s’est jouée et se joue au présent, dans une urgence absolue et qui n’épargne personne, tout en mettant en jeu des questions de vie et de survie. Bref, un fait social total, selon l’expression de Marcel Mauss, qui engage la société dans sa totalité et dans chacun de ses membres en particulier.

En quelques semaines, elle a rendu possible ce qui semblait impossible : mettre l’économie à l’arrêt, clouer les avions au sol, réduire la mobilité et la consommation « non essentielle », desserrer l’étau budgétaire (règles de déficit à ne pas dépasser), soutenir les pertes de revenus des travailleurs et des entreprises (travail partiel, prêts garantis par l’État…), etc. En priorisant notre santé sur nos performances économiques et en affirmant que les plus vulnérables ne pouvaient être sacrifiés, cette crise nous dit également quelque chose sur la hiérarchie de nos valeurs : que certaines choses comptent davantage que la richesse, la compétition, l’accélération de nos rythmes de vie, la croissance, le PIB.

La perception de l’urgence

n’est pas la même

Si face à la crise sanitaire, nos gouvernements ont su prendre en très peu de temps des mesures radicales et extrêmement coûteuses, ils ne se montrent nullement à la hauteur de l’enjeu climatique. Un peu plus de cinq ans après l’accord de Paris (12/12/2015) force est de constater que la France et la plupart des pays signataires n’ont pas été à la hauteur de l’urgence climatique. Ils s’obstinent à mener une écologie des petits pas alors même que « l’humanité est gravement menacée de voir son habitat se dégrader au point de voir son devenir partiellement inhabitable » (Cyril Dion, https:/ :ipcc.ch/assets/up, 20/03/2021). Et aujourd’hui, « quoi qu’on fasse, nous dit Valérie Masson-Delmotte, il faut s’attendre à un réchauffement climatique, et ses conséquences au cours des prochaines décennies sont inéluctables » (Valérie Masson-Delmotte, francetvinfo, 25/04/2020). Pourquoi ce retard dans l’action ? Pourquoi ce déni de l’urgence ?

La perception de l’urgence climatique n’est pas la même que celle de l’urgence sanitaire, ses effets ne sont pas directement visibles et perceptibles, ils n’affectent pas directement notre quotidien, pas de risque de mort ou de perdre un proche dans l’immédiat. En outre, l’ennemi n’est pas identifiable et le citoyen lambda ne sait pas trop comment agir contre un danger, perçu comme lointain même s’il est annoncé comme proche. Par ailleurs, comme l’engagement dans la transition écologique ne relève pas d’une simple promenade de santé, mais d’une transformation en profondeur de l’économie, voire de la société, nos gouvernants ne se montrent pas très disposés à s’engager à fond dans cette voie.

Se donner les moyens de ne pas reprendre comme avant

Même si les deux combats ont certaines caractéristiques communes : leur caractère mondial, leur urgence, les alertes scientifiques…, ils n’appellent pas les mêmes réponses, même si les mesures prises lors des premières vagues de la crise sanitaire ont fait chuter nos émissions de gaz à effet de serre. Les problèmes ne sont pas les mêmes. Néanmoins, nous pouvons puiser dans la crise sanitaire actuelle un certain nombre de leçons.  Nos gouvernements ont montré qu’ils sont capables d’agir en trouvant toutes les ressources nécessaires. Ils sont donc potentiellement en mesure avec le soutien d’une forte mobilisation citoyenne de transposer cette capacité d’action pour opérer la transition climatique et écologique. Faut-il encore qu’ils ne cèdent pas à la tentation de reprendre comme avant, le « quoi qu’il en coûte » pour les équilibres écologiques ? Pour répondre au choc économique et social qui s’annonce, « il est essentiel de placer les enjeux climatiques au cœur des plans post crise Covid-19 », déclare le Haut Conseil pour le Climat (avril 2020), en soulignant que «  toute perspective de relance doit poursuivre la trajectoire de neutralité carbone ».