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Dix ans, pas plus !

Mais qu’est-ce qu’ils ont tous avec la croissance ? Croissance par ci, croissance par là… Pour peu, l’on croirait presque que tout ne tourne qu’autour d’elle. Et le pire, c’est que c’est effectivement le cas. Ainsi marche notre économie de marché. Sans croissance, c’est tout le système qui vacille, comme l’auront d’ailleurs prouvé la pandémie de Covid et la guerre russo-ukrainienne, crises qui auront tellement freiné la croissance qu’elles auront mis à mal des économies entières, nous plongeant chaque jour un peu plus dans l’incertitude, et rendant extrêmement difficile notre quotidien, en attestent les hausses massives des prix des commodités de base.

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Nous n’avons en effet toujours pas compris que la croissance, si elle aura permis à l’humanité de faire un bond de géant en un rien de temps en termes de confort et de développement, est simplement proprement insoutenable dans le temps. Qu’elle ne peut aucunement être éternelle puisque les ressources dont elle découle, elles, ne le sont pas. Parce que nous ne vivons pas sur une planète extensible, parce que nos mines et nos gisements ne sont pas des cornes d’abondance, et sont pratiquement épuisés.
En d’autres termes, c’est ce que prévoyait déjà le rapport Meadows, dont nous parlons régulièrement dans cette même rubrique. Et si nous en parlons encore, c’est parce que cette étude, commanditée au début des années 1970, vient, aujourd’hui encore, nous rappeler à son (bon ?) souvenir. Avant toute chose, rappelons que ce rapport, intitulé The limits to Growth, avait fait grand bruit à l’époque, et même carrément polémique. D’autant que le pétrole coulait alors à flot et que l’on ne parlait pas encore vraiment du changement climatique. En résumé, ses auteurs annonçaient l’effondrement possible de notre civilisation avant la fin du XXIe siècle.

Plus précisément, trois scénarios étaient envisagés. Dans le premier, il était prévu que la croissance économique atteigne son apogée dès 2040, avant de connaître un net ralentissement et de provoquer une diminution nette de la population mondiale, de la disponibilité alimentaire et des ressources naturelles. Le deuxième, lui, introduisait un facteur technologique, dans lequel les progrès aideraient à limiter la pollution et à augmenter les productions alimentaires, même en cas d’épuisement des ressources. Hypothèse certes moins violente, mais avec un même résultat : un arrêt de la croissance mondiale.

Aujourd’hui donc, le rapport Meadows revient au-devant de l’actualité, et ce, grâce notamment à Gaya Herrington, chercheur en développement durable et auteur d’une thèse à l’université de Harvard. Son constat : les données sur notre monde actuel (développement économique, exploitation des ressources, etc) collent extrêmement bien avec les deux scénarios précités envisagés par les chercheurs engagés dans la rédaction du rapport de 1972. Pour autant, selon Herrington, il reste de l’espoir, à savoir le troisième scénario du fameux document, et baptisé Stabilized World. Ici, notre civilisation prend une tournure durable. À savoir que si la croissance économique diminue, cette baisse reste acceptable, et la civilisation survit.

Le souci, car il y en a un (et de taille), c’est que dans ce scénario, les priorités sociétales changent drastiquement aux alentours de 2020, les politiques limitant alors, et de manière « volontaire », notre croissance économique. Avec pour résultat donc une stabilisation de la croissance industrielle, des ressources et de la démographie. Ainsi qu’une disparition quasi complète de la pollution.

Malheureusement, cette hypothèse s’éloigne chaque jour un peu plus de nous, faisant paraître la probabilité qu’elle se réalise très utopique. Et pour cause, puisque tandis que l’Agence internationale de l’énergie annonce que la pandémie a freiné les investissements dans les énergies propres, nos émissions de CO2, elles, atteignent de nouveaux records. Reste que, comme l’aura prouvé la crise sanitaire, l’humanité est apte à se mobiliser rapidement et de manière constructive face aux défis mondiaux. Mais, comme le rappelle Herrington, le temps nous est compté. Soit nous changeons notre façon d’envisager nos sociétés dans les dix prochaines années, soit nous verrons sombrer définitivement notre civilisation.

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